Les déterminants de la santé
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine C, UE C.1 « Santé publique, promotion de la santé et éducation thérapeutique ». Correspond à l'ex-UE 1.2 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : comprendre que la santé est déterminée bien au-delà des comportements individuels permet à l'infirmier d'adapter ses interventions éducatives et d'éviter la « culpabilisation » du patient dont les marges de manœuvre sont contraintes par son environnement social et économique.
01Définition et classification des déterminants
Un déterminant de la santé est tout facteur qui influence, positivement ou négativement, l'état de santé d'un individu ou d'une population. Les déterminants sont multiples, interdépendants et agissent à des niveaux d'échelle différents (individuel, collectif, environnemental, politique).
On distingue classiquement quatre grands groupes :
| Groupe | Exemples |
|---|---|
| Biologiques et génétiques | Âge, sexe, prédispositions génétiques, groupe sanguin |
| Comportementaux et liés aux modes de vie | Tabac, activité physique, alimentation, consommation d'alcool, observance thérapeutique |
| Sociaux et économiques | Niveau d'éducation, revenus, emploi, logement, réseau social, culture |
| Environnementaux | Qualité de l'air, de l'eau, de l'alimentation ; bruit, exposition aux toxiques ; accès aux soins |
Key takeaway
Mnémo : BSEC (Biologiques, comportementaux-Styles de vie, sociaux-Économiques, environnementaux-Cadre de vie).
02Le modèle de Lalonde (1974)
2.1 Origine
Marc Lalonde, ministre canadien de la Santé, publie en 1974 un rapport fondateur : « Nouvelle perspective de la santé des Canadiens ». Il est le premier à formaliser l'idée que le système de soins n'est qu'un déterminant parmi d'autres de l'état de santé.
2.2 Les quatre champs de Lalonde
Lalonde identifie quatre grands champs déterminant la santé :
| Champ | Contenu | Poids estimé sur la santé |
|---|---|---|
| Biologie humaine | Génétique, physiologie, maturité et vieillissement | ~20 % |
| Environnement | Physique (pollution, eau, alimentation), social (réseaux, soutien) | ~20 % |
| Habitudes de vie et comportements | Tabac, alimentation, sédentarité, alcool, conduite automobile | ~50 % |
| Organisation des soins de santé | Disponibilité, qualité, accessibilité des services de soins | ~10 % |
Key takeaway
Ces pourcentages sont indicatifs et varient selon les sources ; leur intérêt est surtout de montrer que les habitudes de vie pèsent davantage que l'organisation des soins sur la mortalité prématurée.
2.3 Portée et limites
Apport majeur : le rapport Lalonde légitime les politiques de prévention (notamment la lutte contre le tabac, la sédentarité) comme priorité de santé publique, au-delà du seul financement des soins curatifs.
Limite : le modèle de Lalonde souligne la part des comportements mais risque de sous-estimer les déterminants sociaux qui conditionnent ces comportements. Fumer n'est pas un simple choix individuel : c'est aussi un phénomène socialement structuré (précarité, stress, normes du groupe).
03Le modèle de Dahlgren et Whitehead (1991)
3.1 L'arc-en-ciel des déterminants
Geoffrey Dahlgren et Margaret Whitehead proposent en 1991 une représentation en couches concentriques (souvent appelée « arc-en-ciel des déterminants ») qui illustre comment les facteurs s'emboîtent et interagissent.
De l'intérieur vers l'extérieur :
- Caractéristiques individuelles fixes : âge, sexe, patrimoine génétique (couche non modifiable).
- Comportements individuels : tabac, alimentation, activité physique (modifiables, mais influencés par les couches extérieures).
- Influences sociales et communautaires : réseau de soutien social, normes culturelles, cohésion sociale.
- Conditions de vie et de travail : emploi, logement, accès à l'éducation, accès aux soins, accès à l'eau potable, conditions de travail.
- Conditions socio-économiques, culturelles et environnementales générales : marché du travail, politiques fiscales, environnement naturel, médias, politiques publiques.
3.2 Intérêt du modèle
Ce modèle démontre que les déterminants sont hiérarchisés et interdépendants : les comportements individuels (couche 2) sont fortement conditionnés par les réseaux sociaux (couche 3), eux-mêmes influencés par les conditions de vie (couche 4), elles-mêmes façonnées par les politiques générales (couche 5).
Cela implique que les interventions de santé publique les plus efficaces agissent sur plusieurs couches simultanément, pas seulement sur les comportements.
Key takeaway
En pratique : face à un patient obèse vivant dans un quartier défavorisé sans infrastructure sportive, conseiller « bougez plus » est insuffisant. L'IDE peut orienter vers des structures de proximité, soutenir la motivation, mais doit aussi reconnaître les contraintes structurelles.