Les réactions comportementales du patient
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.3 « Pratiques et interventions infirmières ».
Pourquoi c'est central pour l'IDE : comprendre les réactions comportementales du patient face à la maladie et à l'hospitalisation permet d'y répondre de façon ajustée plutôt que de les interpréter comme des obstacles au soin.
01Le patient face à la maladie : une expérience de rupture
La maladie et l'hospitalisation constituent une rupture dans l'histoire de la personne : rupture de l'image du corps, des rôles sociaux, de l'autonomie, des projets de vie. Les réactions comportementales observées sont des réponses adaptatives à cette rupture, non des caprices ou des pathologies de personnalité.
1.1 La notion de stress et d'adaptation
Le stress est la réponse physiologique et psychologique d'un individu face à une menace perçue. Hans Selye (médecin austro-canadien, 1956) a décrit le syndrome général d'adaptation en trois phases : alarme, résistance, épuisement. Richard Lazarus (psychologue américain) a complété ce modèle en introduisant la notion d'évaluation cognitive : c'est la façon dont le patient interprète la situation (menaçante ou non, surmontable ou non) qui détermine sa réponse comportementale.
02Les principaux mécanismes de défense et d'ajustement
Les mécanismes de défense (Freud, repris et développés par Anna Freud) sont des processus psychiques inconscients permettant à l'individu de faire face à l'angoisse. Les mécanismes d'ajustement (coping, Lazarus et Folkman) sont des stratégies conscientes ou semi-conscientes d'adaptation au stress.
2.1 Le déni
Définition : refus inconscient de reconnaître une réalité douloureuse (diagnostic, gravité, pronostic). Le patient agit comme si la maladie n'existait pas ou minimise son impact.
Exemples cliniques :
- Patient qui minimise ses symptômes après un infarctus : « C'est juste une petite fatigue. »
- Patient qui refuse d'écouter l'annonce diagnostique et change de sujet.
Réponse soignante :
- Ne pas forcer la réalité brutalement.
- Respecter le déni comme protection temporaire nécessaire.
- Maintenir une présence bienveillante et des informations accessibles à la demande du patient.
- Alerter l'équipe si le déni compromet la sécurité (refus de traitement vital).
Key takeaway
En pratique : le déni est souvent utile dans les premiers temps qui suivent une annonce grave. Il devient problématique lorsqu'il dure et empêche toute adhésion au traitement.
2.2 L'anxiété
Définition : état émotionnel de tension, d'appréhension et d'inquiétude face à une menace réelle ou perçue. L'anxiété est normale en contexte de soin ; elle devient pathologique lorsqu'elle est envahissante et persistante.
Manifestations observables :
- Agitation, irritabilité.
- Questions répétitives.
- Insomnie, plaintes somatiques multiples.
- Refus de soins ou demandes d'examens supplémentaires.
Réponse soignante :
- Reconnaître et valider l'anxiété : « Je comprends que cette situation vous inquiète. »
- Donner des informations claires et adaptées.
- Expliquer chaque soin avant de le réaliser (lever l'angoisse de l'inconnu).
- Proposer des techniques de relaxation si l'IDE y est formé.
- Évaluer avec l'équipe la nécessité d'un soutien psychologique.
2.3 L'agressivité
Définition : comportement verbal ou physique hostile envers le soignant, les proches ou l'environnement. Elle est souvent l'expression d'une souffrance non exprimée autrement (peur, frustration, sentiment d'impuissance).
Formes cliniques :
- Agressivité verbale : critiques, insultes, menaces.
- Agressivité non verbale : gestes brusques, refus de contact.
- Agressivité physique : coups, jets d'objets (voir la fiche « Gestion des conflits et de la violence »).
Réponse soignante :
- Ne pas répondre à l'agressivité par l'agressivité.
- Maintenir un ton calme et une posture ouverte.
- Nommer l'émotion perçue : « Vous semblez vraiment en colère. »
- Explorer la cause sous-jacente : « Qu'est-ce qui vous met en colère ? »
- Poser des limites claires et respectueuses si le comportement devient inacceptable.
Key takeaway
Mnémo : C.N.E.L. (Calme, Nommer, Explorer, Limiter) : les quatre temps face à l'agressivité.
2.4 La régression
Définition : retour à des comportements immatures ou infantiles face à la situation de soin. C'est un mécanisme de défense normal qui vise à obtenir soins et protection.
Exemples cliniques :
- Adulte qui pleure de façon inconsolable pour un soin mineur.
- Patient très autonome qui devient totalement dépendant dès son entrée en service.
- Demandes très fréquentes et mineures (sonnette utilisée de façon répétée pour des besoins minimes).
Réponse soignante :
- Ne pas juger ni renforcer à outrance la dépendance.
- Valoriser les capacités préservées du patient.
- Répondre aux besoins sans encourager la passivité prolongée.
- Comprendre la régression comme une réponse à l'insécurité : travailler sur le sentiment de sécurité du patient.
2.5 La projection
Définition : mécanisme par lequel le patient attribue à l'équipe soignante des intentions, sentiments ou pensées qui lui appartiennent. Souvent observée chez les patients anxieux : « Je sais que vous ne me dites pas tout. »
Réponse soignante :
- Ne pas se défendre sur la forme.
- Reformuler : « Vous avez l'impression que des informations vous sont cachées ? »
- Expliquer clairement ce qui est communiqué et pourquoi.
2.6 La sublimation et les mécanismes positifs
Certains patients développent des mécanismes d'ajustement positifs : humour (détachement par la dérision), sublimation (transformation de l'énergie anxieuse en activité créatrice), recherche active d'information (recours aux ressources cognitives). Ces mécanismes méritent d'être reconnus et encouragés.