Parties prenantes, gouvernance et théorie de l'agence
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 7 « Management », partie 1 « Expliquer le contexte et les enjeux du management des organisations », sous-partie 1.3 « Analyser la prise en compte par une organisation des parties prenantes et des enjeux de durabilité ».
Pourquoi c'est central à l'examen : les situations de l'écrit de 4 h opposent souvent des acteurs aux intérêts différents (actionnaires, salariés, clients, riverains, élus). Le candidat doit les identifier, apprécier leur influence, caractériser la gouvernance et savoir mobiliser Freeman, Clarkson, Mitchell ou la théorie de l'agence pour appuyer son analyse.
01Les parties prenantes
1.1 Définition
Une partie prenante est un groupe ou un individu qui peut affecter la réalisation des objectifs d'une organisation ou être affecté par elle. La formule est celle de Freeman (Strategic Management: A Stakeholder Approach, 1984). Elle élargit le regard : l'organisation ne rend pas des comptes seulement à ses propriétaires, mais à toutes les personnes dont dépend sa survie ou qui subissent ses actions.
1.2 Classer les parties prenantes
Plusieurs classements sont possibles ; aucun n'est imposé. On retient les suivants.
| Critère | Catégories | Exemples (une usine de produits laitiers) |
|---|---|---|
| Position | Internes (au sein de l'organisation) et externes | Salariés, dirigeants (internes) ; clients, fournisseurs, riverains, État (externes) |
| Lien | Contractuelles (liées par un contrat) et diffuses (sans contrat, mais concernées) | Fournisseurs, banque, salariés (contractuelles) ; riverains, associations, médias (diffuses) |
| Importance pour la survie (Clarkson, 1995) | Primaires et secondaires | Primaires : actionnaires, salariés, clients, fournisseurs, banque, ainsi que pouvoirs publics et collectivités (groupe « public » chez Clarkson : ils fournissent infrastructures et marchés, fixent les règles, perçoivent les impôts). Secondaires : médias, associations, groupes de pression |
Clarkson (Academy of Management Review, 1995) appelle primaires les parties prenantes dont la participation continue est nécessaire à la survie de l'organisation, et secondaires celles qui influencent ou sont influencées sans être indispensables à sa survie, mais qui peuvent la mettre en difficulté (réputation, pression sociale).
02Points communs et divergences d'intérêts
Les parties prenantes ont des attentes différentes, qui convergent parfois et divergent souvent.
| Partie prenante | Attente type | Convergence possible | Divergence possible |
|---|---|---|---|
| Actionnaires | Rentabilité, valeur de l'investissement | Avec les salariés sur la pérennité | Avec les salariés sur la masse salariale, avec les riverains sur les nuisances |
| Salariés | Emploi, rémunération, conditions de travail | Avec les clients sur la qualité du service | Avec les actionnaires sur la répartition de la valeur |
| Clients | Qualité, prix, service | Avec les salariés (qualité), avec les fournisseurs | Avec les actionnaires (prix bas contre marge) |
| Fournisseurs | Prix, délais, pérennité de la relation | Avec les clients de l'entreprise (qualité) | Avec les actionnaires (pression sur les prix) |
| Riverains, associations | Cadre de vie, environnement | Avec l'État sur la réglementation | Avec les actionnaires sur l'impact des installations |
| État, collectivités | Emploi, recettes fiscales, respect des règles | Avec les salariés (emploi) | Avec les actionnaires (contraintes réglementaires) |
Pour une organisation donnée, on dresse la carte des attentes : qui veut quoi, qui s'accorde avec qui, quelles tensions. Elles révèlent souvent le paradoxe central de la situation (cours 01).
