IFSI Soins d'urgence (AFGSU)

L'obstruction des voies aériennes

Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières » (soins d'urgence). Correspond à l'ex-UE 4.3 (référentiel 2009) et à l'AFGSU.

Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'obstruction des voies aériennes est une urgence vitale qui peut tuer en quelques minutes par asphyxie ; les manoeuvres de désobstruction sont simples, immédiates et doivent être réalisées sans délai par l'IDE.

1. Physiopathologie et causes

1.1 Mécanisme

Un corps étranger (CE) bloqué dans le carrefour aérodigestif (larynx, trachée) empêche le passage de l'air vers les poumons. L'obstruction peut être partielle (passage d'air résiduel) ou totale (aucun passage d'air). Sans levée rapide de l'obstacle, l'hypoxie provoque une perte de conscience puis un arrêt cardiorespiratoire.

1.2 Causes fréquentes

  • Chez l'adulte : aliments (viande, pain, fruits), corps étrangers divers, prothèse dentaire décrochée, chewing-gum.
  • Chez l'enfant et le nourrisson : jouets, pièces de monnaie, aliments ronds (raisin, olive, bonbon, cacahouète), jouets démontés.
  • Chez le patient hospitalisé : vomissements en décubitus, troubles de déglutition (AVC, démence, post-chirurgie).

En pratique : dans un service de soins, la vigilance est maximale lors des repas des patients à risque (troubles de déglutition, trouble de conscience, post-extubation).

2. Reconnaître l'obstruction

2.1 Obstruction partielle (incomplète)

La victime peut encore respirer, parler ou tousser, même si ces actions sont difficiles.

SigneDescription
Toux efficaceLa victime tousse bruyamment, produit des sons, garde conscience
Voix possiblePeut crier « j'étouffe » ou émettre des sons
StridorBruit inspiratoire sifflant (passage d'air partiel)
Cyanose légère possibleColoration bleutée des lèvres ou des doigts

Conduite à tenir : laisser tousser. La toux est le mécanisme naturel le plus efficace pour expulser un corps étranger. Ne pas interférer, ne pas taper dans le dos. Encourager à tousser. Surveiller en restant présent.

En pratique : si la toux s'affaiblit ou si la victime ne peut plus émettre de son, l'obstruction devient totale : agir immédiatement.

2.2 Obstruction totale (complète)

SigneDescription
Absence de sonLa victime ne peut plus parler, crier ni tousser de façon efficace
Geste universelLes mains portées au cou (signe de l'étranglement)
Détresse visibleAgitation, panique, mouvements respiratoires sans entrée d'air
Cyanose francheColoration bleutée progressive du visage et des lèvres
Perte de conscienceEn l'absence de désobstruction, la victime perd connaissance rapidement

Conduite à tenir : agir immédiatement avec les manoeuvres de désobstruction.

Mnémo : « Tousse fort = encourage. Muet et bleu = agis vite ».

3. Les manoeuvres de désobstruction chez l'adulte et l'enfant (plus d'1 an)

3.1 Claques dorsales (5 claques dans le dos)

Technique :

  1. Se placer sur le côté de la victime, légèrement en arrière.
  2. Soutenir le thorax d'une main.
  3. Pencher la victime vers l'avant (pour que les claques projettent le CE vers la bouche, pas vers le bas).
  4. Donner 5 claques sèches entre les deux omoplates, avec le talon de la main ouverte.
  5. Vérifier après chaque claque si le CE est expulsé.

En pratique : les claques doivent être fermes et sèches, pas des tapotements. Si la victime se tient debout, la pencher suffisamment vers l'avant pour que sa bouche soit plus basse que sa poitrine.

3.2 Compressions abdominales (manoeuvre de Heimlich)

Si les 5 claques dorsales n'ont pas délogé le CE :

Technique :

  1. Se placer derrière la victime.
  2. Demander à la victime de s'incliner légèrement vers l'avant.
  3. Mettre les deux bras autour de la taille de la victime.
  4. Placer un poing fermé entre le nombril et la base du sternum (creux épigastrique).
  5. Couvrir le poing avec l'autre main.
  6. Donner 5 compressions vers l'intérieur et vers le haut, sèches et vigoureuses.
  7. Vérifier après chaque compression si le CE est expulsé.

