Les accidents d'exposition au sang (AES)
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.4 « Démarche qualité et gestion des risques » (prévention du risque infectieux). Correspond à l'ex-UE 2.10 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : les AES sont la première cause d'exposition professionnelle aux agents infectieux chez les soignants ; leur prévention, leur prise en charge immédiate et leur déclaration sont des obligations professionnelles et légales.
01Définition et types d'AES
1.1 Définition
Un accident d'exposition au sang (AES) est tout contact accidentel avec du sang ou un liquide biologique contenant du sang, pouvant entraîner un risque de transmission d'agents infectieux (VIH, VHB, VHC principalement), survenant lors d'une activité professionnelle.
Un AES peut également se produire avec d'autres liquides biologiques potentiellement contaminants (liquide céphalorachidien, liquide amniotique, liquide pleural, liquide articulaire, sperme, sécrétions vaginales).
Key takeaway
Attention : les selles, urines, salive, larmes et sueur ne sont pas considérés comme à risque sauf s'ils contiennent du sang visible.
1.2 Types d'AES
| Type | Description | Exemples |
|---|---|---|
| Percutané | Blessure par objet piquant, coupant ou tranchant | Piqûre avec aiguille souillée, coupure avec bistouri |
| Cutanéo-muqueux | Projection sur muqueuse ou peau lésée | Projection de sang dans l'oeil, sur la bouche, sur une plaie |
Le risque infectieux est plus élevé pour les AES percutanés profonds que pour les projections sur muqueuse.
02Risques infectieux et données épidémiologiques
2.1 Virus de l'hépatite B (VHB)
Le VHB est l'agent le plus transmissible lors d'un AES : le risque de transmission après piqûre avec une aiguille contaminée est estimé à 6 à 30 % chez un sujet non immunisé (selon le statut viral du patient source).
La vaccination contre l'hépatite B est obligatoire pour les professionnels de santé (étudiants infirmiers inclus) dès leur première année d'études (Code de la santé publique, article L3111-4). Elle confère une protection quasi totale si le taux d'anticorps anti-HBs est supérieur à 10 UI/L après la primovaccination.
2.2 Virus de l'hépatite C (VHC)
Pas de vaccin disponible. Risque de transmission estimé à 0,5 à 3 % après piqûre avec une aiguille contaminée. Une contamination par voie cutanéo-muqueuse est possible mais plus rare. Des traitements antiviraux très efficaces (antiviraux à action directe, DAA) permettent aujourd'hui de guérir l'hépatite C chronique dans plus de 95 % des cas.
2.3 Virus de l'immunodéficience humaine (VIH)
Risque de transmission après piqûre avec une aiguille contaminée : environ 0,3 %. Risque après projection sur muqueuse : environ 0,03 %. Ces risques, bien que faibles, justifient une prise en charge urgente pour l'évaluation d'une prophylaxie post-exposition (PPE).
| Agent infectieux | Risque par piqûre (aiguille contaminée) | Vaccination disponible |
|---|---|---|
| VHB | 6 à 30 % (non immunisé) | Oui (obligatoire pour les soignants) |
| VHC | 0,5 à 3 % | Non |
| VIH | 0,3 % | Non (PPE disponible) |
03Conduite à tenir immédiate après un AES
La prise en charge immédiate d'un AES conditionne l'efficacité des mesures préventives (notamment la PPE anti-VIH). Chaque minute compte.
3.1 Étape 1 : premiers soins immédiats (dans les 30 premières secondes)
En cas de piqûre ou de blessure percutanée :
- Ne pas faire saigner (pas de succion, risque d'auto-contamination par voie buccale).
- Laver immédiatement et abondamment la plaie à l'eau courante et au savon pendant au moins 5 minutes.
- Rincer abondamment à l'eau.
- Antisepsie de la plaie : appliquer un antiseptique approprié (eau de Javel à 2,6 % (solution de Dakin ou eau de Javel diluée au 1/5e), chlorhexidine alcoolique ou alcool à 70°) pendant 5 minutes minimum (ou selon le temps de contact recommandé par le produit).
En cas de projection sur une muqueuse (yeux, bouche) :
- Rincer immédiatement et abondamment à l'eau claire ou au sérum physiologique pendant au moins 5 minutes.
Key takeaway
Mnémo : Eau + Savon (5 min) + Antisepsie (5 min) = ESP5/5. Sur muqueuse : eau abondante 5 min.
3.2 Étape 2 : évaluation du risque et consultation urgente
Immédiatement après les premiers soins, se rendre (ou appeler) sans délai :
- Aux urgences de l'établissement (ou au médecin référent VIH, à l'infectiologiste ou au médecin du travail selon l'organisation locale).
- L'objectif est d'évaluer l'indication d'une prophylaxie post-exposition (PPE) au VIH dans les 4 heures après l'AES : ce délai est crucial car l'efficacité de la PPE diminue rapidement avec le temps (inefficace au-delà de 48 heures selon les recommandations en vigueur).
Éléments nécessaires à l'évaluation du risque :
- Description précise de l'AES (type, profondeur, matériel, visibilité du sang).
- Statut sérologique du patient source si connu (ou prélèvement du patient source si accord).
- Statut vaccinal et sérologique du soignant (anti-HBs, statut VIH, VHC si connu).
Décision médicale : la décision de prescrire ou non une PPE anti-VIH appartient au médecin (pas de l'IDE). Si une PPE est indiquée, elle doit être débutée dans les 4 heures, idéalement dans l'heure.
3.3 Étape 3 : déclaration en accident du travail
Un AES est un accident du travail (pour le salarié) ou un accident de service (pour le fonctionnaire). Il doit impérativement être déclaré :
- Auprès du cadre de santé ou du chef de service.
- Rédaction d'une déclaration d'accident du travail dans les 24 heures (délai légal).
- Un certificat médical initial est établi par le médecin lors de la consultation urgente.
Cette déclaration est obligatoire quelle que soit la gravité apparente de l'AES, et même si le statut du patient source est inconnu ou « négatif ». Elle permet :
- La prise en charge des soins et du suivi sérologique par l'Assurance maladie.
- La traçabilité des accidents dans l'établissement pour l'amélioration des conditions de travail.
3.4 Étape 4 : suivi sérologique
Le suivi sérologique après un AES suit un protocole défini. En l'absence de PPE ou malgré la PPE, un suivi à intervalles définis est réalisé pour détecter une éventuelle séroconversion :
| Délai après l'AES | Marqueurs biologiques surveillés |
|---|---|
| Immédiatement (J0) | Sérologie VIH, VHC, VHB (statut de base du soignant) |
| 6 semaines | Ag p24 VIH (si PPE) ; ALAT ; Ag-Ac VHC si patient source VHC+ |
| 3 mois | Sérologie VIH, VHC, ALAT |
| 6 mois | Sérologie VIH, VHC (fin du suivi habituel) |
Key takeaway
Note : les délais et les marqueurs suivis peuvent être ajustés selon les recommandations nationales en vigueur au moment de l'AES. Se référer aux recommandations du CNS (Conseil national du sida et des hépatites virales) et aux protocoles de l'établissement.