03L'influence d'une partie prenante : Mitchell, Agle et Wood
3.1 Les trois attributs
Mitchell, Agle et Wood (Academy of Management Review, 1997) proposent de hiérarchiser les parties prenantes selon la saillance, c'est-à-dire l'attention que les dirigeants leur portent, en fonction de trois attributs.
| Attribut | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Pouvoir | Capacité d'imposer sa volonté (par des ressources, une sanction, une influence) | Banque qui peut refuser un crédit |
| Légitimité | Perception que ses demandes sont fondées, appropriées (par un contrat, un droit, une norme) | Salariés qui demandent le respect de leurs droits |
| Urgence | Caractère pressant et critique d'une demande (limité dans le temps, importance forte) | Riverains en cas de pollution constatée |
3.2 Les types de parties prenantes
| Nombre d'attributs | Type | Combinaison | Attitude attendue de l'organisation |
|---|---|---|---|
| 1 | Latente | Dormante (pouvoir), discrétionnaire (légitimité), exigeante (urgence) | Surveiller, informer |
| 2 | En attente | Dominante (pouvoir et légitimité), dangereuse (pouvoir et urgence), dépendante (légitimité et urgence) | Répondre, négocier |
| 3 | Définitive | Pouvoir, légitimité et urgence | Prioriser, agir immédiatement |
| 0 | Non prenante | Aucun attribut | Ne pas tenir compte |
À retenir
La logique est cumulative : plus une partie prenante cumule d'attributs, plus elle est saillante. Les attributs évoluent dans le temps : une partie prenante latente peut devenir définitive si une crise survient (urgence).
3.3 Apport et limites
| Apport | Limite |
|---|---|
| Fournit une grille simple et transposable pour hiérarchiser | Les attributs dépendent de perceptions, difficiles à objectiver |
| Tient compte de la dynamique (changement de statut) | Se concentre sur ce que perçoivent les dirigeants, pas sur ce qui serait juste |
04Les formes de prise en compte des parties prenantes
Le programme ne retient aucune typologie particulière. On peut, à titre d'exemples, distinguer des niveaux d'engagement croissants.
| Forme | Contenu | Exemple |
|---|---|---|
| Surveillance | Observer les attentes sans dialogue | Veille sur les avis en ligne |
| Partage d'information | Informer de façon unilatérale | Rapport annuel, réunions d'information |
| Consultation | Demander un avis sans engagement de le suivre | Enquête auprès des clients ou des riverains |
| Concertation | Échanger pour construire ensemble une décision | Comité de dialogue avec les habitants |
| Gouvernance partenariale | Associer des parties prenantes à la décision elle-même | Représentants des salariés au conseil d'administration, coopérative |
À retenir
Dans une situation, on décrit la prise en compte observée (« l'entreprise informe les riverains mais ne les consulte pas ») et on en juge la cohérence avec l'influence de la partie prenante.
05La gouvernance
5.1 Définition et acteurs
La gouvernance est l'ensemble des mécanismes (règles, organes, relations de pouvoir et de contrôle) qui encadrent les décisions des dirigeants et déterminent à qui ils rendent compte. On la caractérise à partir de quelques questions :
| Question | Indices |
|---|---|
| Qui détient le pouvoir ? | Actionnaires majoritaires, adhérents (une personne, une voix), État, fondateur |
| Quels sont les organes ? | Assemblée générale, conseil d'administration ou de surveillance, direction, comités (audit, rémunération) |
| Qui est représenté ? | Actionnaires seuls, ou aussi salariés, clients, collectivités |
| Quels contrôles ? | Audit interne, commissaire aux comptes, autorités de régulation |
5.2 Types de gouvernance
| Type | Idée | Qui est privilégié | Exemple |
|---|---|---|---|
| Actionnariale | Les dirigeants gèrent d'abord pour maximiser la valeur de l'investissement des actionnaires | Actionnaires | Société cotée gouvernée par la création de valeur boursière |
| Partenariale | Les dirigeants arbitrent entre les intérêts de plusieurs parties prenantes | Plusieurs parties prenantes | Coopérative, association, entreprise avec représentants des salariés |
| Cognitive (citée) | Les dirigeants créent de la valeur par les connaissances et les compétences de l'organisation | Capacité d'apprentissage et d'innovation | Entreprise où l'expertise est la ressource décisive |
À retenir
Limite officielle : on caractérise la gouvernance (type, organes, acteurs) ; on ne l'analyse pas en UE 7. Il n'est donc pas attendu de porter un jugement détaillé sur sa performance.
À titre d'illustration d'une exigence de gouvernance qui touche à la composition des organes, la loi dite Copé-Zimmermann (2011) impose une représentation d'au moins 40 % de chaque sexe dans les conseils d'administration et de surveillance de certaines sociétés (cotées et grandes sociétés).