DCG UE6 : Financement, marchés et trésorerie

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Le plan de financement

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 6 « Finance d'entreprise », partie 3 « Optimiser la politique de financement », sous-partie 3.5 « Concevoir le plan de financement ».

Pourquoi c'est central à l'examen : le plan de financement est la synthèse de la partie 3. Le sujet fournit les investissements, les remboursements et les prévisions de résultat, demande d'établir le plan sur plusieurs années, de repérer le déséquilibre et de proposer comment l'équilibrer. La conclusion est une recommandation chiffrée au dirigeant.

01Objectifs du plan de financement

Le plan de financement traduit en chiffres la stratégie de l'entreprise (investissements, croissance) et vérifie qu'elle est finançable. Il répond à quatre questions :

  1. De quels moyens l'entreprise a-t-elle besoin sur les prochaines années ?
  2. Quelles ressources internes (capacité d'autofinancement) sont disponibles ?
  3. Quelles ressources externes (emprunts, capital, aides) faut-il rechercher, et quand ?
  4. La structure financière reste-t-elle saine après ces opérations ?

Il sert aussi à convaincre un financeur : une banque demande un plan de financement pour accorder un prêt.

Le plan couvre trois à cinq ans, un horizon de moyen terme. Il se distingue :

DocumentHorizonContenuCours
Plan de financement3 à 5 ansEmplois et ressources durables, équilibre de la trésorerie à moyen termeCelui-ci
Budget de trésorerieQuelques moisEncaissements et décaissements mensuels, TVA comprise25
Tableau des emplois et des ressourcesExercice passéConstat des variations du bilan08

Dans les sociétés commerciales qui dépassent un seuil de salariés ou de chiffre d'affaires fixé par décret, le plan de financement prévisionnel est obligatoire : il fait partie des documents de gestion prévisionnelle, avec la situation de l'actif réalisable et disponible et du passif exigible, le compte de résultat prévisionnel et le tableau de financement (article L232-2 du code de commerce ; article L612-2 pour certaines personnes morales de droit privé non commerçantes). Ailleurs, il est facultatif mais demandé en pratique par les financeurs.

02La structure du plan

2.1 Les emplois et les ressources

Emplois (besoins de financement)Ressources
Investissements (corporels, incorporels, financiers)Capacité d'autofinancement prévisionnelle
Variation du besoin en fonds de roulementCessions d'immobilisations
Remboursements des dettes financières existantesSubventions d'investissement
Remboursements des nouveaux empruntsAugmentation de capital
Dividendes et autres distributionsEmprunts nouveaux

2.2 Le solde et la trésorerie cumulée

Pour chaque année :

  • solde de l'année = total des ressources − total des emplois ;
  • trésorerie en fin d'année = trésorerie en début d'année + solde de l'année.

La trésorerie cumulée est comparée à une trésorerie minimale de sécurité fixée par l'entreprise ou l'énoncé. Un plan est équilibré lorsque la trésorerie cumulée reste, chaque année, au moins égale à ce niveau.

2.3 Le lien avec la capacité d'autofinancement

La capacité d'autofinancement prévisionnelle vient du compte de résultat prévisionnel. Mais les nouveaux emprunts créent des intérêts qui diminuent le résultat : si l'énoncé donne une capacité d'autofinancement avant frais financiers du nouvel emprunt, on la diminue des intérêts après impôt : intérêts × (1 − 25 %).

03Les étapes de construction

  1. Reprendre la stratégie : investissements prévus, évolution de l'activité.
  2. Chiffrer les emplois : investissements, variation du BFR (cours 14), remboursements de dettes existantes, dividendes.
  3. Estimer les ressources internes : capacité d'autofinancement prévisionnelle, cessions, subventions.
  4. Calculer le solde annuel et la trésorerie cumulée sans financement externe : on mesure le besoin de financement.
  5. Choisir les ressources externes (cours 19 à 22) et les intégrer, intérêts compris.
  6. Contrôler l'équilibre : trésorerie cumulée au moins égale au seuil de sécurité, chaque année.
  7. Contrôler la cohérence : indicateurs de structure (capacité de remboursement, endettement) compatibles avec les exigences des financeurs.
  8. Équilibrer si besoin et conclure.

04Les modalités d'équilibrage

Quand la trésorerie descend sous le seuil, on agit sur les ressources ou sur les emplois.

LevierPrincipeLimite
Emprunt complémentaire ou ligne de créditApporte des fonds rapidementAlourdit les remboursements et l'endettement
Allongement de la durée ou différé de remboursementÉtale la charge sur plus d'annéesIntérêts totaux plus élevés
Augmentation de capitalFonds sans remboursementDilution, coût des capitaux propres plus élevé (cours 20)
Crédit-bailFinance le bien sans décaissement initialRedevances futures, coût plus élevé (cours 21)
Subvention ou aide publiqueRéduit le besoinConditions d'attribution, délais
Report ou étalement d'un investissementDécale un emploiRetarde la croissance
Réduction des dividendesConserve de l'autofinancementAccord des associés
Réduction du BFRLibère de la trésorerie (cours 15)Effet limité, relations clients et fournisseurs
Cession d'actifsApporte un produit immédiatPerte d'un outil de production

Le choix se fait sur le coût, le risque, la souplesse et la cohérence avec la stratégie : on évite de sacrifier un investissement clé pour équilibrer un plan.