Séquence : alterner 5 claques dorsales + 5 compressions abdominales jusqu'à expulsion ou perte de conscience.

Mnémo : 5 claques + 5 compressions, alternées sans s'arrêter.

3.3 Perte de conscience chez l'adulte ou l'enfant

Si la victime perd conscience malgré les manoeuvres :

  1. Allonger délicatement la victime.
  2. Appeler les secours immédiatement (si ce n'est pas encore fait).
  3. Démarrer la RCP (30:2).
  4. Avant chaque série d'insufflations : regarder dans la bouche. Si le CE est visible et accessible, le retirer avec les doigts. Ne jamais faire de balayage à l'aveugle (risque d'enfoncer le CE plus profondément).

En pratique : la RCP en elle-même peut créer une pression suffisante pour expulser le corps étranger.

4. Spécificités du nourrisson (moins d'1 an)

IMPORTANT : les compressions abdominales (Heimlich) sont CONTRE-INDIQUÉES chez le nourrisson. Le risque de lésion des organes abdominaux (foie, rate) est majeur.

4.1 Manoeuvres adaptées au nourrisson

Claques dorsales :

  1. Tenir le nourrisson face vers le bas sur l'avant-bras ou sur la cuisse, la tête plus basse que le tronc (position de drainage).
  2. Soutenir la tête avec la main (pouce et index de chaque côté du mâchoire).
  3. Donner 5 claques dorsales entre les omoplates avec le talon de la main libre.

Compressions thoraciques (et NON abdominales) :

  1. Retourner le nourrisson face vers le haut, toujours tête plus basse.
  2. Placer 2 doigts (index et majeur) sur le sternum, juste sous la ligne des mamelons.
  3. Donner 5 compressions thoraciques (comme pour la RCP mais plus rapide et plus sèche).

Séquence : alterner 5 claques dorsales + 5 compressions thoraciques jusqu'à expulsion ou perte de conscience.

ÂgeManoeuvre si obstruction partielleManoeuvre si obstruction totale
Adulte / Enfant > 1 anEncourager à tousser5 claques + 5 compressions abdominales (Heimlich)
Nourrisson < 1 anEncourager à tousser5 claques + 5 compressions thoraciques (jamais abdominales)

Mnémo nourrisson : tête en bas, dans le dos puis sur la poitrine (jamais le ventre).

5. Situations particulières

5.1 Victime obèse ou femme enceinte

La manoeuvre de Heimlich est impossible ou inadaptée si le ventre est trop volumineux. On réalise alors des compressions thoraciques (comme pour la RCP debout) en place des compressions abdominales : mains positionnées au centre du sternum, compressions vers l'arrière.

5.2 Victime dans un fauteuil roulant

Effectuer les compressions abdominales depuis l'avant si possible, ou des compressions thoraciques si impossible. Se mettre à genoux si nécessaire.

5.3 Sauveteur seul et victime inconsciente

Appeler le 15, démarrer la RCP, regarder dans la bouche avant chaque série d'insufflations pour repérer le CE visible.

6. Après la désobstruction : surveillance

Après expulsion du corps étranger :

  • La victime peut présenter une douleur thoracique ou abdominale (traumatisme des manoeuvres).
  • Une consultation médicale est nécessaire : risque de traumatisme interne (rate, foie), persistance d'un fragment dans les bronches.
  • Surveiller la respiration, la SpO2, les douleurs abdominales ou thoraciques.
  • Documenter les manoeuvres réalisées dans le dossier de soins.

En pratique : même si la victime semble aller bien après expulsion, une consultation médicale reste recommandée pour éliminer une lésion interne causée par les compressions.

