L'insuffisance rénale chronique
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.7 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : l'infirmier(ère) assure le suivi des paramètres biologiques, la surveillance des complications, l'éducation à la diététique et au traitement, et accompagne le patient à chaque stade, y compris lors de la préparation à la suppléance rénale (dialyse ou transplantation).
01Rappels anatomiques et physiologiques du rein
1.1 Fonctions du rein
Le rein remplit plusieurs fonctions vitales :
- Épuration du sang : élimination des déchets azotés (urée, créatinine) et des toxiques.
- Régulation du volume et de l'osmolalité : équilibre hydrique.
- Régulation de l'équilibre acido-basique : élimination des ions H+, régénération des bicarbonates.
- Régulation de l'équilibre électrolytique : sodium, potassium, calcium, phosphore.
- Fonctions endocrines : sécrétion d'érythropoïétine (EPO, stimule la production de globules rouges), activation de la vitamine D (forme active : calcitriol), sécrétion de rénine (régulation de la pression artérielle via le SRAA).
1.2 Le débit de filtration glomérulaire (DFG)
Le DFG représente le volume de plasma filtré par les glomérules par unité de temps. Il est estimé par des formules (CKD-EPI en pratique) à partir de la créatinine sérique, de l'âge, du sexe et de la race. Il s'exprime en mL/min/1,73 m². C'est le principal indicateur de la fonction rénale.
Chez l'adulte jeune sain, le DFG est supérieur à 90 mL/min/1,73 m². Il diminue physiologiquement avec l'âge (vieillissement rénal).
02Définition et stades de l'insuffisance rénale chronique
2.1 Définition
L'insuffisance rénale chronique (IRC) est définie par la persistance, pendant plus de 3 mois, d'une ou des anomalies suivantes :
- Diminution du DFG en dessous de 60 mL/min/1,73 m².
- Et/ou marqueurs d'atteinte rénale : protéinurie, hématurie, anomalies morphologiques, anomalies histologiques.
Elle est dite chronique (et non aiguë) car les lésions sont irréversibles et évoluent sur le long terme.
2.2 Stades de l'IRC selon le DFG (classification KDIGO)
| Stade | DFG estimé | Description |
|---|---|---|
| G1 | ≥ 90 mL/min/1,73 m² | Fonction normale ou élevée, avec marqueur d'atteinte |
| G2 | 60 à 89 | Légèrement diminuée, avec marqueur d'atteinte |
| G3a | 45 à 59 | Légèrement à modérément diminuée |
| G3b | 30 à 44 | Modérément à sévèrement diminuée |
| G4 | 15 à 29 | Sévèrement diminuée ; préparation à la suppléance |
| G5 | < 15 | Insuffisance rénale terminale ; dialyse ou transplantation |
Key takeaway
Mnémo : 90-60-45-30-15 : les seuils de DFG qui séparent les stades G1 à G5 (retenir les valeurs limite de 60 et 15 suffira souvent en pratique).
2.3 Étiologies principales
- Néphropathie diabétique : première cause d'IRC terminale dans les pays développés.
- Néphropathie hypertensive (néphroangioscléroses) : deuxième cause.
- Glomérulonéphrites : atteintes inflammatoires des glomérules (lupus, glomérulonéphrites à dépôts IgA).
- Maladies kystiques : polykystose rénale autosomique dominante.
- Néphropathies interstitielles chroniques : consommation prolongée de certains médicaments (AINS, certains antibiotiques).
- Maladies vasculaires rénales (sténose des artères rénales).
03Conséquences métaboliques de l'IRC
La perte progressive de la fonction rénale entraîne une accumulation de toxines urémiques et des déséquilibres multisystémiques.
3.1 Troubles de l'équilibre hydro-électrolytique et acido-basique
- Rétention hydrosodée : HTA, oedèmes, surcharge volumique.
- Hyperkaliémie : risque de trouble du rythme cardiaque grave (insuffisance d'élimination du potassium).
- Acidose métabolique : rétention d'ions H+ et baisse des bicarbonates, aggravant la dénutrition et l'ostéopathie.
- Hyponatrémie de dilution possible aux stades avancés.
3.2 Troubles phospho-calciques et maladie rénale osseuse
- Hyperphosphatémie : rétention de phosphate par baisse de filtration.
- Hypocalcémie : défaut d'activation de la vitamine D (rein défaillant ne produit plus assez de calcitriol), diminuant l'absorption intestinale du calcium.
- Hyperparathyroïdie secondaire : la parathormone (PTH) s'élève pour corriger l'hypocalcémie, entraînant une résorption osseuse excessive (ostéite fibreuse).
- Risque d'ostéomalacie et de calcifications vasculaires.
Key takeaway
En pratique : l'hyperphosphatémie chronique contribue à la calcification artérielle et augmente le risque cardiovasculaire. Le régime pauvre en phosphore et les chélateurs du phosphore (pris au cours des repas) font partie de la prise en charge.
3.3 Anémie rénale
L'insuffisance de production d'érythropoïétine (EPO) par les reins défaillants entraîne une anémie normochrome normocytaire arégénérative. Elle contribue à la fatigue, à l'essoufflement et à la mauvaise qualité de vie.
Prise en charge : agents stimulant l'érythropoïèse (ASE, injections sous-cutanées ou intraveineuses) et supplémentation en fer.
3.4 Atteinte cardiovasculaire
L'IRC est un facteur de risque cardiovasculaire majeur, indépendant. Elle favorise :
- Hypertension artérielle (rétention sodée, activation du SRAA).
- Athérosclérose accélérée.
- Cardiomyopathie hypertrophique (surcharge de pression et de volume).
- Péricardite urémique aux stades terminaux.
3.5 Syndrome urémique
Aux stades avancés, l'accumulation de toxines urémiques provoque un tableau clinique global : nausées, vomissements, anorexie, prurit urémique, atteinte neurologique (encéphalopathie urémique), péricardite. L'urémie terminale est une indication à la dialyse.
3.6 Dénutrition protéino-énergétique
L'anorexie, les restrictions diététiques, l'acidose et les pertes lors de la dialyse contribuent à une dénutrition fréquente aggravant la morbimortalité.