Les firmes multinationales, les chaînes de valeur mondiales et les investissements directs à l'étranger
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 7 « Identifier les effets et les enjeux de la mondialisation des économies », sous-partie 7.1 « Apprécier les transformations du commerce mondial ».
Pourquoi c'est central à l'examen : le programme demande d'expliquer le rôle des firmes multinationales, de présenter la fragmentation des chaînes de valeur mondiales et sa remise en question potentielle, et de définir les investissements directs à l'étranger (IDE) avec leurs avantages et limites. Les crises récentes en font des sujets de dossier d'actualité.
Les chiffres sont datés et sourcés (état au 1er octobre 2026). Les cas de calcul sont fictifs. Les situations géopolitiques sont mouvantes : elles sont citées comme illustrations datées, sans pronostic.
01Les firmes multinationales
1.1 Définition
Une firme multinationale (FMN) est une entreprise qui contrôle des filiales dans plusieurs pays : une maison mère et un réseau de filiales de production, de distribution ou de recherche à l'étranger.
1.2 Pourquoi s'implanter à l'étranger ?
Stratégie
Objectif
Exemple
Horizontale (de marché)
Produire sur place pour servir un marché étranger, éviter les droits de douane et les coûts de transport
Un constructeur d'automobiles ouvre une usine dans un pays à fort marché
Verticale (de coûts)
Répartir les étapes de la production dans les pays où chacune est la moins coûteuse ou la plus efficace
Conception dans un pays, assemblage dans un autre
De ressources et de technologies
Accéder à des matières premières, à des compétences, à la recherche
Implantation près de pôles d'innovation
Facteurs de localisation : coûts salariaux, qualification, taille du marché, infrastructures, fiscalité, stabilité politique, proximité des clients et des fournisseurs.
1.3 Leur rôle dans la mondialisation
Elles organisent une part importante du commerce mondial, notamment le commerce intra-firme (échanges entre filiales d'un même groupe).
Elles sont le principal vecteur des IDE et de la transnationalisation de la production (cours 31).
Elles diffusent les technologies, les méthodes de gestion, les normes.
Elles disposent d'un pouvoir de négociation vis-à-vis des États (localisation, fiscalité) : enjeu d'attractivité (cours 34).
02La fragmentation des chaînes de valeur mondiales
2.1 Notion
Une chaîne de valeur mondiale (CVM) est l'ensemble des étapes de la conception, de la production et de la distribution d'un produit, réparties entre plusieurs pays. La fragmentation est la découpe de la production en étapes localisées là où elles sont les plus efficaces. Conséquence : le commerce de biens intermédiaires (composants, pièces) se développe, et un produit « fabriqué » dans un pays est en réalité le résultat d'un assemblage de contributions de plusieurs pays.
2.2 Avantages et risques
Avantages
Risques
Baisse des coûts, spécialisation, accès à des compétences
Dépendance à des fournisseurs ou à des pays uniques
Prix plus bas pour les consommateurs
Vulnérabilité aux ruptures (épidémie, conflit, blocage d'un détroit)
Diffusion des technologies
Transport et empreinte environnementale
Insertion des pays émergents dans les échanges
Répartition inégale de la valeur ajoutée entre étapes
2.3 Sa remise en question potentielle
Le programme demande de présenter la remise en question possible de cette fragmentation. Facteurs :
La pandémie de 2020 a révélé des dépendances (équipements, composants).
Les tensions géopolitiques et les conflits menacent des voies d'approvisionnement.
Les droits de douane renchérissent les échanges de biens intermédiaires qui traversent plusieurs fois les frontières.
Les politiques industrielles encouragent les relocalisations et la souveraineté (énergie, santé, semi-conducteurs).
Les exigences environnementales (empreinte carbone) pèsent sur les chaînes longues.
Réponses possibles des entreprises : diversifier les fournisseurs, constituer des stocks de sécurité, rapprocher la production des marchés (relocalisation de proximité), raccourcir les chaînes. Mais ces choix augmentent les coûts, et la fragmentation ne disparaît pas : on observe plutôt une recomposition que la fin des chaînes mondiales.
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Un investissement direct à l'étranger est un investissement par lequel une entité résidente d'une économie acquiert ou détient une participation durable dans une entreprise résidente d'une autre économie, lui donnant un contrôle ou une influence notable sur sa gestion. Par convention (OCDE, Fonds monétaire international), on parle d'IDE à partir d'une participation d'au moins 10 % du capital ou des droits de vote. En dessous, il s'agit d'un investissement de portefeuille (placement financier sans influence).
3.2 Formes
Forme
Description
Investissement de création
Création d'une nouvelle unité (usine, filiale) à l'étranger
Acquisition, fusion
Rachat ou prise de participation dans une entreprise existante
Flux et stocks
Flux : montants investis sur une période ; stock : valeur cumulée détenue
IDE entrants ou sortants
Reçus par un pays ou émis par ses entreprises
3.3 Principaux pays d'accueil et d'origine
Le programme demande de présenter les principaux pays d'accueil et d'origine et leurs évolutions. Le classement varie chaque année : on le lit dans le rapport annuel de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), en citant l'année. Éléments structurels :
Les flux sont concentrés : en 2025, les vingt premières économies d'accueil captent plus de 80 % des flux mondiaux (CNUCED, 7 juillet 2026) ;
les grandes économies développées et quelques grands pays émergents dominent, à côté de places financières qui servent de transit : en 2024, les États-Unis sont le premier pays d'accueil (environ 279 milliards de dollars), devant Singapour, Hong Kong, la Chine et le Brésil, et aussi le premier pays d'origine, devant le Japon et la Chine (CNUCED, World Investment Report 2025, données 2024) ;
les flux vers les pays moins avancés restent faibles.
