La démarche de diagnostic financier et extra-financier et les états financiers
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 6 « Finance d'entreprise », partie 1 « Diagnostiquer la situation financière et extra-financière à partir des comptes sociaux », sous-partie 1.1 « Mettre en œuvre une démarche de diagnostic financier et extra-financier » : définition du diagnostic, articulation du bilan, du compte de résultat et de l'annexe, comparaison dans le temps et avec le secteur, intérêts et limites de l'information, prise en compte de l'environnement (opportunités et risques) de la très petite entreprise (TPE) et de la petite et moyenne entreprise (PME).
Pourquoi c'est central à l'examen : l'épreuve écrite de 3 h propose des situations pratiques qui commencent presque toujours par un diagnostic. Avant de calculer un ratio, il faut savoir pour qui l'on diagnostique, avec quelles données, par rapport à quelle référence, et avec quelles réserves. Cette démarche structure aussi la conclusion argumentée que le programme demande en fin de partie 1 (cours 11).
01Qu'est-ce qu'un diagnostic financier et extra-financier ?
1.1 Définition
Le diagnostic financier est une démarche d'analyse qui évalue la situation d'une organisation à partir de ses informations chiffrées (comptes annuels, documents de gestion) pour répondre à une question précise : l'entreprise est-elle rentable, solvable, bien financée, capable de faire face à ses échéances et de se développer ?
Le diagnostic extra-financier complète l'analyse par des informations qui ne sont pas des montants comptables : environnement, social, gouvernance (critères ESG), engagements de durabilité, qualité de la relation avec les clients, les salariés, les fournisseurs. Les deux diagnostics ne s'opposent pas : une politique sociale ou environnementale a, tôt ou tard, un effet sur les comptes (coûts, risques, accès au financement), et les comptes limitent ce que l'entreprise peut engager.
À retenir
Le diagnostic n'est ni une collection de ratios, ni un exercice de calcul : c'est un jugement argumenté. Les chiffres sont les preuves, la conclusion est l'objet de la démarche.
1.2 Un diagnostic est multidimensionnel
Le programme demande d'expliciter le caractère multidimensionnel du diagnostic. Aucun indicateur seul ne résume une entreprise. On croise plusieurs angles :
| Dimension | Question posée | Outils (cours du kit) |
|---|---|---|
| Activité | L'entreprise croît-elle, avec quelle valeur ajoutée ? | Soldes intermédiaires de gestion (SIG), valeur ajoutée (cours 02 et 03) |
| Rentabilité | Gagne-t-elle de l'argent, par rapport à ses moyens ? | Capacité d'autofinancement (CAF), rentabilité économique et financière (cours 04 et 06) |
| Risque d'exploitation | Que devient le résultat si les ventes baissent ? | Compte de résultat différentiel, seuil de rentabilité (cours 05) |
| Structure financière | Les ressources durables financent-elles les emplois durables ? | Bilan fonctionnel, fonds de roulement net global (FRNG), besoin en fonds de roulement (BFR), trésorerie (cours 07) |
| Flux et trésorerie | D'où vient et où va l'argent ? | Tableau des emplois et des ressources, flux de trésorerie (cours 08 et 09) |
| Solvabilité et liquidité | Peut-elle rembourser, à court et à long terme ? | Ratios de faillite (cours 06 et 10) |
| Extra-financier | Son modèle est-il durable, ses engagements crédibles ? | Indicateurs ESG, performance durable (cours 11) |
Une entreprise peut être rentable et pourtant manquer de trésorerie (croissance trop rapide, clients lents à payer). Elle peut aussi disposer de trésorerie et être peu rentable (cession d'actifs récente). Chaque dimension éclaire une facette.