Vocabulaire essentiel

  • Corps étranger (CE) : tout objet ou aliment inhalé qui bloque les voies aériennes.
  • Obstruction partielle : passage d'air résiduel, victime peut encore tousser ou parler.
  • Obstruction totale : aucun passage d'air, victime ne peut plus parler ni tousser efficacement.
  • Manoeuvre de Heimlich : compressions abdominales sous-diaphragmatiques vers l'intérieur et le haut.
  • Claques dorsales : 5 coups fermes entre les omoplates, victime penchée vers l'avant.
  • Cyanose : coloration bleutée de la peau et des muqueuses par manque d'oxygène.
  • Stridor : bruit inspiratoire aigu lié à un passage d'air partiel au niveau du larynx ou de la trachée.
  • Asphyxie : privation d'oxygène par obstruction des voies aériennes.

Points clés à retenir

  1. Obstruction partielle : laisser tousser, ne pas intervenir, surveiller.
  2. Obstruction totale : agir immédiatement (5 claques dorsales + 5 compressions abdominales), alterner jusqu'à expulsion ou perte de conscience.
  3. En cas de perte de conscience : allonger, appeler le 15, démarrer la RCP, vérifier la bouche avant chaque insufflation.
  4. Chez le nourrisson : jamais de compressions abdominales ; utiliser les compressions thoraciques.
  5. Femme enceinte ou victime obèse : remplacer Heimlich par des compressions thoraciques debout.
  6. Après expulsion : consultation médicale systématique pour éliminer une lésion interne.

Pièges fréquents

  1. Taper dans le dos d'une victime qui tousse encore efficacement : c'est contre-productif et inutile. La toux est le mécanisme naturel le plus efficace.
  2. Faire un balayage digital à l'aveugle dans la bouche : risque d'enfoncer le CE plus profondément dans le larynx.
  3. Utiliser Heimlich sur un nourrisson : absolument contre-indiqué. Toujours compressions thoraciques chez le moins d'1 an.
  4. Positionner les mains sur l'appendice xiphoïde lors des compressions abdominales : risque de fracture du sternum et de lésion hépatique.
  5. Arrêter les manoeuvres après le premier cycle si le CE n'est pas sorti : alterner 5 claques + 5 compressions sans interruption jusqu'à l'expulsion ou la perte de conscience.
  6. Ne pas faire de claques dans le dos chez un adulte debout sans le pencher en avant : le CE risque de descendre au lieu de remonter.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Pourquoi les compressions abdominales de Heimlich sont-elles contre-indiquées chez le nourrisson ? R : Chez le nourrisson, les organes abdominaux (foie notamment) sont volumineux par rapport à la taille du corps et peu protégés par une cage thoracique encore cartilagineuse. Une compression abdominale ferme risque de provoquer des lacérations hépatiques ou spléniques potentiellement mortelles. C'est pourquoi on utilise des compressions thoraciques (comme pour la RCP, mais plus sèches), en tenant le nourrisson tête en bas pour favoriser l'expulsion par la bouche.

Q : Quelle est la différence entre obstruction partielle et totale, et que faire dans chaque cas ? R : En cas d'obstruction partielle, la victime peut encore tousser, parler ou émettre des sons : le passage d'air est réduit mais non nul. La conduite à tenir est de l'encourager à tousser et de surveiller sans intervenir ; la toux est plus efficace que tout geste de désobstruction. En cas d'obstruction totale, la victime ne peut plus émettre de son, elle porte les mains à son cou et devient rapidement cyanosée : il faut agir immédiatement par 5 claques dorsales puis 5 compressions abdominales, en alternant jusqu'à expulsion ou perte de conscience.

Q : Que faire si la victime perd conscience malgré les manoeuvres de désobstruction ? R : Allonger la victime délicatement, appeler le 15 si ce n'est pas encore fait, puis démarrer la RCP (30:2). Avant chaque série de 2 insufflations, regarder dans la bouche : si le corps étranger est visible et accessible, le retirer avec les doigts. Ne jamais faire de balayage à l'aveugle. La RCP elle-même peut créer une pression suffisante pour expulser le CE. Continuer jusqu'à l'arrivée des secours.

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