DCG UE6 : Diagnostic financier et extra-financier

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Rentabilité économique et financière, effet de levier, solvabilité et liquidité

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 6 « Finance d'entreprise », partie 1 « Diagnostiquer la situation financière et extra-financière à partir des comptes sociaux », sous-partie 1.3 « Appréhender la rentabilité et les risques » : rentabilité économique, rentabilité financière, effet de levier financier, problématique rentabilité-risque liée à l'endettement, solvabilité, autonomie financière (ratio d'endettement), liquidité générale, réduite et immédiate (fonds et besoin en fonds de roulement financiers). Limite officielle : le bilan financier est fourni en préalable au diagnostic ; il n'est pas attendu que l'étudiant sache le construire. Les effets escomptés non échus (EENE) ne sont plus à traiter.

Pourquoi c'est central à l'examen : calculer des taux de rentabilité et surtout expliquer l'effet de levier (favorable ou défavorable) est un classique de l'épreuve de 3 h ; la lecture de la solvabilité et de la liquidité à partir d'un bilan fourni sert directement au diagnostic final et à la recommandation de financement.

01La rentabilité : principe

La rentabilité compare un résultat aux moyens engagés pour l'obtenir. Elle répond à la question : l'entreprise rémunère-t-elle suffisamment les capitaux qui lui ont été confiés ? On distingue deux points de vue : celui de tous les financeurs (rentabilité économique) et celui des seuls associés (rentabilité financière).

02La rentabilité économique

2.1 Définition

La rentabilité économique (Re) mesure la performance de l'outil économique de l'entreprise, indépendamment de la façon dont il est financé :

Re = Résultat d'exploitation après impôt / Capitaux investis

avec :

  • résultat d'exploitation après impôt = résultat d'exploitation × (1 - taux d'impôt sur les sociétés) ; on retient 25 % sauf indication de l'énoncé ;
  • capitaux investis (ou actif économique) = capitaux propres + dettes financières = immobilisations nettes + besoin en fonds de roulement d'exploitation + trésorerie ; dans un bilan financier, c'est aussi l'actif total diminué des dettes d'exploitation.

Si l'énoncé demande une rentabilité avant impôt, on s'en tient à la définition donnée.

2.2 Décomposition

Re = (résultat d'exploitation après impôt / chiffre d'affaires) × (chiffre d'affaires / capitaux investis) = taux de marge d'exploitation × rotation des capitaux investis.

On peut donc améliorer la rentabilité économique en augmentant la marge, en accélérant la rotation des capitaux (moins de stocks, moins de crédit client, outil mieux utilisé), ou les deux.

03La rentabilité financière

3.1 Définition

La rentabilité financière (Rf) mesure la rémunération des associés :

Rf = Résultat net / Capitaux propres

Elle est à comparer au rendement attendu par les associés, au coût des capitaux propres (cours 20) et au taux de placements sans risque.

3.2 Lien entre les deux rentabilités

La rentabilité financière dépend de la rentabilité économique et de la structure de financement : on parle d'effet de levier financier.

04L'effet de levier financier

4.1 Formule

Avec D les dettes financières, CP les capitaux propres, Re la rentabilité économique après impôt et i le coût de la dette après impôt (charges d'intérêts × (1 - taux d'impôt) / D) :

Rf = Re + (Re - i) × D / CP

Le terme (Re - i) × D / CP est l'effet de levier financier. (Si Re et i sont calculés avant impôt, la formule s'écrit Rf = [Re + (Re - i) × D / CP] × (1 - t).)

4.2 Lecture

SituationEffet de levierConséquence
Re > iPositif (favorable)L'endettement accroît la rentabilité des associés : emprunter à moins cher que ce que rapporte l'outil enrichit les associés
Re = iNulL'endettement est neutre
Re < iNégatif : on parle d'effet massueL'endettement détruit de la rentabilité : l'entreprise paie plus cher son argent qu'il ne rapporte

Plus le rapport D / CP est élevé, plus l'effet joue, dans les deux sens : l'endettement amplifie les gains comme les pertes.

4.3 La problématique rentabilité-risque de l'endettement

L'endettement est donc à la fois un accélérateur de rentabilité et un facteur de risque :

  • les charges d'intérêts sont fixes, dues quel que soit le résultat : elles ajoutent un risque financier au risque d'exploitation (cours 05) ;
  • un fort endettement fait monter le coût des capitaux propres (les associés exigent une prime de risque) et réduit la capacité d'emprunt future ;
  • un levier favorable en année faste devient massue si l'activité se retourne : les deux leviers (opérationnel et financier) se cumulent.

