Économie DCG (UE5) : Croissance et régulation publique

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L'État : fonctions, organes de l'action publique et décentralisation

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 5 « Analyser la régulation publique », sous-partie 5.1 « Présenter les rôles de l'État et les différents niveaux de l'action publique ».

Pourquoi c'est central à l'examen : tout dossier sur une politique économique suppose de savoir qui agit (quel organe, quel niveau) et pourquoi (quelle fonction). La classification de Musgrave et la distinction des administrations publiques servent à analyser un document de loi de finances, une décision d'autorité de régulation ou un texte de décentralisation.

À retenir

Limites du programme : les organes nationaux à présenter sont les administrations (centrale, Sécurité sociale), les collectivités locales et les autorités administratives indépendantes. La décentralisation est présentée rapidement. L'échelon européen fait l'objet du cours 18.

01Les fonctions de l'État selon Musgrave

Richard Musgrave classe l'action économique de l'État en trois fonctions :

FonctionObjectifInstrumentsExemples
AllocationCorriger les défaillances de marché et fournir les biens collectifs (cours 08)Production publique, réglementation, subventions, taxes, politique de concurrenceDéfense, justice, éclairage public, régulation d'un monopole
RedistributionRéduire les inégalités de revenu et couvrir les risques sociaux (cours 29 et 30)Prélèvements progressifs, prestations sociales, services publicsAllocations, minima sociaux, assurance maladie
StabilisationAtténuer les fluctuations de l'activité, de l'emploi et des prix (cours 20 et 21)Politique budgétaire, politique monétaire (confiée à la banque centrale dans la zone euro)Relance en récession, soutien aux entreprises en cas de choc

À retenir

Une même mesure peut relever de plusieurs fonctions : l'assurance chômage redistribue et stabilise la demande en période de crise. À l'écrit, on choisit la fonction dominante et on la justifie.

Dans l'analyse, on ajoute souvent le rôle de régulation (règles de la concurrence, normes de sécurité) et les missions régaliennes (justice, police, défense) comme relevant de l'allocation de biens collectifs.

02Les organes de l'action publique nationale

2.1 Les administrations publiques (APU)

En comptabilité nationale, les administrations publiques regroupent les unités dont la production est principalement non marchande et financée par des prélèvements obligatoires. On distingue :

Sous-secteurContenuExemple de dépenses
Administrations publiques centralesL'État (ministères, budget général) et les organismes divers d'administration centrale (agences et établissements publics nationaux)Défense, enseignement, charge de la dette
Administrations de Sécurité socialeRégimes obligatoires de base (maladie, vieillesse, famille), assurance chômage, hôpitaux publics, caisse d'amortissement de la dette socialePrestations sociales, soins hospitaliers
Administrations publiques localesCollectivités territoriales (communes, départements, régions) et leurs groupements, organismes rattachésÉcoles primaires, voirie, transports régionaux

Le budget de l'État n'est qu'une partie des administrations publiques : les comptes des APU (cours 19) sont plus larges.

2.2 Les collectivités locales

  • Elles sont libres de s'administrer par des conseils élus, selon la Constitution.
  • Leurs compétences sont fixées par la loi : proximité (communes), action sociale et routes (départements), développement économique et lycées (régions).
  • Leurs ressources combinent fiscalité locale, dotations de l'État et emprunts.

2.3 Les autorités administratives indépendantes (AAI)

Les autorités administratives indépendantes sont des organismes de l'État qui n'obéissent pas au pouvoir hiérarchique du gouvernement pour exercer leurs missions, généralement de régulation ou de protection des libertés. Leur statut général est fixé par la loi n° 2017-55 du 20 janvier 2017. Exemples : l'Autorité de la concurrence, la Commission de régulation de l'énergie et l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse.

Raison d'êtreExplication
Expertise techniqueSecteurs complexes (énergie, communications)
CrédibilitéÉloigner la régulation des échéances politiques
ArbitrageIntérêts opposés (entreprises, consommateurs, État)

Elles peuvent prendre des décisions et prononcer des sanctions ; leurs décisions restent contrôlées par le juge. Leur indépendance pose la question de leur légitimité démocratique.

