Bac Philo 2026 — 17 notions

La religion

Notion du programme — Bulletin officiel n°8 du 25 juillet 2019.

Probabilité 2026 (analyse Innovaweb) : ⭐⭐⭐ — Modérée mais non négligeable. Aucune apparition Métropole 2021-2025 (ni principale, ni secondaire). Sensibilité du sujet → prudence des concepteurs. Pas d'impasse pour autant.

Définition de la notion

La religion désigne un ensemble de croyances et de pratiques qui relient l'homme à une dimension transcendante (Dieu, le sacré). Trois niveaux d'analyse :

  • Religion comme croyance (foi : rapport individuel au divin)
  • Religion comme institution (Église, dogmes, rites collectifs)
  • Religion comme phénomène social (Durkheim, Weber, anthropologie)

Du latin religio — soit re-ligare (relier), soit re-legere (relire avec soin). Le sacré (sacer) désigne ce qui est mis à part du profane.

Problématiques classiques

  1. La religion s'oppose-t-elle à la raison ? (Pascal, Kant vs. Spinoza, Hume)
  2. La religion est-elle une illusion ? (Marx, Nietzsche, Freud)
  3. La religion est-elle nécessaire à la vie sociale ? (Hobbes, Durkheim)
  4. Peut-on vivre sans religion ? (Nietzsche, Comte)

Auteurs prioritaires

1. Pascal — Le pari et les raisons du cœur (1670)

Référence : Pensées (1670, posthume). Domaine public.

Thèse centrale : Dieu est inaccessible à la raison pure. La foi est affaire de cœur, pas de démonstration. Le pari pascalien : si vous croyez et que Dieu existe, vous gagnez l'éternité ; s'il n'existe pas, vous perdez peu. Le calcul rationnel pousse à parier sur la foi.

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. — Pascal, Pensées, fragment 423 (1670)

Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. — Pascal, Pensées, fragment 201 (1670)

À retenir : Pascal reconnaît les limites de la raison sans l'abandonner. La foi est un saut, mais un saut rationnellement justifiable.

2. Spinoza — Critique de la religion révélée (1670)

Référence : Traité théologico-politique (1670). Domaine public.

Thèse centrale : la Bible n'est pas un livre de vérité scientifique mais un livre moral, adapté aux foules. Il faut séparer théologie et philosophie. La superstition naît de la peur.

À retenir : père de la critique rationaliste de la religion. Sa lecture historique de la Bible préfigure l'exégèse moderne.

Connexion : à articuler avec La raison, L'État (séparation Église/État).

3. Kant — La religion dans les limites de la simple raison (1793)

Référence : La Religion dans les limites de la simple raison (1793). Domaine public.

Thèse centrale : la vraie religion est morale. Adorer Dieu, c'est obéir à la loi morale. Les rites, dogmes, miracles sont secondaires. Kant sépare religion authentique (morale rationnelle) et religion fanatique (superstition).

À retenir : tentative de fonder une religion compatible avec la raison. Position centrale dans les Lumières.

Connexion : Le devoir, La raison.

4. Marx — La religion comme opium du peuple (1843)

Référence : Critique de la philosophie du droit de Hegel (1843, publié 1844). Domaine public.

Thèse centrale : la religion est l'expression d'une souffrance sociale réelle. Elle console les opprimés en leur promettant un bonheur futur — mais ce faisant, elle les empêche de transformer le monde.

La religion est le soupir de la créature accablée, l'âme d'un monde sans cœur […]. Elle est l'opium du peuple. — Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel (1843)

À retenir : critique sociale et politique. Marx ne dit pas seulement que la religion est fausse — il dit qu'elle a une fonction (consoler, anesthésier).

5. Nietzsche — La mort de Dieu (1882)

Référence : Le Gai Savoir, §125 (1882). Domaine public.

Thèse centrale : « Dieu est mort » — non pas comme constat métaphysique, mais comme événement culturel. La science et la morale moderne ont rendu Dieu invraisemblable. Reste à inventer un sens nouveau.

Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! — Nietzsche, Le Gai Savoir, §125 (1882)

À retenir : Nietzsche n'est pas joyeux de la mort de Dieu — il en mesure le vertige. Sans Dieu, l'homme doit fonder de nouvelles valeurs (le surhumain).

6. Freud — La religion comme illusion (1927)

Référence : L'Avenir d'une illusion (1927). Domaine public.

Thèse centrale : la religion est une illusion (au sens psychanalytique : croyance motivée par un désir). Elle réalise le désir infantile d'un père tout-puissant qui protège.

