Stress et coping
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.2 « Sciences humaines et sociales ». Correspond à l'ex-UE 1.1 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : évaluer le stress d'un patient et l'aider à mobiliser des stratégies d'adaptation (coping) fait partie intégrante du rôle propre infirmier, notamment lors de l'hospitalisation, des annonces difficiles et de l'éducation thérapeutique.
01Définitions
Le stress est une réponse de l'organisme, à la fois physiologique et psychologique, déclenchée par une situation perçue comme menaçante ou dépassant les ressources disponibles pour y faire face.
Le terme de stresseur désigne tout stimulus interne ou externe susceptible de provoquer cette réponse (douleur, maladie, chirurgie, conflit relationnel, deuil, surcharge de travail).
Le coping (de l'anglais « to cope with » : faire face à) désigne l'ensemble des stratégies cognitives et comportementales qu'un individu déploie pour gérer les demandes internes ou externes d'une situation stressante (Lazarus et Folkman, 1984).
02Le modèle de Hans Selye : le syndrome général d'adaptation (SGA)
2.1 Présentation du modèle
Hans Selye (1907-1982), endocrinologue, décrit en 1936 le syndrome général d'adaptation (SGA). Il observe qu'un organisme soumis à des agents nocifs très différents (froid, infection, traumatisme) répond toujours selon le même schéma en trois phases.
Ce modèle est dit « biologique » : il décrit la réponse physiologique de l'organisme, indépendamment de la nature du stresseur.
2.2 Les trois phases du SGA
| Phase | Durée | Mécanisme | Manifestations |
|---|---|---|---|
| 1. Réaction d'alarme | Quelques minutes à heures | Libération d'adrénaline (médullosurrénale) | Tachycardie, augmentation de la glycémie, dilatation des pupilles, hyperventilation |
| 2. Résistance (adaptation) | Jours à semaines | Libération de cortisol (corticosurrénale) | Mobilisation des ressources, maintien de la vigilance, risque d'immunodépression |
| 3. Épuisement | Si le stresseur persiste | Effondrement des réserves | Maladies somatiques, dépression, burnout |
Key takeaway
Mnémo : A-R-É (Alarme, Résistance, Épuisement) = comme une pile qui s'emballe, tient, puis se vide.
2.3 Limites du modèle de Selye
Selye ne tient pas compte de l'évaluation subjective du stresseur : pour lui, le stress est une réponse automatique. Or, deux personnes face au même événement ne réagissent pas de la même façon. Cette lacune sera comblée par Lazarus.
03Le modèle transactionnel de Lazarus et Folkman (1984)
3.1 Principes fondamentaux
Richard Lazarus (1922-2002) et Susan Folkman proposent en 1984 un modèle transactionnel du stress : la réponse de stress dépend de la transaction (interaction dynamique) entre l'individu et son environnement, notamment de l'évaluation qu'il fait de la situation.
Ce modèle est dit « cognitif et transactionnel » car il place l'évaluation cognitive au centre du processus.
3.2 Le double processus d'évaluation
| Évaluation | Contenu | Question implicite |
|---|---|---|
| Évaluation primaire | Quelle est la signification de cet événement pour moi ? | « Est-ce une menace, un défi, une perte, ou est-ce neutre/positif ? » |
| Évaluation secondaire | De quelles ressources je dispose pour y faire face ? | « Est-ce que je peux gérer cela ? » |
Si l'évaluation primaire conclut à une menace importante ET que l'évaluation secondaire conclut à une insuffisance des ressources, le stress sera maximal et la personne sera dépassée.
Key takeaway
Exemple clinique : deux patients apprennent qu'ils doivent subir une chirurgie. L'un la perçoit comme une menace (évaluation primaire négative) et se sent sans ressources (évaluation secondaire négative) : fort stress. L'autre la perçoit comme un défi surmontable grâce à son soutien familial : stress modéré, mobilisation de coping efficace.
3.3 Le coping : stratégies d'adaptation
Lazarus et Folkman distinguent deux grands types de coping :
| Type | Définition | Exemples |
|---|---|---|
| Coping centré sur le problème | Agir directement sur la situation stressante pour la modifier | S'informer sur la maladie, planifier le traitement, demander de l'aide |
| Coping centré sur les émotions | Réguler la réponse émotionnelle sans modifier la situation elle-même | Chercher du soutien social, recadrer positivement, méditation, relaxation |
Ni l'un ni l'autre n'est supérieur : l'efficacité dépend du contexte. Lorsque la situation est incontrôlable (maladie incurable, deuil), le coping centré sur les émotions est plus adapté. Lorsque la situation est modifiable (observance thérapeutique, changement de comportement), le coping centré sur le problème est plus efficace.
Il existe également des stratégies de coping dysfonctionnelles : consommation d'alcool ou de substances, évitement total, rumination anxieuse. Elles réduisent l'angoisse à court terme mais aggravent la situation à moyen terme.
Key takeaway
En pratique : lors d'un entretien, l'IDE explore les stratégies de coping du patient : « Comment faites-vous habituellement pour gérer les périodes difficiles ? » Valoriser les stratégies efficaces existantes renforce le sentiment d'efficacité personnelle.