À retenir

Avant de qualifier une autorité d'AAI, on vérifie la liste annexée à la loi de 2017 : certaines autorités sont des « autorités publiques indépendantes » dotées de la personnalité morale.

03La décentralisation, présentée rapidement

La décentralisation transfère des compétences de l'État à des collectivités élues et juridiquement autonomes ; la déconcentration, elle, délègue des pouvoirs à des services de l'État implantés localement, sans autonomie.

DateÉtapeContenu
1982-1983Premières lois de décentralisationSuppression de la tutelle a priori, exécutif départemental et régional confié à un élu, la région devient une collectivité territoriale ; transferts de compétences
28 mars 2003Révision constitutionnelleL'organisation de la République est dite décentralisée ; principe d'autonomie financière
2014-2015Réformes territoriales : loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles (MAPTAM, 27 janvier 2014), loi du 16 janvier 2015 sur la délimitation des régions, loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe, 7 août 2015)Métropoles, passage de 22 à 13 régions métropolitaines, nouvelle répartition de compétences
21 février 2022Loi dite 3DS (différenciation, décentralisation, déconcentration, simplification)Adaptation de compétences selon les territoires

Enjeux : proximité et meilleure adaptation aux besoins locaux ; responsabilité des élus ; mais inégalités entre territoires, dépendance financière envers l'État (dotations) et complexité des compétences partagées.

04Le poids de l'action publique en France

IndicateurValeurDate et source
Dépenses publiques, en points de PIB57,0 % en 2024, 57,2 % en 2025INSEE, 27 mars 2026
Dépenses publiques, mesure de la Cour des comptes56,6 % en 2025Cour des comptes, juin 2026
Prélèvements obligatoires42,8 % en 2024, 43,6 % en 2025 (le plus élevé de la zone euro), prévision 44,1 % en 2026Cour des comptes, juin 2026

Les prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) ne sont pas les recettes publiques totales : celles-ci incluent aussi des produits de ventes, de propriété, etc. Les deux mesures de dépenses diffèrent (retraitements) : on cite toujours sa source.

Exemples corrigés

Cas 1 : classer des décisions publiques selon la fonction, l'organe et le niveau

Pour chacune des décisions ci-dessous (toutes réelles et datées), on identifie l'organe, le niveau et la fonction dominante.

DécisionOrgane et niveauFonction dominanteJustification
Revalorisation du Smic de 2,41 % au 1er juin 2026 (12,31 € brut de l'heure, contre 12,02 € au 1er janvier 2026), par le mécanisme automatique prévu par la loi (service-public.gouv.fr)État (cadre légal, décret) ; niveau nationalRedistribution au sens large (protection du pouvoir d'achat des bas salaires ; le Smic agit sur la répartition primaire, sans prélèvement ni prestation)Le mécanisme d'indexation relève du pouvoir d'achat ; il s'applique après une hausse des prix d'au moins 2 %
Amendes de 500 M€ (Apple) et de 200 M€ (Meta) pour non-conformité au règlement sur les marchés numériques, 23 avril 2025 (concurrences.com)Commission européenne ; niveau supranationalAllocation (correction du pouvoir de marché)La décision vise à rétablir une concurrence équitable
Suspension de la réforme des retraites de 2023 par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (30 décembre 2025) (INSEE, Note de conjoncture, 10 septembre 2026)Parlement ; Sécurité socialeRedistribution (âge et droits à la retraite)Elle modifie les prestations et l'équilibre des régimes
Hausse de 25 points de base des taux directeurs de la BCE, décidée le 10 septembre 2026 (BCE)Banque centrale européenne, indépendante ; niveau supranationalStabilisation (stabilité des prix)Elle vise à ramener l'inflation vers 2 %
Loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026 (Cour des comptes)Parlement et État ; niveau nationalLes trois, selon les mesuresElle fixe recettes, dépenses et cible de déficit de 5,0 % du PIB

À retenir

Remarque : on ne range pas les décisions dans la case de l'organe qui parle le plus fort, mais selon la finalité économique dominante, en justifiant.

