Les traumatismes crânio-encéphaliques
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (processus pathologiques). Correspond à l'ex-UE 2.4 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : la surveillance neurologique du traumatisé crânien repose sur des évaluations répétées et standardisées (score de Glasgow, réactivité pupillaire, signes de localisation) que l'infirmier réalise de façon autonome ; détecter précocement une aggravation secondaire peut être déterminant pour le pronostic.
01Définition et épidémiologie
Un traumatisme crânio-encéphalique (TCE) est une atteinte cérébrale consécutive à un traumatisme crânien. Il constitue une cause majeure de mortalité et de handicap acquis chez l'adulte jeune et l'enfant. Les mécanismes sont : chute, accident de la voie publique (AVP), agression, sport de contact.
1.1 Lésions osseuses associées
- Fracture du crâne : peut être simple (voûte) ou complexe (base du crâne avec risque de fuite de liquide céphalo-rachidien (LCR), atteinte des nerfs crâniens).
- Fracture de la base du crâne : otorrhée ou rhinorrhée cérébrospinale (LCR par l'oreille ou le nez), ecchymose péri-orbitaire bilatérale (« signe du panda » ou « masque de raton laveur »), ecchymose rétro-auriculaire (signe de Battle).
Key takeaway
En pratique : toute épistaxis après un TCE est suspecte de rhinorrhée cérébrospinale jusqu'à preuve du contraire.
02Physiopathologie : lésions primaires et lésions secondaires
2.1 Lésions primaires (immédiates, au moment du choc)
Ce sont les lésions causées directement par le traumatisme, irréversibles au moment où elles surviennent :
- Commotion cérébrale : perturbation fonctionnelle transitoire sans lésion macroscopique, avec ou sans perte de conscience brève.
- Contusion cérébrale : zone de destruction focale du parenchyme cérébral (hématome, nécrose intraparenchymateuse).
- Lésions axonales diffuses : étirement/rupture des axones par phénomène d'accélération-décélération ; cause fréquente de coma prolongé et de séquelles cognitives.
- Hématomes intracrâniens précoces : voir ci-dessous.
2.2 Lésions secondaires (secondes à heures à jours après le traumatisme)
Les lésions secondaires sont potentiellement évitables. Elles aggravent les lésions primaires par :
- Hypertension intracrânienne (HTIC) : œdème cérébral, hématome expansif, hydrocéphalie.
- Hypoxie : apnée, obstruction des voies aériennes, pneumothorax associé.
- Hypotension artérielle : diminution de la pression de perfusion cérébrale (PPC = PAM - PIC).
- Hypoglycémie, hyperthermie, hyperglycémie, hyponatrémie : aggravation métabolique.
- Spasme vasculaire (vasospasme) : réduction du débit sanguin cérébral.
Key takeaway
En pratique : le traitement du TCE grave vise à éviter et traiter les agressions cérébrales secondaires d'origine systémique (ACSOS) : maintenir une saturation correcte, une pression artérielle suffisante, une normoglycémie, une normothermie.
03Types d'hématomes intracrâniens
| Type | Localisation | Mécanisme | Évolution |
|---|---|---|---|
| Hématome extradural (HED) | Entre la dure-mère et la boîte crânienne | Rupture de l'artère méningée moyenne (fracture temporale) | Urgence chirurgicale ; intervalle libre classique (lucidité transitoire entre le choc et la détérioration) |
| Hématome sous-dural aigu (HSDA) | Entre la dure-mère et l'arachnoïde | Rupture de veines-ponts (décélération), souvent sur contusion | Grave, chirurgie urgente |
| Hématome sous-dural chronique (HSDC) | Idem, mais évolution lente sur semaines | Traumatisme parfois minime (personnes âgées, anticoagulés) | Symptômes progressifs (céphalées, troubles cognitifs), diagnostic souvent retardé |
| Hématome intracérébral | Dans le parenchyme | Contusion avec confluence hémorragique | Variable, surveillance ou chirurgie |
| Hémorragie sous-arachnoïdienne (HSA) traumatique | Dans les espaces sous-arachnoïdiens | Déchirure des vaisseaux méningés | Risque de vasospasme secondaire |
Key takeaway
Mnémo pour distinguer HED et HSDA : HED = artère (artère méningée, saignement rapide, intervalle libre) ; HSDA = veine (veines-ponts, souvent plus grave et sans intervalle).
04Hypertension intracrânienne (HTIC)
4.1 Physiopathologie
La boîte crânienne est fermée (non extensible chez l'adulte). Elle contient trois compartiments :
- Parenchyme cérébral (environ 80 %).
- LCR (environ 10 %).
- Sang (environ 10 %).
L'hypothèse de Monro-Kellie stipule que si le volume d'un compartiment augmente, les deux autres doivent diminuer pour maintenir une pression intracrânienne (PIC) normale. Au-delà des mécanismes de compensation (réduction du LCR et du volume sanguin veineux), la PIC augmente.
La pression de perfusion cérébrale (PPC) est déterminée par la formule : PPC = PAM (pression artérielle moyenne) - PIC
Une PIC élevée ou une PAM basse diminue la PPC et provoque une ischémie cérébrale.
4.2 Signes cliniques d'HTIC
Triade de Cushing (signe de décompensation grave) :
- Hypertension artérielle (avec augmentation de la pression pulsée).
- Bradycardie.
- Bradypnée (ou anomalies du rythme respiratoire).
Autres signes d'HTIC :
- Céphalées matinales, aggravées par l'effort, les éternuements.
- Vomissements en jet, sans nausée préalable.
- Troubles de la conscience progressifs.
- Engagement cérébral (herniation) : urgence vitale absolue.
- Engagement temporal (uncal) : mydriase unilatérale (homolatérale à l'hématome), hémiplégie controlatérale, aggravation rapide de la conscience.
- Engagement amygdalien : troubles végétatifs (instabilité tensionnelle, troubles respiratoires), décérébration.