05La cohérence avec la politique d'investissement

Principe d'équilibre : financer des emplois durables par des ressources durables. Un investissement de 8 ans financé par un découvert crée un déséquilibre : le plan de financement vérifie justement cette adéquation. Il permet aussi de juger si l'entreprise peut mener plusieurs projets en même temps ou doit les échelonner.

Exemples corrigés

Cas 1 : établir le plan sur quatre ans

La société Horizon prépare un plan sur quatre ans (N+1 à N+4). Montants en milliers d'euros.

Données

N+1N+2N+3N+4
Investissements900400300300
Remboursement des dettes existantes150150120120
Variation du BFR60403020
Dividendes versés8090100110
CAF avant frais financiers du nouvel emprunt450540620680
Cessions d'immobilisations05000
Subvention d'investissement100000

Trésorerie au début de N+1 : 150. Trésorerie minimale de sécurité : 50. Dettes financières existantes à l'ouverture : 600. IS : 25 %.

Étape 1 : plan sans financement externe

N+1N+2N+3N+4
Ressources : CAF + cessions + subvention550590620680
Emplois1 190680550550
Solde− 640− 90+ 70+ 130
Trésorerie cumulée− 490− 580− 510− 380

La trésorerie est négative dès N+1 : le plan n'est pas finançable en l'état. Le déficit atteint 580 en N+2.

Étape 2 : intégration d'un emprunt de 700

La banque accorde 700, débloqués au début de N+1, au taux de 5 %, remboursables en 7 amortissements constants de 100 à partir de la fin de N+2. Les intérêts diminuent la CAF après impôt.

AnnéeCapital restant dû en début d'annéeIntérêts (5 %)Intérêts après impôt
N+170035,0026,25
N+270035,0026,25
N+360030,0022,50
N+450025,0018,75
N+1N+2N+3N+4
CAF avant frais financiers450,00540,00620,00680,00
− Intérêts après impôt− 26,25− 26,25− 22,50− 18,75
CAF après frais financiers423,75513,75597,50661,25
+ Cessions050,0000
+ Subvention100,00000
+ Emprunt700,00000
Total ressources1 223,75563,75597,50661,25
Investissements900,00400,00300,00300,00
Remboursement des dettes existantes150,00150,00120,00120,00
Remboursement du nouvel emprunt0100,00100,00100,00
Variation du BFR60,0040,0030,0020,00
Dividendes80,0090,00100,00110,00
Total emplois1 190,00780,00650,00650,00
Solde de l'année+ 33,75− 216,25− 52,50+ 11,25
Trésorerie cumulée183,75− 32,50− 85,00− 73,75
Écart avec le seuil de sécurité (50)+ 133,75− 82,50− 135,00− 123,75

Contrôle : 150 + 33,75 − 216,25 − 52,50 + 11,25 = − 73,75.

Diagnostic : l'emprunt de 700 couvre le pic de N+1, mais le plan reste déséquilibré de N+2 à N+4. L'écart maximal avec le seuil est de 135 en N+3 : il faut trouver au moins 135 de financement complémentaire (ou économies) pour retrouver l'équilibre.

Cas 2 : choisir la modalité d'équilibrage

Trois solutions sont comparées pour corriger le déficit du cas 1.

  • A : emprunt complémentaire de 250, débloqué au début de N+2, à 5 %, remboursable en 5 amortissements constants de 50 à partir de la fin de N+3.
  • B : report d'un investissement de 150 de N+2 à une date hors de l'horizon du plan, et réduction des dividendes de 30 en N+2 et de 30 en N+3.
  • C : augmentation de capital de 200 en N+2.

Trésorerie cumulée (seuil de sécurité : 50)

N+1N+2N+3N+4Minimum
Sans correction183,75− 32,50− 85,00− 73,75− 85,00
A : emprunt de 250183,75208,1296,2550,0050,00
B : report + dividendes réduits183,75147,50125,00136,25125,00
C : augmentation de capital de 200183,75167,50115,00126,25115,00

Indicateurs de cohérence (capacité de remboursement = dettes financières en fin d'année / CAF après frais financiers)

N+1N+2N+3N+4
Sans correction, B et C2,71 ans1,75 an1,14 an0,70 an
A2,71 ans2,28 ans1,50 an0,93 an

(Dettes en fin d'année : 1 150, 900, 680, 460 ; avec A : 1 150, 1 150, 880, 610.)

