3.1 Infections urinaires sur sonde vésicale (IUASV)
Les infections urinaires sont la des IAS (environ 30 % des cas). La grande majorité survient chez des patients porteurs d'une sonde vésicale à demeure.
Mécanismes : colonisation extraluminale lors de la pose, contamination du système fermé, reflux urinaire.
Prévention IDE : pose en asepsie stricte, maintien d'un système clos, bon positionnement du sac (toujours sous le niveau de la vessie), hygiène quotidienne du méat, évaluation quotidienne de la nécessité du maintien de la sonde.
3.2 Pneumonies acquises sous ventilation mécanique (PAVM)
Les PAVM sont les IAS les plus graves en termes de mortalité (20 à 30 % selon les études). Elles surviennent chez les patients intubés-ventilés en réanimation.
Mécanismes principaux : micro-inhalations de sécrétions oro-pharyngées contaminées autour du ballonnet de la sonde d'intubation, colonisation du circuit du ventilateur.
Prévention IDE : hygiène des mains systématique, position demi-assise (30 à 45°), soins de bouche pluriquotidiens, aspiration supra-glottique, maintien d'une pression de ballonnet adaptée.
3.3 Infections du site opératoire (ISO)
Les ISO surviennent dans les 30 jours suivant l'intervention (ou dans les 90 jours en cas de pose d'implant). On distingue les infections superficielles (peau et tissu sous-cutané), profondes (fascias et muscles) et les infections de l'organe ou de l'espace.
Facteurs de risque : diabète, obésité, immunodépression, durée de l'intervention, contamination peropératoire.
Prévention IDE : préparation cutanée préopératoire (douche antiseptique, dépilation si nécessaire à la tondeuse), antibioprophylaxie sur prescription médicale, pansements en conditions d'asepsie stricte.
3.4 Bactériémies sur cathéter veineux central (CVC)
Les bactériémies sur CVC sont rares mais de pronostic grave. Le taux cible est inférieur à 1 pour 1 000 jours-cathéter en réanimation.
Mécanismes : contamination extraluminale lors de la pose, contamination des raccords ou des lignes, contamination hématogène à partir d'un autre foyer infectieux.
Prévention IDE : pose dans le respect des précautions de barrière maximale (champ stérile, tenue), antisepsie cutanée à la chlorhexidine alcoolique, pansement transparent semi-perméable, évaluation quotidienne de la nécessité du cathéter, désinfection des raccords avant chaque manipulation.
| Localisation | Fréquence | Micro-organismes fréquents | Dispositif associé |
|---|
| Urinaire | La plus fréquente (~30 %) | E. coli, entérocoques | Sonde vésicale |
| Pneumonie | 2e ou 3e position | Pseudomonas, SARM, BGN | Ventilation mécanique |
| Site opératoire | Variable selon spécialité | Staphylocoques, BGN | Acte chirurgical |
| Bactériémie sur CVC | Moins fréquente | Staphylocoques à coagulase négative, SARM | Cathéter veineux central |
4.1 Facteurs liés au patient (hôte)
- Âges extrêmes (nourrissons, personnes âgées).
- Immunodépression (chimiothérapie, corticothérapie, infection par le VIH, transplantation).
- Dénutrition.
- Comorbidités : diabète, insuffisance rénale, pathologie pulmonaire chronique.
- Brèches cutanées ou muqueuses préexistantes.
4.2 Facteurs liés aux soins
- Dispositifs invasifs (sonde urinaire, cathéter vasculaire, sonde d'intubation).
- Actes chirurgicaux.
- Antibiothérapies prolongées (sélection de bactéries résistantes).
- Non-respect des mesures d'hygiène.
4.3 Facteurs liés à l'environnement
- Surpopulation dans les unités de soins.
- Insuffisance de personnel ou non-respect des procédures.
- Pression de colonisation par des agents multirésistants (BMR, BHRe).
- : infection associée aux soins, terme générique englobant les infections nosocomiales et celles survenant dans le cadre de soins en ville.
- : IAS acquise en établissement de santé, survenant au-delà de 48 heures après l'admission.
- : proportion de patients infectés à un instant donné (mesurée par l'ENP).