Cas 2 : mini-dossier documentaire sur le poids et l'équilibre de l'action publique

Document 1. Dépenses et prélèvements. Dépenses publiques : 57,0 % du PIB en 2024 et 57,2 % en 2025 (INSEE, 27 mars 2026) ; 56,6 % en 2025 selon la Cour des comptes. Prélèvements obligatoires : 42,8 % en 2024, 43,6 % en 2025 (le ratio le plus élevé de la zone euro), 44,1 % prévus en 2026. Déficit public : 5,1 % du PIB en 2025. Sources : INSEE (27 mars 2026) ; Cour des comptes, « La situation et les perspectives des finances publiques », synthèse, juin 2026.

Document 2. Soldes par sous-secteur en 2025. Le solde budgétaire de l'État s'améliore de 23,0 milliards d'euros et s'établit à 128,1 milliards d'euros de déficit ; les administrations de sécurité sociale affichent un déficit de 6,7 milliards d'euros, une première depuis 2021. Les dépenses des administrations locales ont augmenté de 0,6 % en volume, soit un rythme légèrement inférieur à celui de l'activité. Source : Cour des comptes, synthèse, juin 2026.

Questions et réponses rédigées

1. Estimez les recettes publiques en 2025 en points de PIB. Recettes = dépenses - déficit = 57,2 - 5,1 = environ 52,1 points de PIB (mesure INSEE). Les prélèvements obligatoires (43,6 points) en représentent l'essentiel ; le reste, environ 8,5 points, provient d'autres produits (ventes, revenus de propriété, etc.).

2. Pourquoi existe-t-il deux chiffres de dépenses publiques en 2025 ? L'INSEE (57,2 %) et la Cour des comptes (56,6 %) retiennent des périmètres et retraitements différents. Il faut toujours préciser la source.

3. Quel sous-secteur a le plus contribué à la réduction du déficit en 2025 ? L'État, dont le solde s'est amélioré de 23,0 milliards d'euros, tandis que la Sécurité sociale s'est dégradée. Les collectivités locales ont contribué par des dépenses en hausse modérée.

4. Pourquoi ne peut-on pas additionner simplement les soldes du Document 2 pour retrouver le déficit public (152,5 milliards d'euros) ? Le solde budgétaire de l'État est un solde de comptabilité budgétaire ; le déficit public est un besoin de financement de l'ensemble des APU en comptabilité nationale. Les concepts diffèrent (cours 19).

Cas 3 : plan détaillé de question problématisée

Sujet : « Quelles sont les fonctions de l'État dans une économie de marché et comment l'action publique est-elle organisée ? »

Introduction

  • Accroche : en France, les dépenses publiques représentent 57,2 % du PIB en 2025 (INSEE, 27 mars 2026) : l'action publique pèse plus de la moitié de la production.
  • Définitions : État (au sens large, ensemble des administrations publiques), fonctions économiques, niveaux d'action publique.
  • Problématique : pourquoi et comment l'action publique est-elle répartie entre plusieurs fonctions et plusieurs niveaux ?
  • Annonce : trois fonctions économiques (I), exercées par plusieurs organes à plusieurs niveaux (II).

I. Trois fonctions pour l'État (Musgrave)

  • A. Allocation (biens collectifs, défaillances de marché, politique de concurrence) et redistribution (prélèvements, prestations). Illustration : revalorisation du Smic au 1er juin 2026.
  • B. Stabilisation de la conjoncture (budget, monnaie). Illustration : hausse des taux de la BCE du 10 septembre 2026.

II. Une action publique multiniveau

  • A. Les organes nationaux : administrations centrales, Sécurité sociale, collectivités locales, autorités indépendantes ; la décentralisation (1982-1983, 2003, 3DS de 2022) rapproche les décisions des territoires.
  • B. Les limites : inégalités territoriales, complexité, légitimité des autorités indépendantes ; l'échelon européen (cours 18) prend une part des compétences.

Conclusion : la répartition entre fonctions et niveaux répond à des objectifs d'efficacité et de proximité, mais pose des questions de cohérence et de légitimité. Ouverture : le rôle de l'Union européenne.

Cas 4 : note à un décideur

Situation. Le dirigeant d'une PME veut se renseigner sur trois démarches : un soupçon d'entente entre concurrents, une demande de subvention pour un lycée professionnel partenaire et une question sur les droits de ses salariés à la retraite.