CritèreA : empruntB : report + dividendesC : capital
Trésorerie minimale50 (au seuil, sans marge)125115
Coût35 d'intérêts sur l'horizon avant impôtAucun coût financier, retard d'un projetRentabilité exigée : 9,05 % × 200 = 18,1 par an
EndettementAugmenteInchangéInchangé
AssociésAucun effetMoins de dividendesDilution, nouveaux fonds à apporter
RéversibilitéFaibleForteFaible

Écrit au dirigeant : « Le plan avec l'emprunt de 700 seul est déséquilibré : la trésorerie passe sous zéro dès N+2 et atteint − 85 en N+3. Je recommande la solution B : reporter 150 d'investissement hors de l'horizon du plan et réduire de 30 les dividendes en N+2 et N+3 laisse une trésorerie d'au moins 125, sans nouvelle dette ni dilution, et les deux décisions sont réversibles. La solution A est une solution de repli : elle laisse seulement 50 en N+4, juste le seuil, et alourdit l'endettement. La solution C n'est à retenir que si le projet reporté est stratégique et ne peut pas attendre. Avant de décider, vérifiez que le projet reporté n'est pas celui qui génère la croissance de la CAF prévue en N+3 et N+4 : le plan repose sur ce niveau de résultat. »

Vocabulaire essentiel

TermeDéfinition
Plan de financementTableau prévisionnel des emplois et ressources sur 3 à 5 ans
EmploisInvestissements, variation du BFR, remboursements, dividendes
RessourcesCAF, cessions, subventions, capital, emprunts
Solde annuelTotal des ressources moins total des emplois
Trésorerie cumuléeTrésorerie initiale plus soldes annuels successifs
Trésorerie minimale de sécuritéNiveau en dessous duquel l'entreprise ne veut pas descendre
ÉquilibrageAction sur les ressources ou les emplois pour restaurer l'équilibre
Capacité de remboursementDettes financières divisées par la CAF, en années
Différé de remboursementPériode pendant laquelle seuls les intérêts sont payés

Points clés à retenir

  1. Le plan de financement couvre trois à cinq ans et vérifie que la stratégie est finançable.
  2. Solde annuel = ressources − emplois ; trésorerie cumulée = trésorerie initiale + soldes.
  3. Le plan est équilibré si la trésorerie cumulée reste, chaque année, au moins égale au seuil de sécurité.
  4. Un nouvel emprunt réduit la CAF par ses intérêts après impôt : les intégrer dans le plan.
  5. On commence par le plan sans financement externe pour mesurer le besoin.
  6. Les leviers d'équilibrage agissent sur les ressources (emprunt, capital, subvention, crédit-bail) ou sur les emplois (report, dividendes, BFR).
  7. Financer des emplois durables par des ressources durables.
  8. On choisit le levier selon le coût, le risque, la réversibilité et la cohérence avec la stratégie.
  9. Le plan se conclut par une recommandation chiffrée et une solution de repli.

Pièges fréquents

  1. Oublier les intérêts du nouvel emprunt dans la CAF : le plan est alors trop optimiste.
  2. Oublier de retrancher les remboursements du nouvel emprunt à partir de l'année prévue.
  3. Confondre solde annuel et trésorerie cumulée : c'est le cumul qu'on compare au seuil.
  4. Ne pas comparer la trésorerie au seuil de sécurité : une trésorerie à 10 peut être jugée insuffisante.
  5. Équilibrer en supprimant un investissement stratégique sans le signaler.
  6. Financer un emploi durable par une ressource courte, ce qui déplace le déséquilibre.
  7. Compter la subvention d'investissement en produit : c'est une ressource de financement, non une capacité d'autofinancement.
  8. Confondre plan de financement et budget de trésorerie : le premier couvre plusieurs années sans TVA, le second quelques mois en détail.

Q&R pour le tuteur IA

Q : À quoi sert un plan de financement ? R : À vérifier que la stratégie d'investissement de l'entreprise est finançable sur trois à cinq ans, à mesurer le besoin de ressources externes, et à présenter aux financeurs une trajectoire cohérente de trésorerie et de structure financière.

Q : Comment calcule-t-on la trésorerie cumulée ? R : Trésorerie en fin d'année = trésorerie en début d'année + (total des ressources − total des emplois) de l'année. Elle se compare au seuil de sécurité.

Q : Pourquoi diminuer la CAF des intérêts d'un nouvel emprunt ? R : Parce que les intérêts sont une charge financière qui réduit le résultat. Après économie d'impôt, ils réduisent la CAF de intérêts × (1 − 25 %). Les omettre surestime les ressources.

Q : Quels leviers pour équilibrer un plan déficitaire ? R : Côté ressources : emprunt complémentaire, augmentation de capital, subvention, crédit-bail. Côté emplois : report ou étalement d'investissements, réduction des dividendes, amélioration du besoin en fonds de roulement.

Q : Quelle est la différence entre un plan de financement et un budget de trésorerie ? R : Le plan de financement couvre trois à cinq ans et porte sur les flux durables (investissements, emprunts, capital). Le budget de trésorerie détaille mois par mois, avec la TVA, quelques mois d'encaissements et de décaissements.

Q : Pourquoi conclure par une solution de repli ? R : Parce que les prévisions sont incertaines. Une solution de repli (par exemple une ligne de crédit négociée à l'avance) garantit que l'entreprise ne se retrouve pas sans financement si la CAF réalisée est inférieure à la prévision.

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