La responsabilité pénale de l'infirmier
Key takeaway
Cadre programme : référentiel infirmier 2026 (arrêté du 20 février 2026), Domaine A, UE A.2 « Législation, déontologie, éthique ». Correspond à l'ex-UE 1.3 (référentiel 2009).
Pourquoi c'est central pour l'IDE : la responsabilité pénale peut aboutir à une peine d'emprisonnement ou d'amende ; en connaître les mécanismes permet à l'infirmier d'identifier les situations à risque et d'agir en conséquence.
01Principes généraux du droit pénal
1.1 Définition et finalité
La responsabilité pénale est l'obligation de répondre devant les juridictions pénales des infractions commises et de subir la sanction prévue par la loi. Contrairement à la responsabilité civile (qui vise la réparation du préjudice pour la victime), la responsabilité pénale vise la sanction de l'auteur dans un intérêt de protection de la société.
Les principales différences avec la responsabilité civile :
| Critère | Responsabilité civile | Responsabilité pénale |
|---|---|---|
| Finalité | Réparer le dommage | Sanctionner et protéger la société |
| Déclenchement | Victime (demandeur) | Ministère public (parquet), parfois victime via plainte avec constitution de partie civile |
| Juridiction | Tribunal judiciaire (civil) ou administratif | Tribunal correctionnel (délits), Cour d'assises (crimes) |
| Sanction | Dommages et intérêts | Amende, emprisonnement, interdiction d'exercer |
| Prescription | Plus longue | Délais propres (5 ans pour un délit) |
Key takeaway
Point clé : personnalité des peines : seule la personne qui a commis l'infraction est pénalement condamnée. Une personne morale (l'hôpital) peut être pénalement poursuivie, mais cela n'exclut pas la poursuite de la personne physique (l'infirmier).
1.2 Les éléments constitutifs d'une infraction
Toute infraction pénale suppose la réunion de trois éléments :
- Élément légal : l'acte doit être prévu et réprimé par la loi (principe de légalité des délits et des peines).
- Élément matériel : un acte (commission) ou une abstention (omission) a bien eu lieu.
- Élément moral (ou intentionnel) : la personne a agi avec une certaine conscience ou volonté, selon les cas.
02Infractions intentionnelles et non intentionnelles
2.1 Les infractions intentionnelles
Une infraction intentionnelle suppose que l'auteur a voulu l'acte et son résultat dommageable (ou au moins a voulu l'acte en ayant conscience de son caractère illicite).
Exemples en contexte de soins infirmiers :
- Non-assistance à personne en danger : ne pas porter secours à une personne en péril, quand on pouvait le faire sans risque pour soi-même ou pour les tiers. Il s'agit d'un délit intentionnel (l'IDE qui constate l'urgence et choisit délibérément de ne rien faire).
- Violation du secret professionnel : divulgation intentionnelle d'informations couvertes par le secret (voir fiche « Le secret professionnel »).
- Faux en écriture : falsification du dossier de soins, rédaction de fausses transmissions pour dissimuler une faute.
- Administration de substance nuisible : acte volontaire de nuire à un patient par l'administration d'un produit.
2.2 Les infractions non intentionnelles
Les infractions non intentionnelles (ou involontaires) ne supposent pas la volonté de causer le dommage. Elles résultent d'une imprudence, d'une négligence ou d'un manquement à une obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi.
C'est la catégorie la plus fréquente en matière de soins infirmiers.
| Infraction | Définition | Exemple IDE |
|---|---|---|
| Homicide involontaire | Donner la mort par imprudence ou négligence | Erreur de médicament mortelle par inattention |
| Blessures involontaires | Causer des atteintes à l'intégrité physique par imprudence | Administration d'une dose excessive entraînant une séquelle |
| Mise en danger d'autrui | Exposer directement autrui à un risque immédiat de mort ou de blessure grave en méconnaissant une obligation de prudence ou de sécurité | Laisser un patient à risque de chute sans protection adéquate, en violation d'un protocole |
Key takeaway
Point clé : depuis la loi Fauchon du 10 juillet 2000, les infractions non intentionnelles par imprudence indirecte requièrent une faute caractérisée (article 121-3 du Code pénal), ce qui a atténué la responsabilité pénale des décideurs publics et des professionnels de santé pour les fautes simples. Voir section 3.