Un diagnostic complet apprécie donc le niveau de Re par rapport à i (aujourd'hui) et la solidité de Re (demain), ce qui renvoie à la structure de coûts et à la stabilité de l'activité.

05Solvabilité, autonomie financière et endettement

5.1 Solvabilité

La solvabilité est l'aptitude de l'entreprise à faire face à l'ensemble de ses dettes en cas de cessation (liquidation) : on compare ce qu'elle possède à ce qu'elle doit.

Solvabilité générale = Total de l'actif / Total des dettes

Supérieure à 1, l'entreprise peut en principe rembourser ses créanciers en réalisant ses actifs (à leur valeur bilan, souvent différente de la valeur de réalisation). Plus le ratio est élevé, plus les créanciers sont protégés.

5.2 Autonomie financière et endettement

RatioCalculLecture
Autonomie financièreCapitaux propres / Total du passif (ou total des dettes selon l'énoncé)Part de l'actif financée par les associés : indépendance vis-à-vis des créanciers
Ratio d'endettement (ou de structure financière)Dettes financières / Capitaux propres (ou dettes totales / capitaux propres)Poids de la dette par rapport aux fonds propres

Il n'existe pas de norme : les seuils que citent certains praticiens varient selon le secteur, la taille et la stabilité de l'activité. On suit la définition fournie par l'énoncé, on compare au secteur et on regarde l'évolution dans le temps.

06Liquidité et fonds de roulement financiers

6.1 Le bilan financier fourni

Le bilan financier classe les postes selon leur liquidité (actif) et leur exigibilité (passif) :

  • actif : actif immobilisé (plus d'un an), actif circulant : stocks, créances à moins d'un an, disponibilités ;
  • passif : capitaux propres, dettes à plus d'un an (capitaux permanents avec les capitaux propres), dettes à moins d'un an, y compris les concours bancaires courants.

Il est fourni dans les sujets : le candidat l'utilise, il n'a pas à le reconstruire à partir des comptes (limite officielle). Ne pas confondre avec le bilan fonctionnel, qui classe les postes par cycle (cours 07).

6.2 Fonds de roulement et besoin en fonds de roulement financiers

NotionCalculLecture
Fonds de roulement financier (FRF)Capitaux permanents - actif immobilisé net = actif circulant - dettes à moins d'un anMarge de sécurité : part de l'actif circulant financée par des ressources durables
Besoin en fonds de roulement financier (BFRF)(Stocks + créances) - (dettes à moins d'un an hors concours bancaires)Besoin de financement du cycle d'activité à court terme
Trésorerie financièreFRF - BFRF = disponibilités - concours bancaires courantsPosition de trésorerie nette

6.3 Les trois ratios de liquidité

RatioCalculQuestion posée
Liquidité généraleActif circulant / Dettes à moins d'un anL'actif réalisable à court terme couvre-t-il le passif exigible à court terme ?
Liquidité réduite(Créances à moins d'un an + disponibilités) / Dettes à moins d'un anLa couverture tient-elle sans vendre les stocks ?
Liquidité immédiateDisponibilités / Dettes à moins d'un anPeut-on payer immédiatement avec la trésorerie ?

Une liquidité générale supérieure à 1 signifie que le fonds de roulement est positif. Pour le reste, aucune valeur n'est normative : la liquidité immédiate est faible dans la plupart des entreprises, qui ne laissent pas de trésorerie inutilisée, et une entreprise payée comptant qui paie ses fournisseurs à crédit (commerce de détail) a structurellement des ratios plus faibles qu'une entreprise industrielle.

Exemples corrigés

Cas 1 : mesurer rentabilités, levier, solvabilité et liquidité

Énoncé : la Société Delorme (négoce de matériel agricole) fournit le bilan financier suivant au 31 décembre N, ainsi que les informations de compte de résultat ci-dessous (en euros). Taux d'impôt sur les sociétés : 25 %.

ActifMontantPassifMontant
Actif immobilisé net1 200 000Capitaux propres900 000
Stocks300 000Dettes financières à plus d'un an500 000
Créances à moins d'un an450 000Fournisseurs330 000
Disponibilités150 000Dettes fiscales et sociales120 000
Concours bancaires courants250 000
Total2 100 000Total2 100 000

Chiffre d'affaires : 3 000 000 ; résultat d'exploitation : 220 000 ; charges d'intérêts : 35 000.

Travail à faire : 1. calculer FRF, BFRF et trésorerie financière ; 2. calculer les ratios de solvabilité, d'autonomie, d'endettement et de liquidité ; 3. calculer Re, i, Rf et l'effet de levier ; 4. commenter.