02Pour qui diagnostique-t-on ? Les parties prenantes
Le diagnostic dépend de celui qui le demande, car chacun attend une réponse différente.
| Partie prenante | Ce qu'elle cherche | Informations privilégiées |
|---|---|---|
| Dirigeants | Piloter, décider d'investir, de financer, de recruter | Tous les outils, y compris les données internes non publiques |
| Associés et actionnaires | La rentabilité de leur mise, la valeur de leurs titres, les dividendes | Rentabilité financière, résultat, politique de distribution |
| Banques et prêteurs | La capacité à rembourser | CAF, endettement, trésorerie, garanties |
| Fournisseurs | Être payés à l'échéance | Liquidité, délais de règlement, trésorerie |
| Clients | La pérennité du partenaire | Solidité financière, capacité à livrer et à assurer le service |
| Salariés et représentants du personnel | La pérennité de l'emploi, le partage de la valeur | Valeur ajoutée et sa répartition, résultat, investissements |
| État et administrations | L'impôt, les cotisations, la conformité | Résultat fiscal, charges de personnel, taxes |
| Agences de notation, investisseurs et fonds ESG | Le risque et l'impact de long terme | Indicateurs financiers et extra-financiers, informations de durabilité |
Conséquence pratique : la même entreprise peut recevoir deux diagnostics différents sans qu'aucun soit faux. Un prêteur insistera sur la capacité de remboursement ; un associé sur la rentabilité financière ; un salarié sur la répartition de la valeur ajoutée. Dans un sujet, l'énoncé précise en général le destinataire : il faut construire la conclusion pour lui.
03Les états financiers et leur articulation
Les comptes annuels français comprennent trois documents indissociables : le bilan, le compte de résultat et l'annexe. Leur présentation relève du plan comptable général (PCG) dans sa rédaction issue du règlement ANC 2022-06, applicable aux exercices ouverts depuis le 1er janvier 2025.
3.1 Le rôle de chaque document
| Document | Ce qu'il montre | Nature |
|---|---|---|
| Bilan | Le patrimoine à une date : ce que l'entreprise possède (actif) et ce qu'elle doit, y compris à ses associés (passif) | Un stock à la date de clôture |
| Compte de résultat | L'enrichissement ou l'appauvrissement de l'exercice : produits moins charges | Un flux sur la période |
| Annexe | Les méthodes comptables, le détail des postes, les engagements hors bilan, les événements postérieurs | Une explication des deux autres |
3.2 Leur articulation
Les trois états sont liés :
- le résultat net du compte de résultat est repris au passif du bilan, dans les capitaux propres ;
- les dotations aux amortissements inscrites en charges réduisent la valeur des immobilisations à l'actif ;
- l'évolution des stocks, des créances et des dettes entre deux bilans explique une partie de la trésorerie, qui n'est jamais égale au résultat ;
- l'annexe donne ce que ni le bilan ni le compte de résultat ne peuvent dire : méthodes d'amortissement, engagements de crédit-bail (le crédit-bail n'est pas inscrit à l'actif dans les comptes sociaux), échéancier des dettes, effectif.
Autrement dit, un diagnostic sérieux lit les trois documents ensemble. Un résultat en hausse accompagné d'une trésorerie en baisse pose une question que seul le rapprochement du compte de résultat et du bilan permet d'éclairer.
3.3 Ce que le PCG 2025 change pour l'analyste
Depuis 2025, la forme des états est unifiée par le règlement ANC 2022-06 : un seul plan de comptes (avec des comptes obligatoires et des comptes facultatifs) et des modèles de bilan et de compte de résultat révisés. Deux conséquences utiles à l'analyse :
- le PCG ne contient plus de tableau des soldes intermédiaires de gestion (l'ancien article 842-1 du système développé a disparu), et un excédent brut d'exploitation ne peut pas être inséré à la face du compte de résultat, car il obligerait à recomposer les rubriques du modèle ; il peut figurer dans l'annexe avec sa définition. L'analyste recompose donc lui-même les soldes (cours 02) ;
- les cessions d'immobilisations corporelles et incorporelles (comptes 757 et 657) apparaissent désormais dans le résultat d'exploitation, ce qui oblige l'analyste à les distinguer de l'activité courante lorsqu'il juge la performance.