L'augmentation du capital : modalités, décision, droits des associés
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 2 « Droit des affaires », partie 3 « Appliquer le cadre juridique adapté à une situation professionnelle », sous-partie 3.3 « Proposer des choix de financement adaptés aux besoins du client » (expliquer le processus d'augmentation du capital et son utilité : apports nouveaux, incorporation de réserves, compensation de créances, droit préférentiel de souscription, droit d'attribution, prime d'émission, intervention du commissaire aux comptes).
Pourquoi c'est central à l'examen : l'augmentation du capital est le mode de financement par les associés. Le sujet demande de choisir la bonne modalité (argent frais, réserves ou créance), de dire qui décide et à quelle majorité, de protéger les anciens associés par leur droit préférentiel, et d'indiquer le rôle du commissaire aux comptes. Le calcul de la prime d'émission est exclu : l'énoncé la fournit.
01Pourquoi augmenter le capital ?
| Objectif | Exemple |
|---|---|
| Financer un investissement sans s'endetter | Achat d'un local de production |
| Renforcer les capitaux propres | Rétablir la situation après des pertes ; rassurer un banquier |
| Faire entrer un nouvel associé | Investisseur, salarié, partenaire |
| Transformer une dette en capital | Compte courant d'associé converti |
| Rendre le capital cohérent avec la taille de l'activité | Incorporation de réserves accumulées |
02Les trois modalités
2.1 Les apports nouveaux
Des associés ou des tiers souscrivent des titres nouveaux en apportant de la valeur.
- Apports en numéraire : ils apportent de l'argent. En société anonyme, les actions nouvelles sont libérées d'au moins un quart de leur valeur nominale à la souscription et de la totalité de la prime d'émission, le solde étant versé dans les cinq ans. En SARL, les parts nouvelles sont libérées d'au moins un quart de leur valeur nominale à la souscription, le solde dans les cinq ans à compter de la réalisation définitive de l'augmentation. Avant d'émettre des actions nouvelles de numéraire, la SA doit avoir intégralement libéré son capital existant.
- Apports en nature : ils apportent un bien (matériel, fonds, immeuble). Un commissaire aux apports évalue le bien (désigné à l'unanimité des associés ou, à défaut, par le juge). Si l'assemblée réduit l'évaluation, les apporteurs doivent approuver expressément la réduction, sinon l'augmentation n'est pas réalisée. Les titres remis en échange sont entièrement libérés dès l'émission. En SARL, un commissaire aux apports est désigné de même ; à défaut, les gérants et les souscripteurs répondent solidairement pendant cinq ans de la valeur attribuée aux apports.
2.2 L'incorporation de réserves
La société transforme en capital des réserves, des bénéfices ou des primes. Aucun argent nouveau n'entre : les capitaux propres totaux ne changent pas, seule leur répartition change (moins de réserves, plus de capital). Deux techniques existent :
- création d'actions gratuites attribuées aux associés au prorata de leur participation ;
- augmentation de la valeur nominale des titres existants, décidée aux mêmes conditions (quorum et majorité de l'assemblée ordinaire en SA), puisque les actionnaires n'ont rien à verser. L'unanimité n'est exigée que pour une hausse du nominal payée par les actionnaires, qui augmente leurs engagements.
L'assemblée peut décider que les droits formant rompus (une fraction d'action) ne sont ni négociables ni cessibles : les titres correspondants sont alors vendus et le produit est réparti entre les titulaires.
2.3 La compensation de créances
Un créancier de la société (par exemple un associé qui lui a prêté de l'argent en compte courant) souscrit des titres nouveaux et en paie le prix en annulant sa créance : on compense la dette de la société avec le prix de souscription. Les créances doivent être certaines, liquides et exigibles. En société anonyme, elles font l'objet d'un arrêté de compte établi par le conseil d'administration ou le directoire et certifié exact par le commissaire aux comptes.
| Modalité | Argent nouveau ? | Effet sur les capitaux propres | Exemple |
|---|---|---|---|
| Apport en numéraire | Oui | Augmentent | Nouvel investisseur |
| Apport en nature | Non, un bien | Augmentent | Apport d'un fonds |
| Incorporation de réserves | Non | Inchangés | Distribution d'actions gratuites |
| Compensation de créances | Non, une dette s'éteint | Augmentent (dette en moins) | Conversion d'un compte courant |
03Qui décide et à quelle majorité ?
3.1 La société anonyme
L'assemblée générale extraordinaire (AGE) est seule compétente pour décider une augmentation de capital. Elle peut déléguer cette compétence au conseil d'administration ou au directoire, pour une durée de 26 mois au plus et dans la limite d'un plafond global qu'elle fixe. L'augmentation doit être réalisée dans les cinq ans de la décision ou de la délégation.
| Décision | Quorum | Majorité |
|---|---|---|
| AGE (apports en numéraire ou en nature) | Un quart des actions ayant droit de vote sur première convocation, un cinquième sur la seconde | Deux tiers des voix exprimées par les actionnaires présents ou représentés |
| Incorporation de réserves, bénéfices, primes | Quorum et majorité de l'assemblée générale ordinaire (un cinquième au premier tour, aucun quorum au second ; majorité simple) | Majorité simple des voix exprimées |
3.2 La SARL
Les associés décident à la majorité prévue pour les modifications des statuts : au moins trois quarts des parts (sans quorum) pour les SARL constituées avant la publication de la loi du 2 août 2005 (JO du 3 août 2005), sauf option unanime pour le régime souple ; pour les SARL constituées après cette publication, les deux tiers des parts des associés présents ou représentés, avec un quorum d'un quart des parts (un cinquième sur seconde convocation). L'incorporation de réserves ou de bénéfices est décidée par les associés représentant au moins la moitié des parts. Nul ne peut être contraint d'augmenter son engagement : l'unanimité est requise pour cela.
3.3 La SAS, la SNC
En SAS, les statuts fixent les règles de décision (cours 16). En SNC, l'unanimité est la règle de principe (cours 11).