Corrigé (calculs vérifiés par script)

  1. Fonds et besoin en fonds de roulement financiers
NotionCalculMontant
Capitaux permanents900 000 + 500 0001 400 000
FRF1 400 000 - 1 200 000200 000
BFRF(300 000 + 450 000) - (330 000 + 120 000)300 000
Trésorerie financière200 000 - 300 000 = 150 000 - 250 000- 100 000

Le fonds de roulement est positif (24 jours de chiffre d'affaires), mais il ne finance pas tout le besoin : le solde est couvert par des concours bancaires courants.

  1. Ratios

Dettes totales = 500 000 + 330 000 + 120 000 + 250 000 = 1 200 000. Dettes à moins d'un an = 700 000. Dettes financières (emprunts et concours bancaires) = 750 000.

RatioCalculValeur
Solvabilité générale2 100 000 / 1 200 0001,75
Autonomie financière900 000 / 2 100 00042,9 %
Endettement (dettes financières / capitaux propres)750 000 / 900 0000,83
Liquidité générale900 000 / 700 0001,29
Liquidité réduite(450 000 + 150 000) / 700 0000,86
Liquidité immédiate150 000 / 700 0000,21
  1. Rentabilités et levier
  • Capitaux investis = 900 000 + 750 000 = 1 650 000 (égal à l'actif total moins les dettes d'exploitation : 2 100 000 - 450 000).
  • Résultat d'exploitation après impôt = 220 000 × 0,75 = 165 000 ; Re = 165 000 / 1 650 000 = 10,0 %.
  • Coût de la dette après impôt : i = 35 000 × 0,75 / 750 000 = 3,5 %.
  • Résultat net = (220 000 - 35 000) × 0,75 = 138 750 ; Rf = 138 750 / 900 000 = 15,4 %.
  • Effet de levier = (10,0 % - 3,5 %) × 750 000 / 900 000 = 6,5 % × 0,833 = + 5,4 points ; contrôle : 10,0 % + 5,4 % = 15,4 %.
  1. Commentaire

À retenir

Objet : rentabilité, solvabilité et liquidité de la Société Delorme. Constat : la rentabilité économique (10,0 %) est bien supérieure au coût de la dette après impôt (3,5 %) : l'effet de levier est favorable (+ 5,4 points) et porte la rentabilité financière à 15,4 %. L'entreprise est solvable (1,75), correctement dotée en fonds propres (autonomie de 42,9 %, endettement de 0,83). Lecture : la liquidité est en revanche tendue (réduite 0,86, immédiate 0,21) : le fonds de roulement de 200 000 ne couvre pas le BFR de 300 000 et l'entreprise recourt à 250 000 de concours bancaires courants. C'est une fragilité à court terme, non une insolvabilité. Recommandations : consolider une partie des concours courants en financement durable (emprunt à moyen terme ou meilleure gestion du BFR, cours 14 et 15), surveiller le délai clients et les stocks. Limites : un seul bilan, aucun seuil normatif, comparaison au secteur à compléter.

Cas 2 : quand l'effet de levier devient un effet massue

Énoncé : reprenons la Société Delorme. Si l'activité se dégrade, le résultat d'exploitation peut tomber. Étudier quatre scénarios (résultat d'exploitation de 220 000, 150 000, 100 000 et 60 000 ; mêmes capitaux, mêmes intérêts de 35 000, impôt de 25 %) et conclure.

Corrigé

Résultat d'exploitationRe (après impôt)iRésultat netRfEffet de levierCouverture des intérêts (RE / intérêts)
220 00010,0 %3,5 %138 75015,4 %+ 5,4 pts6,3
150 0006,8 %3,5 %86 2509,6 %+ 2,8 pts4,3
100 0004,5 %3,5 %48 7505,4 %+ 0,9 pt2,9
60 0002,7 %3,5 %18 7502,1 %- 0,6 pt1,7

Détail pour le scénario à 60 000 : Re = 60 000 × 0,75 / 1 650 000 = 2,7 % ; levier = (2,7 % - 3,5 %) × 0,833 = - 0,64 point ; Rf = 2,7 % - 0,6 % = 2,1 % ; contrôle : résultat net = (60 000 - 35 000) × 0,75 = 18 750 et 18 750 / 900 000 = 2,1 %.