Note rédigée. « Pour l'entente présumée, adressez-vous à l'Autorité de la concurrence, autorité administrative indépendante chargée de la régulation de la concurrence. La subvention relève de la région, collectivité compétente pour les lycées et le développement économique. La question sur les retraites relève du régime de Sécurité sociale compétent : la réforme de 2023 est suspendue par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (30 décembre 2025), il faut donc se référer aux règles applicables à la date du départ. »

Vocabulaire essentiel

TermeDéfinition
Allocation, redistribution, stabilisationLes trois fonctions de l'État selon Musgrave
Administrations publiques (APU)Centrales, de Sécurité sociale, locales
Collectivités territorialesCommunes, départements, régions, élues et autonomes
Autorité administrative indépendanteOrganisme de l'État exerçant une mission de régulation sans instruction du gouvernement
DécentralisationTransfert de compétences de l'État à des collectivités élues
DéconcentrationDélégation de pouvoirs à des services locaux de l'État
Prélèvements obligatoiresImpôts et cotisations sociales obligatoires

Points clés à retenir

  1. Musgrave distingue trois fonctions : allocation, redistribution, stabilisation.
  2. Les APU comprennent l'administration centrale, la Sécurité sociale et les collectivités locales.
  3. Les autorités administratives indépendantes régulent sans instruction gouvernementale (loi du 20 janvier 2017).
  4. La décentralisation passe par 1982-1983, la révision de 2003, les réformes de 2014-2015 et la loi 3DS de 2022.
  5. Les dépenses publiques représentent 57,2 % du PIB en 2025 (INSEE, 27 mars 2026) et 56,6 % selon la Cour des comptes ; les prélèvements obligatoires, 43,6 %.
  6. Les prélèvements obligatoires ne sont pas les recettes publiques totales.

Pièges fréquents

  1. Confondre budget de l'État et comptes des APU : le premier n'est qu'une composante.
  2. Confondre décentralisation et déconcentration.
  3. Placer la politique monétaire de la zone euro dans l'État national : elle relève de la BCE (cours 23).
  4. Qualifier toute autorité d'AAI sans vérifier la liste annexée à la loi de 2017.
  5. Citer un chiffre de dépenses publiques sans nommer la source : INSEE et Cour des comptes diffèrent.
  6. Écrire « actuellement » devant un ratio : on précise l'année.
  7. Assigner à une mesure une seule fonction sans justifier : on indique la fonction dominante et on argumente.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Quelles sont les trois fonctions de l'État selon Musgrave ? R : L'allocation (fournir les biens collectifs et corriger les défaillances de marché), la redistribution (réduire les inégalités et couvrir les risques sociaux) et la stabilisation (limiter les fluctuations de l'activité et des prix).

Q : Quels sont les organes de l'action publique nationale au programme ? R : Les administrations centrales (dont l'État) et de Sécurité sociale, les collectivités locales et les autorités administratives indépendantes.

Q : Qu'est-ce qu'une autorité administrative indépendante ? R : Un organisme de l'État qui exerce une mission de régulation sans recevoir d'instructions du gouvernement. Exemple : l'Autorité de la concurrence. Leur statut général est fixé par la loi n° 2017-55 du 20 janvier 2017.

Q : Quelle différence entre décentralisation et déconcentration ? R : La décentralisation transfère des compétences à des collectivités élues et autonomes ; la déconcentration délègue des pouvoirs à des services de l'État implantés localement.

Q : Quel est le poids des dépenses publiques en France ? R : 57,2 % du PIB en 2025 selon l'INSEE (27 mars 2026), 56,6 % selon la Cour des comptes (juin 2026). Les prélèvements obligatoires atteignent 43,6 % du PIB en 2025.

Q : Pourquoi les recettes publiques ne sont-elles pas égales aux prélèvements obligatoires ? R : Parce que les administrations perçoivent d'autres produits (ventes, revenus de propriété). Avec 57,2 % de dépenses et 5,1 % de déficit en 2025, les recettes représentent environ 52,1 % du PIB contre 43,6 % de prélèvements obligatoires.

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