À retenir : la religion n'est pas fausse au sens d'une erreur — elle est désirable, ce qui la rend particulièrement résistante. Mais l'humanité doit grandir et s'en passer.

7. Durkheim — La religion comme fait social (1912)

Référence : Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912). Domaine public.

Thèse centrale : la religion est avant tout un fait social. Ce que les croyants adorent, c'est en réalité la société elle-même. Le sacré est ce qui unit la communauté.

À retenir : approche sociologique. Même les sociétés sécularisées ont leurs « religions civiles » (sport, célébrités, nation).

Sujets-types probables

Sujet 1 : La religion est-elle une affaire privée ?

Plan :

  • I. Oui, la foi est un rapport personnel à Dieu (Pascal, Kierkegaard).
  • II. Mais la religion a aussi une dimension collective et politique (Durkheim, Hobbes : besoin d'un pouvoir religieux pour cimenter la société).
  • III. Dans une démocratie laïque, séparer privé et public est un compromis : la foi reste personnelle, mais ses expressions sont régulées (Spinoza, Locke, État laïque).

Sujet 2 : La foi exclut-elle la raison ?

Plan :

  • I. Oui, la foi suppose un saut au-delà de la raison (Pascal : « Le cœur a ses raisons » ; Kierkegaard).
  • II. Mais la foi peut être éclairée par la raison (Thomas d'Aquin, Spinoza, Kant : religion rationnelle).
  • III. Foi et raison ne s'opposent pas terme à terme — elles répondent à des questions différentes (Pascal : ordres distincts).

Sujet 3 : Peut-on vivre sans religion ?

Plan :

  • I. Historiquement, toutes les sociétés humaines ont eu une religion (Durkheim).
  • II. Mais la modernité montre qu'on peut s'en passer : sécularisation, athéisme structuré (Comte, Nietzsche, sociétés laïques).
  • III. Vivre sans religion n'est pas vivre sans transcendance : on remplace Dieu par autre chose (la science, l'art, la nation, l'humanité — Comte parlait de « religion de l'Humanité »).

Pièges classiques à éviter

  1. Confondre religion et croyance. Toute croyance n'est pas religieuse (croyances scientifiques, morales).
  2. Réduire la religion à la croyance. Durkheim insiste sur les pratiques et les institutions.
  3. Trancher sans nuance. Sujet sensible : il faut nuancer, comprendre les positions des croyants ET des athées.
  4. Faire abstraction de l'histoire. La religion en 2026 n'est pas celle de 1700 — la sécularisation est un fait massif.

Annales 2021-2025 connectées

Aucune apparition (ni principale, ni secondaire). La notion est totalement absente du corpus 2021-2025.

Hypothèse : sujet sensible, les concepteurs hésitent. Mais 5 ans sans apparition crée une probabilité non nulle de retour, surtout en explication de texte (Pascal, Spinoza ou Nietzsche).

Citations à mémoriser

AuteurCitationSource
PascalLe cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.Pensées, 423 (1670)
VoltaireSi Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.Épître à l'auteur du livre des Trois imposteurs (1768)
MarxLa religion est l'opium du peuple.Critique de la philosophie du droit de Hegel (1843)
NietzscheDieu est mort ! C'est nous qui l'avons tué !Le Gai Savoir, §125 (1882)
FreudLa religion serait la névrose obsessionnelle universelle de l'humanité.L'Avenir d'une illusion (1927)
DurkheimLes choses sacrées sont simplement les sentiments collectifs incarnés.Formes élémentaires (1912)

Notions connectées

  • La raison (foi vs. raison)
  • Le devoir (Kant : religion rationnelle)
  • La conscience (la conscience morale comme « voix de Dieu » — ou non)
  • La justice / l'État (théocratie vs. laïcité)
  • Le bonheur (la religion promet-elle le bonheur ?)
  • La nature (la nature comme création divine ou comme matière)

Méthodologie spécifique

  1. Toujours définir (croyance, foi, religion comme institution, sacré). Sujet à fort risque de flou.
  2. Mobiliser au moins un critique (Marx, Nietzsche, Freud) ET au moins un défenseur ou nuanceur (Pascal, Kant). Sinon la copie est partisane.
  3. Distinguer foi et religion. Beaucoup de copies ratent cette distinction. La foi est intérieure, la religion est aussi sociale et institutionnelle.
  4. Sujet sensible : éviter le ton militant. La philosophie analyse, ne tranche pas la question de l'existence de Dieu.

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