Conclusion pour le dirigeant

À retenir

Constat : une baisse du résultat d'exploitation de 73 % (de 220 000 à 60 000) fait chuter la rentabilité financière de 15,4 % à 2,1 %, soit une baisse de 86 %. Le levier devient négatif lorsque la rentabilité économique (2,7 %) passe sous le coût de la dette (3,5 %). Les intérêts ne sont plus couverts que 1,7 fois. Lecture : l'endettement a amplifié la hausse comme il amplifie la baisse : c'est la problématique rentabilité-risque. Le risque d'exploitation (cours 05) et le risque financier se cumulent. Recommandations : ne pas augmenter l'endettement tant que la rentabilité économique n'est pas stabilisée ; analyser le seuil de rentabilité et la solidité du carnet de commandes ; privilégier un financement par fonds propres ou autofinancement pour de nouveaux investissements si le risque d'exploitation est jugé élevé. Limites : le coût de la dette est supposé constant (taux fixes) ; les capitaux sont supposés inchangés.

Vocabulaire essentiel

TermeDéfinition
Rentabilité économique (Re)Résultat d'exploitation après impôt / capitaux investis
Rentabilité financière (Rf)Résultat net / capitaux propres
Capitaux investisCapitaux propres + dettes financières
Effet de levier financierÉcart de Rf par rapport à Re dû à l'endettement : (Re - i) × D / CP
Effet massueEffet de levier négatif, lorsque Re < i
SolvabilitéAptitude à rembourser toutes les dettes (actif total / dettes totales)
Autonomie financièrePart de l'actif financée par fonds propres
LiquiditéAptitude à faire face aux dettes à court terme
Bilan financierBilan classé par liquidité et exigibilité
FRF, BFRFFonds et besoin en fonds de roulement financiers

Points clés à retenir

  1. Re mesure l'outil économique ; Rf mesure les associés.
  2. Rf = Re + (Re - i) × D / CP, avec Re et i après impôt.
  3. Re > i : levier positif ; Re < i : effet massue.
  4. L'endettement amplifie gains et pertes : c'est le couple rentabilité-risque.
  5. Solvabilité = actif total / dettes totales ; autonomie = CP / total passif ; endettement = dettes financières / CP.
  6. Liquidité générale, réduite, immédiate : du critère le plus large (tout l'actif circulant) au plus strict (disponibilités seules).
  7. Le bilan financier est fourni : on l'exploite sans le construire.
  8. Les ratios se comparent au secteur et dans le temps ; ils ne sont pas des normes.

Pièges fréquents

  1. Mélanger avant et après impôt dans la formule du levier.
  2. Prendre l'actif total comme capitaux investis sans retrancher les dettes d'exploitation (ou ignorer la définition fournie).
  3. Calculer i sur les seuls emprunts alors que les concours bancaires portent aussi des intérêts (suivre l'énoncé).
  4. Conclure « endettement favorable » sans vérifier la solidité de Re.
  5. Confondre solvabilité et liquidité : une entreprise solvable peut être illiquide.
  6. Inclure les stocks dans la liquidité réduite ou les disponibilités dans le BFRF.
  7. Confondre bilan financier et bilan fonctionnel.
  8. Traiter les EENE, qui ne sont plus au programme.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Quelle est la différence entre rentabilité économique et rentabilité financière ? R : La rentabilité économique rapporte le résultat d'exploitation après impôt aux capitaux investis (capitaux propres plus dettes financières) : elle mesure l'outil, quel que soit son financement. La rentabilité financière rapporte le résultat net aux seuls capitaux propres : elle mesure la rémunération des associés.

Q : Quand l'effet de levier est-il positif ? R : Quand la rentabilité économique après impôt est supérieure au coût de la dette après impôt : l'endettement augmente alors la rentabilité financière. Dans le cas contraire, c'est un effet massue.

Q : Pourquoi l'endettement est-il un risque ? R : Parce que ses charges d'intérêts sont fixes et dues quel que soit le résultat, et parce qu'il amplifie les pertes comme les gains. Le risque financier s'ajoute au risque d'exploitation.

Q : Quelle différence entre solvabilité et liquidité ? R : La solvabilité est la capacité à rembourser toutes les dettes en réalisant l'actif ; la liquidité est la capacité à payer les dettes à court terme avec l'actif circulant. Une entreprise peut être solvable mais illiquide.

Q : Comment se calculent les trois ratios de liquidité ? R : Générale : actif circulant sur dettes à moins d'un an. Réduite : créances à moins d'un an et disponibilités sur dettes à moins d'un an. Immédiate : disponibilités sur dettes à moins d'un an.

Q : Faut-il construire le bilan financier ? R : Non. Il est fourni dans le sujet, conformément aux limites du programme : on l'utilise pour calculer FRF, BFRF et les ratios de solvabilité et de liquidité.

Q : Une autonomie financière de 43 % est-elle bonne ? R : Elle signifie que 43 % de l'actif est financé par les associés. Aucun seuil n'est normatif : seule la comparaison avec le secteur et l'évolution dans le temps permettent de conclure.

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