Sommeil et repos
À retenir
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières ».
Pourquoi c'est central pour l'IDE : les troubles du sommeil sont extrêmement fréquents à l'hôpital ; le sommeil conditionne la récupération immunitaire, la cicatrisation et la santé mentale du patient, et l'IDE dispose de nombreuses mesures non médicamenteuses pour l'améliorer.
01Physiologie du sommeil : bases essentielles
1.1 Cycles et stades du sommeil
Le sommeil est organisé en cycles d'environ 90 minutes (4 à 6 cycles par nuit) comprenant :
- Sommeil lent léger (stades N1 et N2) : endormissement et sommeil superficiel ; facilement interrompu.
- Sommeil lent profond (stade N3, anciennement stades 3 et 4) : sommeil récupérateur physique, sécrétion de l'hormone de croissance, renforcement de l'immunité, consolidation de la mémoire déclarative.
- Sommeil paradoxal (REM) : activité cérébrale intense, mouvements oculaires rapides, atonie musculaire (sauf muscles respiratoires et oculaires) ; phase des rêves, consolidation de la mémoire émotionnelle et procédurale.
La proportion de sommeil paradoxal augmente en fin de nuit ; les cycles de début de nuit sont plus riches en sommeil profond.
1.2 Fonctions du sommeil
| Fonction | Mécanisme |
|---|---|
| Récupération physique | Sommeil lent profond : sécrétion GH, réparation tissulaire |
| Immunité | Sécrétion de cytokines et activation lymphocytaire pendant le sommeil profond |
| Récupération cognitive | Sommeil paradoxal : consolidation mémorielle, traitement émotionnel |
| Régulation métabolique | Équilibre de l'insuline, leptine, ghréline |
| Cicatrisation | Sécrétion de GH, prolifération cellulaire |
À retenir
En pratique : un patient hospitalisé dont le sommeil est chroniquement fragmenté récupère moins bien, est plus vulnérable aux infections et peut développer des troubles cognitifs (syndrome confusionnel lié au manque de sommeil en réanimation).
1.3 Besoins en sommeil selon l'âge
| Âge | Durée recommandée |
|---|---|
| Nourrisson (0 à 3 mois) | 14 à 17 heures |
| Enfant (6 à 13 ans) | 9 à 11 heures |
| Adolescent (14 à 17 ans) | 8 à 10 heures |
| Adulte (18 à 64 ans) | 7 à 9 heures |
| Personne âgée (65 ans et plus) | 7 à 8 heures (sommeil plus fragmenté physiologiquement) |
02Troubles du sommeil fréquents à l'hôpital
2.1 Causes liées à l'environnement hospitalier
- Bruit : alarmes de moniteurs, allées et venues du personnel, ronflements du voisin, sonnettes.
- Lumière : soins nocturnes, éclairage des couloirs filtrant sous les portes.
- Température : chambre trop chaude ou trop froide.
- Soins nocturnes : prise de constantes, changements de perfusion, médicaments à heures fixes.
- Douleur non contrôlée.
- Anxiété liée à la maladie, aux examens, à l'hospitalisation.
- Inconfort de position : douleur de décubitus, drains, tuyaux gênants.
2.2 Causes liées au patient
- Douleur chronique ou aiguë.
- Dyspnée (insuffisance cardiaque, BPCO).
- Nycturie (levers nocturnes pour uriner fréquents).
- Prurit (cholestase, insuffisance rénale).
- Syndrome des jambes sans repos (Restless Legs Syndrome).
- Syndrome d'apnée du sommeil (SAOS).
- Anxiété, dépression.
- Effets secondaires des médicaments (corticoïdes, bêta-2-mimétiques, diurétiques pris le soir).
À retenir
En pratique : évaluer si les troubles du sommeil préexistaient à l'hospitalisation (interroger le patient) ou sont apparus pendant l'hospitalisation. Un trouble pré-existant peut nécessiter une prise en charge spécifique (poursuite du traitement habituel du patient).
03Évaluation du sommeil
3.1 Évaluation infirmière
L'IDE évalue le sommeil :
- À l'interrogatoire : « Comment avez-vous dormi cette nuit ? », heure du coucher, heure du lever, nombre de réveils, qualité perçue.
- Par observation : le patient semble-t-il reposé ? Somnolence diurne marquée ? Irritabilité ?
- Échelles de somnolence : l'Échelle d'Epworth (ESS) évalue la somnolence diurne excessive (score de 0 à 24 ; un score supérieur à 10 évoque une somnolence excessive).
- Agenda du sommeil : outil utilisé en consultation du sommeil, consignant les heures de lever/coucher sur 2 semaines.
3.2 Signes d'un trouble du sommeil significatif
- Plaintes répétées de difficultés d'endormissement ou de maintien du sommeil.
- Réveils précoces non désirés.
- Sentiment de sommeil non réparateur.
- Somnolence diurne importante.
- Troubles de la concentration, irritabilité, humeur dépressive.
À retenir
En pratique : un syndrome confusionnel aigu chez un patient hospitalisé (surtout en réanimation) peut être aggravé ou entretenu par le manque de sommeil ; la prévention des troubles du sommeil fait partie de la prévention du delirium.