Le fonds de commerce : notion, composition et information des salariés
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 2 « Droit des affaires », partie 3 « Appliquer le cadre juridique adapté à une situation professionnelle », sous-partie 3.1 « Identifier les règles applicables à la gestion d'un fonds de commerce » (repérer les éléments constitutifs du fonds de commerce).
Pourquoi c'est central à l'examen : le fonds de commerce est le « bien » que le client veut vendre, apporter à une société ou financer. Le sujet demande presque toujours de trier ce qui fait partie du fonds et ce qui n'en fait pas partie, puis d'en tirer une conséquence pratique, comme l'obligation d'informer les salariés avant la vente. Avec le programme 2025, le fonds de commerce et le bail commercial relèvent de l'UE 2 et non plus de l'UE 1.
01La notion de fonds de commerce
1.1 Un bien meuble incorporel
Le fonds de commerce est un bien meuble incorporel : c'est l'ensemble des moyens, matériels et immatériels, qu'un commerçant, un artisan ou un industriel réunit pour attirer et conserver une clientèle. Il appartient à l'exploitant, qui peut le vendre, l'apporter à une société, le louer ou le donner en garantie.
Deux idées permettent de ne pas se tromper :
- le fonds est distinct de l'entreprise : il ne comprend ni les dettes ni, en principe, les créances de l'exploitant ;
- le fonds est distinct de l'immeuble : un commerçant peut être propriétaire de son fonds sans l'être des murs. Dans ce cas, il bénéficie du bail commercial (voir cours 22).
1.2 La clientèle, élément essentiel
La clientèle est l'élément sans lequel il n'y a pas de fonds de commerce. C'est l'ensemble des personnes qui entretiennent des relations d'affaires régulières avec l'exploitant. La jurisprudence exige qu'elle soit réelle, certaine et propre à l'exploitant, c'est-à-dire qu'elle ne dépende pas entièrement d'un tiers (un client unique qui peut partir du jour au lendemain ne fait pas une clientèle propre).
On y associe l'achalandage : c'est le pouvoir d'attraction de l'emplacement et de l'aspect du local, qui amène des passants à devenir clients. Un fonds de restauration bien situé tire une part de sa valeur de cet emplacement.
À retenir
En pratique : quand un énoncé décrit une activité sans clientèle propre (exploitation arrêtée depuis longtemps, clientèle attachée à la seule personne du dirigeant), on peut contester l'existence d'un fonds ou en réduire fortement la valeur.
02La composition du fonds
2.1 Éléments incorporels
| Élément | Rôle | Remarque |
|---|---|---|
| Clientèle et achalandage | Cœur du fonds | Élément essentiel |
| Nom commercial | Désigne l'exploitant ou l'entreprise dans la vie des affaires | Exemple : « Boulangerie Moulin » |
| Enseigne | Signe qui identifie le local au public | Peut différer du nom commercial |
| Droit au bail | Droit de rester dans le local et de le céder avec le fonds | Protégé par le statut des baux commerciaux (cours 22) |
| Propriété industrielle | Brevets, licences, marques, dessins et modèles | Selon ce que l'exploitant détient |
2.2 Éléments corporels
- le matériel et l'outillage (four, machine, caisse) ;
- le mobilier commercial (comptoir, étagères, vitrines).
Les marchandises (le stock) sont souvent vendues avec le fonds. La loi impose d'établir des prix distincts pour les éléments incorporels, le matériel et les marchandises, afin que le privilège du vendeur s'exerce séparément sur chacun.
2.3 Ce que les parties peuvent choisir
La composition d'un fonds n'est pas figée. La loi cite les éléments ci-dessus, la liste n'est pas limitative et les parties désignent dans l'acte ce qui est transmis. À défaut de désignation précise, la loi retient seulement le nom commercial, l'enseigne, le droit au bail, la clientèle et l'achalandage pour le privilège du vendeur et pour le nantissement : ce sont les éléments « par défaut ». Le raisonnement à tenir : on regarde d'abord la volonté exprimée dans l'acte, puis les éléments par défaut.
03Ce qui ne fait pas partie du fonds
| Exclusion | Pourquoi | Conséquence |
|---|---|---|
| Les immeubles (murs, terrain) | Biens corporels immobiliers distincts du fonds | Ils se vendent par un acte séparé, ou le local reste loué |
| Les créances (clients qui doivent de l'argent) | Elles appartiennent à l'exploitant | Elles ne passent à l'acheteur que par une cession de créances distincte |
| Les dettes (fournisseurs, banque) | Obligations personnelles de l'exploitant | L'acheteur ne les reprend que s'il s'y engage |
| La trésorerie | Argent de l'exploitant | Elle reste au vendeur |
Les contrats de travail suivent des règles propres, étudiées en UE 3 : ne pas les traiter ici. De même, les actes de commerce (qui font de quelqu'un un commerçant) sont étudiés en UE 1 : hors programme UE 2.
04Où le fonds apparaît dans les opérations juridiques
- Vente : le vendeur cède le fonds contre un prix ; la loi ne prévoit plus, depuis la loi du 19 juillet 2019, de mentions obligatoires dans l'acte de cession (l'ancien article L141-1 est abrogé). Les manuels antérieurs à 2019 décrivent encore une liste de mentions qu'il ne faut plus enseigner comme obligatoires.
- Apport en société : un entrepreneur peut apporter son fonds à une société qu'il crée ; les formalités propres à cet apport sont étudiées au cours 02.
- Garantie : le fonds peut être nanti, ce qui est une sûreté (étudiée en UE 1 pour le droit commun).