Ressources et compétences, coûts de transaction et modes de croissance
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 7 « Management », partie 2 « Expliquer le management stratégique », sous-partie 2.2 « Expliquer les choix stratégiques d'une organisation ».
Pourquoi c'est central à l'examen : à l'écrit de 4 h, après avoir identifié une stratégie, on demande d'expliquer l'évolution stratégique d'une organisation (pourquoi elle grandit en rachetant, en s'alliant ou en sous-traitant) et de la justifier avec une théorie : approche fondée sur les ressources, théorie des coûts de transaction. Ce cours fournit les références pour ces explications, et il alimente aussi la question problématisée sur la croissance ou sur « faire ou faire faire ».
Limite officielle : tous les auteurs de l'approche fondée sur les ressources n'ont pas à être connus ; il faut pouvoir s'appuyer sur certains d'entre eux (Penrose, Wernerfelt, Barney, Grant, Prahalad et Hamel).
01L'approche fondée sur les ressources et compétences (RBV)
1.1 L'idée centrale
L'approche fondée sur les ressources et compétences (en anglais Resource-Based View, RBV) explique l'avantage concurrentiel et la performance d'une organisation par ce qu'elle possède et sait faire (ressources et compétences), plus que par sa position dans l'industrie. Elle complète l'approche de Porter (cours 08 et 10), qui part de l'environnement : l'une regarde dehors, l'autre dedans.
1.2 Les auteurs à connaître (à titre d'appui)
| Auteur | Apport | Idée à retenir |
|---|---|---|
| Penrose (The Theory of the Growth of the Firm, 1959) | L'entreprise est un ensemble de ressources dont l'usage produit des services ; elle croît en exploitant les ressources et compétences inutilisées | La croissance est limitée par la capacité de direction et d'organisation |
| Wernerfelt (Strategic Management Journal, 1984) | Analyser l'entreprise par ses ressources plutôt que par ses produits ; certaines ressources créent des barrières protégeant des rivaux | Raisonner « ressources » au lieu de « produits et marchés » |
| Barney (Journal of Management, 1991) | Une ressource procure un avantage durable si elle est valorisable, rare, inimitable et non substituable | Grille VRIN |
| Grant (1991) | Distingue les ressources (éléments détenus) et les capacités (aptitude à les combiner) ; l'avantage tient surtout aux capacités | Passer des ressources aux compétences |
| Prahalad et Hamel (« The Core Competence of the Corporation », Harvard Business Review, 1990) | Les compétences fondamentales sont le fondement de la diversification : ensemble de savoir-faire collectifs qui donnent accès à des marchés variés | Une organisation est un portefeuille de compétences autant que d'activités |
1.3 La grille VRIN de Barney
Pour savoir si une ressource est source d'avantage durable, on teste quatre critères.
| Critère | Question | Exemple (une fromagerie d'affinage) |
|---|---|---|
| Valorisable | Permet-elle d'exploiter des opportunités ou de neutraliser des menaces ? Les clients la valorisent-ils ? | Les clients paient plus cher un fromage affiné en cave |
| Rare | Les concurrents en disposent-ils aussi ? | Une cave naturelle unique dans la région |
| Inimitable | Est-elle difficile à copier (histoire, complexité, savoir-faire tacite) ? | Un savoir-faire d'affinage transmis oralement |
| Non substituable | Un autre moyen peut-il rendre le même service ? | Aucun procédé industriel ne donne le même goût |
À retenir
Plus une ressource réunit de critères, plus l'avantage est durable. Une ressource valorisable mais ni rare ni inimitable est une condition de base (utile pour être présent) mais pas un avantage.
1.4 Les compétences fondamentales de Prahalad et Hamel
Selon Prahalad et Hamel, une compétence est fondamentale quand elle :
- donne accès à une grande variété de marchés ;
- contribue de façon notable à la valeur perçue par le client ;
- est difficile à imiter par les concurrents.
Cette idée justifie des diversifications fondées sur les compétences (une entreprise maîtrisant la miniaturisation peut aller de la montre à l'électronique). Elle invite à voir l'organisation comme un arbre : les compétences sont les racines, les produits les fruits.
1.5 Apports et limites
| Apport | Limite |
|---|---|
| Explique des écarts de performance entre organisations d'un même secteur | Notions parfois floues (comment mesurer une compétence ?) |
| Oriente la stratégie vers le développement et la protection des compétences | Peut sous-estimer l'environnement et l'obsolescence des compétences |
| Éclaire la croissance et la diversification | Les compétences d'hier peuvent devenir des rigidités |
02La théorie des coûts de transaction
2.1 Coase : pourquoi des organisations ?
Ronald Coase (« The Nature of the Firm », 1937) pose une question : si le marché coordonne efficacement les échanges, pourquoi existe-t-il des entreprises ? Réponse : utiliser le marché a un coût (chercher un partenaire, négocier, rédiger un contrat, contrôler son exécution). L'entreprise existe parce que, dans certains cas, organiser une activité en interne coûte moins cher que d'acheter la même chose sur le marché.
2.2 Williamson : quand faire, quand faire faire
Oliver Williamson (Markets and Hierarchies, 1975 ; The Economic Institutions of Capitalism, 1985) précise les conditions. Il part de deux hypothèses sur les comportements : la rationalité limitée (les personnes ne peuvent pas tout prévoir) et l'opportunisme (certains peuvent tirer profit d'une situation à leur avantage). Il retient trois caractéristiques d'une transaction.
| Caractéristique | Définition | Effet |
|---|---|---|
| Spécificité des actifs | Les investissements consentis pour la transaction ont peu de valeur dans un autre usage (machine conçue pour un seul client) | Plus ils sont spécifiques, plus les parties sont dépendantes et exposées à l'opportunisme |
| Incertitude | Difficulté de prévoir l'avenir de la relation et d'écrire un contrat complet | Plus elle est forte, plus les risques d'adaptation et de litige augmentent |
| Fréquence | Les transactions se répètent plus ou moins souvent | Plus elles sont fréquentes, plus l'investissement dans une structure dédiée se justifie |
2.3 Les choix possibles
| Situation | Forme efficace | Exemple |
|---|---|---|
| Actifs peu spécifiques, incertitude faible | Marché (faire faire, achat) | Achat de fournitures de bureau |
| Actifs très spécifiques, incertitude forte, transactions fréquentes | Hiérarchie (faire, intégration en interne) | Production en interne d'un composant sur mesure |
| Situation intermédiaire | Formes hybrides : contrats de long terme, partenariats, alliances, sous-traitance encadrée | Fournisseur dédié avec contrat pluriannuel |
On retrouve la question classique « faire ou faire faire » (internaliser ou externaliser).
2.4 Apports et limites
| Apport | Limite |
|---|---|
| Fournit une grille pour justifier internalisation et externalisation | Les coûts de transaction sont difficiles à mesurer |
| Explique la dépendance vis-à-vis des fournisseurs ou des clients | Insiste sur l'opportunisme, au détriment de la confiance entre partenaires |
| Éclaire l'intégration et les alliances | Néglige les dimensions stratégiques (innovation, compétences) |