Les infractions de droit commun dans les affaires : abus de confiance, escroquerie, faux, recel
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 2 « Droit des affaires », partie 4 « Apprécier la mise en œuvre de la responsabilité pénale appliquée aux affaires », sous-partie 4.2 « Repérer les infractions dans une situation donnée » (qualifier les éléments constitutifs d'une infraction : délits d'abus de confiance, d'escroquerie, de faux et usage de faux, de recel). Le programme exclut la connaissance des numéros d'articles et du quantum des peines.
Pourquoi c'est central à l'examen : l'énoncé raconte des faits et demande de dire si une infraction est constituée. La méthode est toujours la même : retrouver l'élément légal, l'élément matériel et l'élément moral, puis conclure. Quatre délits sont à connaître dans ce cours ; les quatre autres, propres aux sociétés, sont traités au cours 29.
01La méthode de qualification
Une infraction n'existe que si trois éléments sont réunis.
| Élément | Question à se poser | Exemple d'abus de confiance |
|---|---|---|
| Légal | Un texte de loi incrimine-t-il ce comportement ? | La loi définit et punit l'abus de confiance |
| Matériel | Quels actes, quel résultat, quelles circonstances ? | Détournement de fonds remis à charge de les rendre ou de les utiliser d'une certaine façon |
| Moral | L'auteur a-t-il agi en le sachant et en le voulant ? | Conscience de détourner |
Les délits de ce cours sont intentionnels : l'élément moral est l'intention de commettre les faits en connaissance de cause. L'erreur ou la négligence ne suffisent pas.
À retenir
Le raisonnement à rédiger est le syllogisme : la règle (texte et éléments), les faits, la conclusion. Le programme n'exige aucun numéro d'article ni aucune peine : le texte est cité par son contenu.
02L'abus de confiance
2.1 Définition
L'abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d'autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu'elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d'en faire un usage déterminé.
2.2 Les éléments constitutifs
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Matériel | 1. Une remise préalable de fonds, de valeurs ou d'un bien, acceptée par l'auteur, à titre précaire (mandat, dépôt, travail rémunéré, prêt à usage...). 2. Un détournement : usage contraire à la destination convenue, dissipation, refus de restituer. 3. Un préjudice pour autrui, même éventuel |
| Moral | L'intention : savoir que l'on détourne et le vouloir |
2.3 Les idées à retenir
- la remise est volontaire : la victime a confié le bien ; l'auteur n'a pas eu besoin de la tromper ;
- ce qui compte n'est pas la remise mais l'usage ultérieur : le bien devait être rendu ou utilisé d'une certaine façon, il ne l'a pas été ;
- le préjudice peut résulter d'une perte ou d'un risque de perte.
2.4 Applications fréquentes
Le salarié qui garde les sommes qu'un client lui a confiées pour payer un fournisseur ; le mandataire qui utilise à son profit les fonds de son mandant ; le dirigeant d'une association qui utilise les fonds de l'association pour lui. Pour le dirigeant d'une société commerciale (SARL, SA, SAS), le délit spécial d'abus de biens sociaux s'applique (point 6).
03L'escroquerie
3.1 Définition
L'escroquerie est le fait, soit par l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, soit par l'abus d'une qualité vraie, soit par l'emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou à celui d'un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge.
3.2 Les éléments constitutifs
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Matériel | 1. Un moyen frauduleux : faux nom, fausse qualité, abus de qualité vraie ou manœuvres (mise en scène, intervention d'un tiers, production de faux documents ; le simple mensonge ne suffit pas). 2. Une tromperie de la victime. 3. Une remise de fonds, valeurs, bien, service ou acte, provoquée par la tromperie (lien de causalité). 4. Un préjudice |
| Moral | L'intention de tromper pour obtenir la remise |
3.3 La différence avec l'abus de confiance
| Abus de confiance | Escroquerie | |
|---|---|---|
| Comment l'auteur obtient le bien | Il le reçoit volontairement de la victime, sans tromperie | Il l'obtient par tromperie |
| Moment de l'infraction | Au détournement, après la remise | À la remise obtenue par la fraude |
| Exemple | Le comptable garde l'argent confié pour payer des taxes | Le faux fournisseur se fait verser un acompte avec un faux devis |
04Le faux et l'usage de faux
4.1 Définition
Le faux est toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit ou tout autre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques.
4.2 Les éléments constitutifs
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Matériel | 1. Une altération de la vérité (création d'un document faux, modification, ajout, suppression d'une mention, fausse signature). 2. Dans un support : facture, attestation, bilan, contrat, mais aussi fichier informatique. 3. Un document qui peut servir de preuve. 4. Un préjudice, même éventuel |
| Moral | L'intention frauduleuse : agir en sachant que la vérité est altérée et que le document peut causer un préjudice |
L'usage de faux est une infraction distincte : c'est le fait de se servir du document faux, en connaissance de cause (par exemple le déposer à la banque). Celui qui fabrique le faux et celui qui l'utilise peuvent être deux personnes différentes.
4.3 En droit des affaires
Fausse facture, bilan falsifié, attestation de salaire modifiée, relevé de compte altéré. Le faux est souvent le moyen d'une escroquerie ou d'un abus de biens sociaux : les infractions peuvent se cumuler.