- : nombre de nouveaux cas d'infection sur une période donnée dans une population exposée.
- : indicateur d'incidence rapportant le nombre d'infections à la durée d'exposition au dispositif invasif.
- : infection urinaire associée aux soins sur sonde vésicale.
- : pneumonie acquise sous ventilation mécanique.
- : infection du site opératoire.
- : présence de bactéries dans le sang, documentée par hémoculture positive.
- : réponse systémique grave à une infection.
- : agence nationale chargée de la surveillance épidémiologique des IAS.
- : centre d'appui pour la prévention des infections associées aux soins (ex-CCLIN/ARLIN), appui régional aux établissements.
- Une IAS est toute infection survenant au décours d'une prise en charge de santé, qu'elle soit hospitalière ou ambulatoire.
- L'infection nosocomiale est une IAS hospitalière définie par une survenue au-delà de 48 heures d'hospitalisation (ou 30 jours postopératoires, 90 jours pour les implants).
- Les quatre principales localisations sont : infections urinaires (les plus fréquentes), pneumonies (les plus graves en réanimation), infections du site opératoire et bactériémies sur cathéter.
- L'épidémiologie est suivie par les ENP de Santé publique France : la prévalence se situe autour de 5 à 6 % des hospitalisés.
- Les IAS ont un impact humain (surmortalité), économique (surcoût), organisationnel (signalement, enquête) et juridique (responsabilité).
- La prévention repose sur des mesures collectives (hygiène des mains, précautions standard) et spécifiques à chaque dispositif invasif.
- L'IDE est acteur de premier plan dans la surveillance (détection précoce des signes infectieux) et la déclaration des IAS.
- : toute infection nosocomiale est une IAS, mais toutes les IAS ne sont pas nosocomiales (celles contractées en ville, en EHPAD ou lors de soins à domicile sont des IAS non nosocomiales).
- : ce seuil est une convention. Si l'agent infectieux a une période d'incubation connue supérieure à 48 heures, le délai doit être adapté.
- : une bactériurie asymptomatique sur sonde ne justifie pas d'antibiothérapie ; une IU sur sonde peut évoluer vers une pyélonéphrite ou une sepsis.
- : une infection de prothèse peut se déclarer jusqu'à 90 jours après l'intervention.
- : l'IDE prévient mais doit aussi signaler rapidement tout signe suspect à l'équipe médicale pour une prise en charge rapide.
R : L'infection nosocomiale est une sous-catégorie de l'IAS : elle est acquise spécifiquement en établissement de santé et apparaît au-delà de 48 heures d'hospitalisation. L'IAS est plus large et inclut aussi les infections liées à des soins ambulatoires, en cabinet libéral, à domicile ou en EHPAD. En résumé : toute infection nosocomiale est une IAS, mais toutes les IAS ne sont pas nosocomiales.
R : Parce que le sondage vésical est un des actes invasifs les plus courants en hospitalisation et que la colonisation bactérienne du système urinaire est facilitée par la présence d'un corps étranger (la sonde). La migration des bactéries peut se faire par voie extraluminale lors de la pose ou par voie intraluminale en cas de déconnexion du système clos. Une hygiène rigoureuse lors de la pose, le maintien du système clos et l'évaluation quotidienne de la nécessité de la sonde constituent les principaux leviers de prévention.
R : L'IDE intervient à tous les niveaux : respect des précautions standard (hygiène des mains, port de gants, équipements de protection) ; réalisation des soins invasifs en asepsie stricte (pose et entretien de sonde, de cathéter) ; surveillance clinique quotidienne pour détecter précocement les signes d'infection ; signalement des infections suspectées à l'équipe médicale et à l'équipe opérationnelle d'hygiène ; participation aux audits et aux formations en hygiène hospitalière.
R : L'ENP, pilotée par Santé publique France, est réalisée à intervalles réguliers dans les établissements de santé. Elle consiste à recueillir, un jour donné, la proportion de patients hospitalisés présentant une IAS. Elle permet d'estimer la prévalence nationale, de comparer les résultats entre établissements ou services, d'identifier les localisations et les micro-organismes les plus fréquents, et de suivre l'évolution dans le temps afin d'orienter les politiques de prévention.