Les voies d'administration
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine B, UE B.1 « Sciences biomédicales » (pharmacologie). Correspond à l'ex-UE 2.11 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : le choix de la voie d'administration conditionne la rapidité d'action, la biodisponibilité, le confort du patient et les risques d'incidents ou d'accidents. L'IDE est directement responsable de l'administration et doit connaître les règles de sécurité propres à chaque voie.
01Principes généraux
La voie d'administration désigne le trajet emprunté par le médicament pour pénétrer dans l'organisme jusqu'à sa cible. Le choix dépend de :
- L'état du patient (conscience, déglutition, accès veineux).
- La rapidité d'action souhaitée.
- Les propriétés du médicament (liposolubilité, pH, stabilité).
- La forme galénique disponible.
Les voies se regroupent en deux grandes catégories :
| Catégorie | Voies |
|---|---|
| Voies entérales (passent par le tube digestif) | Orale, sublinguale, rectale |
| Voies parentérales (contournent le tube digestif) | Intra-veineuse (IV), intramusculaire (IM), sous-cutanée (SC), intradermique (ID), intrathecale |
| Voies locales | Cutanée (patch, pommade), inhalée, oculaire, nasale, auriculaire, vaginale |
02La voie orale
2.1 Caractéristiques
La voie orale (per os, PO) est la plus utilisée en médecine de ville et en service d'hospitalisation. Le médicament est ingéré et absorbé au niveau de l'intestin grêle.
Avantages :
- Confortable, non invasive, peu coûteuse.
- Adaptée à la prise en ambulatoire (autonomie du patient).
- Large choix de formes galéniques.
Inconvénients :
- Dépend de la capacité de déglutition et de la coopération du patient.
- Soumise à l'effet de premier passage hépatique (réduction de la biodisponibilité).
- Absorption retardée et variable selon les aliments, le transit, l'acidité gastrique.
- Délai d'action plus long que les voies parentérales.
- Inutilisable en cas de vomissements, de trouble de la conscience, de chirurgie digestive récente.
Key takeaway
En pratique : avant chaque administration orale, l'IDE vérifie que le patient est capable de déglutir correctement (assis ou en position demi-assise), peut avaler le comprimé ou la gélule, et n'est pas à jeun si la notice l'exige. Les comprimés ne sont jamais broyés sans vérification de la forme galénique (voir fiche « Les formes galéniques »).
2.2 Voie sublinguale
Le médicament est placé sous la langue et absorbé directement par la muqueuse buccale. Ce passage évite l'effet de premier passage hépatique et procure une action rapide.
Exemples : trinitrine (crise angineuse), comprimés de misoprostol par certains protocoles.
Règle d'administration : ne pas avaler le comprimé sublingual, ne pas boire, ne pas manger pendant la dissolution.
03La voie intraveineuse (IV)
3.1 Caractéristiques
La voie intraveineuse introduit le médicament directement dans la circulation sanguine.
Avantages :
- Biodisponibilité 100 %.
- Action immédiate (urgences, anesthésie).
- Possible en cas d'impossibilité de la voie orale.
- Permet des perfusions continues.
Inconvénients :
- Invasive, risque infectieux local (phlébite, sepsis sur cathéter).
- Risque d'administration trop rapide (surdosage brutal, collapsus).
- Certains médicaments incompatibles entre eux en mélange.
- Nécessite un abord veineux (VVP ou VVC).
3.2 Types d'abords veineux
| Abord | Usage | Durée max recommandée |
|---|---|---|
| Voie veineuse périphérique (VVP) | Administration courante, urgences | Renouvellement toutes les 72 à 96 heures selon les recommandations institutionnelles |
| Voie veineuse centrale (VVC) | Médicaments irritants, nutrition parentérale, monitoring de pression | Durée variable selon le dispositif et le site |
| Chambre implantable (Port-à-cath) | Chimiothérapies prolongées, patients à capital veineux réduit | Entretien mensuel si non utilisée |
3.3 Règles de sécurité IV
- Vérifier la compatibilité des médicaments et des solvants avant tout mélange.
- Contrôler le débit de perfusion (compte-gouttes ou pompe).
- Surveiller le point de ponction à chaque passage (rougeur, douleur, gonflement = signe d'extravasation ou de phlébite).
- Ne jamais administrer un médicament à usage IM par voie IV (et réciproquement, sauf exception validée).
- Respecter la règle des 5B : Bon médicament, Bonne dose, Bonne voie, Bon moment, Bon patient.
Key takeaway
En pratique : tout médicament irritant ou vésicant (amiodarone, vancomycine, certains cytotoxiques) requiert une voie veineuse centrale : en cas d'extravasation sur VVP, le risque de nécrose tissulaire est majeur. L'IDE vérifie le retour veineux avant toute injection et surveille le site en continu.