Politiques de demande et d'offre, justifications et limites de l'intervention de l'État
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 5 « Analyser la régulation publique », sous-partie 5.2 « Caractériser des politiques économiques et leurs impacts ».
Pourquoi c'est central à l'examen : « faut-il relancer la demande ou soutenir l'offre ? » est la question problématisée type de la partie 5. Elle exige de mobiliser Keynes, Friedman et la nouvelle économie classique, la croissance endogène, Wagner et les approches libérales, appuyés par des illustrations datées.
À retenir
Limites du programme : les politiques sont distinguées à partir d'exemples concrets (conjoncturelle ou structurelle, de demande ou d'offre). La politique de demande est étudiée à travers la relance budgétaire (instruments, effets et limites). Hors programme UE 5 : le modèle IS-LM et la courbe de Phillips développée (mention en une ligne).
À retenir
Règle de ce kit : les chiffres réels sont donnés avec leur date et leur source ; un calcul « fictif » ou « hypothétique » ne sert qu'à comprendre un mécanisme.
01Typologies des politiques économiques
1.1 Deux critères
| Critère | Politique conjoncturelle | Politique structurelle |
|---|---|---|
| Horizon et objet | Court terme : stabiliser l'activité, l'emploi et les prix face aux fluctuations | Moyen et long terme : modifier le potentiel de croissance, les institutions et le fonctionnement des marchés |
| Exemple | Plan de soutien temporaire, baisse ou hausse des taux directeurs | Réforme des retraites, de la formation, de la concurrence |
| Critère | Politique de demande | Politique d'offre |
|---|---|---|
| Cible | Les dépenses : consommation, investissement, dépenses publiques | Les capacités de production : coûts, productivité, compétitivité, innovation |
| Instruments | Budget (dépenses, impôts, transferts) et monnaie (taux directeurs) | Coût du travail, fiscalité des entreprises, recherche, formation, concurrence |
Les deux critères se croisent : une relance budgétaire est conjoncturelle et de demande ; une réforme de la formation est structurelle et d'offre.
1.2 Classer à partir d'exemples concrets
| Mesure réelle (date et source) | Type |
|---|---|
| Hausses de prélèvements de 2025 et de 2026 (37 milliards d'euros selon la Cour des comptes, juin 2026) | Budgétaire restrictive, de demande, orientée vers la réduction du déficit |
| Hausse des taux directeurs de la BCE, 11 juin et 10 septembre 2026 | Monétaire, conjoncturelle, de demande (resserrement) |
| Suspension de la réforme des retraites de 2023 par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (30 décembre 2025) | Structurelle (marché du travail et protection sociale) |
| Revalorisation du Smic de 2,41 % au 1er juin 2026 | Mixte : soutien des revenus (demande) et coût du travail (offre) |
02La politique de demande : relance budgétaire
2.1 Fondement keynésien
John Maynard Keynes (théorie générale de 1936) explique que le niveau d'activité dépend de la demande effective : si la demande est insuffisante, des entreprises produisent moins et un chômage involontaire apparaît, que le marché ne résorbe pas spontanément. L'État peut alors stabiliser l'économie.
2.2 Instruments et multiplicateur
Instruments de relance budgétaire : hausse des dépenses publiques (investissement, achats), baisse des impôts, hausse des transferts (prestations).
Multiplicateur (intuition) : un euro de dépense supplémentaire devient le revenu de quelqu'un, qui en redépense une partie, et ainsi de suite : l'effet final sur la production est un multiple de la dépense initiale. Plus la part de revenu redépensée sur le territoire est élevée, plus le multiplicateur est fort.
Le multiplicateur est réduit par les fuites : épargne, impôts et cotisations prélevés sur le revenu, importations.
2.3 Effets attendus et limites
| Effets attendus | Limites |
|---|---|
| Hausse de l'activité et de l'emploi | Contrainte extérieure : une partie de la demande se porte sur des produits importés, d'où un déficit extérieur |
| Soutien du revenu des ménages | Effet d'éviction : le déficit public et l'emprunt font monter les taux et réduisent l'investissement privé |
| Stabilisation en période de choc | Dette accrue, effets retardés, risque d'inflation si l'économie est près de ses capacités |
| Anticipations des agents qui neutralisent l'effet |
2.4 Les critiques de Friedman et de la nouvelle économie classique
- Friedman, théorie du revenu permanent : les ménages ajustent leur consommation à leur revenu durable et non à un gain temporaire. Une aide ponctuelle est en grande partie épargnée : le multiplicateur est faible. Pour Friedman, l'inflation est d'abord d'origine monétaire (voir le cours 20).
- Nouvelle économie classique (anticipations rationnelles) : les agents anticipent les effets des politiques. Une relance budgétaire financée par la dette est, selon l'argument dit d'équivalence ricardienne, neutralisée si les ménages épargnent pour payer les impôts futurs ; les politiques conjoncturelles de demande sont jugées inefficaces, seules les réformes structurelles améliorent durablement l'économie.
03La politique d'offre
3.1 Instruments
| Domaine | Instruments |
|---|---|
| Coût du travail | Allègement de cotisations sociales, salaire minimum, flexibilité |
| Fiscalité des entreprises | Impôt sur les sociétés, impôts de production, crédits d'impôt |
| Recherche et innovation | Crédits d'impôt recherche, financement public de la recherche |
| Formation et éducation | Qualification de la main-d'œuvre, formation professionnelle |
| Concurrence | Ouverture à la concurrence, suppression de barrières |
| Investissement public | Infrastructures de transport, énergie, numérique |
3.2 Effets et limites
| Effets attendus | Limites |
|---|---|
| Amélioration de la compétitivité et des marges | Résultats lents à apparaître |
| Hausse de l'investissement et de la productivité | Coût budgétaire et effets d'aubaine |
| Création d'emplois à moyen terme | Risque d'inégalités ; pas de soutien immédiat de la demande |
3.3 L'appui des théories de la croissance endogène
Les théories de la croissance endogène (cours 14) justifient les politiques d'offre : l'éducation (Lucas), la recherche (Romer) et les infrastructures publiques (Barro) produisent des externalités positives et augmentent la productivité à long terme.