3.4 Avantages et limites attendus
Pays d'accueil
Pays d'origine
Avantages
Capitaux, emplois, transfert de technologie et de compétences, exportations, concurrence stimulante, recettes fiscales
Accès à de nouveaux marchés, réduction des coûts, ressources, meilleure compétitivité de la firme
Limites
Dépendance envers des décisions prises à l'étranger, concurrence qui fragilise les entreprises locales, rapatriement des profits, risque de désengagement (fermeture), pression sur l'environnement et les normes sociales, optimisation fiscale
Délocalisation et perte d'emplois, perte de compétences, moindre investissement national
À retenir
Le bilan n'est pas automatique : il dépend des secteurs, des conditions négociées (contenu local, formation) et de la capacité du pays d'accueil à en tirer parti.
Exemples corrigés
Cas 1 : mini-dossier, les flux d'investissement et les chaînes en 2025 et 2026
Document 1. IDE mondiaux : 1 624 milliards de dollars en 2025, +6 %, après deux années de baisse ; +11 % vers les économies développées, +2 % vers les économies en développement (901 milliards de dollars) ; les vingt premières économies d'accueil captent plus de 80 % des flux (centres de données, semi-conducteurs). Source : CNUCED, World Investment Report 2026, 7 juillet 2026.
Document 2. Choc d'approvisionnement énergétique : guerre au Proche-Orient déclenchée en mars 2026, blocage du détroit d'Ormuz (environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux) ; Brent à 63,1 au4etrimestre2025et96,6 au 2e trimestre 2026. Source : INSEE, Note de conjoncture, 10 septembre 2026. Situation évolutive.
Document 3.Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) : phase définitive depuis le 1er janvier 2026 pour l'acier, le ciment, l'aluminium, les engrais azotés, l'hydrogène et l'électricité (douane.gouv.fr et ecologie.gouv.fr, décembre 2025).
Document 4. Droits de douane américains : les hausses de 2025 fondées sur une loi d'urgence ont été invalidées par la Cour suprême le 20 février 2026 et remplacées par d'autres dispositifs (sources : presse économique et cabinets d'avocats, secondaires). Situation mouvante : illustration datée, sans chiffre de taux.
Questions et réponses
Q1. Que montrent les chiffres du document 1 sur la géographie des IDE ?
Les flux se redressent (+6 %), mais surtout vers les économies développées (+11 %) alors que les économies en développement progressent peu (+2 %). De plus, les vingt premières économies d'accueil captent plus de 80 % des flux : forte concentration.
Q2. Calculer la part des économies en développement et en déduire l'ordre de grandeur de l'an précédent.
901 / 1 624 ≈ 55,5 % des flux de 2025. Les économies développées reçoivent donc 1 624 − 901 = 723 milliards (44,5 %). Une hausse de 6 % pour le total suppose un total de 2024 d'environ 1 624 / 1,06 ≈ 1 532 milliards (reconstitué, à l'arrondi près). Contrôle par les sous-ensembles : 901 / 1,02 ≈ 883 et 723 / 1,11 ≈ 651, soit environ 1 535 : cohérent. Données reconstituées, non publiées sous cette forme.
Q3. Les documents 2 à 4 remettent-ils en cause les chaînes de valeur mondiales ?
Ils montrent des pressions : rupture d'approvisionnement énergétique (document 2), politique climatique à la frontière (document 3), instabilité des droits de douane (document 4). Mais le document 1 indique que les flux d'IDE progressent en 2025, notamment dans les semi-conducteurs et les centres de données : les chaînes se recomposent plus qu'elles ne disparaissent.
Q4. Pourquoi le MACF concerne-t-il les chaînes de valeur ?
Il fait payer aux importateurs de certains produits (acier, ciment...) le coût carbone que supporteraient des producteurs européens : une firme qui délocalise une étape polluante vers un pays à faible prix du carbone perd une partie de son avantage. C'est un facteur environnemental de révision des localisations.
Cas 2 : valeur ajoutée d'une chaîne et critère de l'IDE (cas fictif)
Un téléphone de la firme fictive Gamma est vendu 400 € : composants (pays B) 120 € ; assemblage (pays C) 20 € ; conception, logiciels et marque (pays A) 140 € ; logistique (pays D) 60 € ; distribution et marge commerciale (pays E) 60 €.
Étape
Pays
Montant
Part du prix
Composants
B
120
30,0 %
Assemblage
C
20
5,0 %
Conception, logiciels, marque
A
140
35,0 %
Logistique
D
60
15,0 %
Distribution
E
60
15,0 %
Total
400
100,0 %
Lecture : le pays où le produit est « fabriqué » (assemblage, C) ne capte que 5 % du prix, alors que la conception et la marque en captent 35 %. C'est la logique de la fragmentation : la valeur se concentre sur les étapes en amont (conception, marque, composants à forte technologie), non sur l'assemblage. Données fictives.
Critère de l'IDE : Gamma prend 12 % des droits de vote d'une société étrangère : au moins 10 %, c'est un IDE ; à 7 %, ce serait un investissement de portefeuille. Le seuil est une convention statistique, et la participation donne une influence notable.
Cas 3 : plan détaillé d'une question problématisée
Sujet : « La fragmentation des chaînes de valeur mondiales est-elle remise en cause ? »
Problématique : les chocs récents annoncent-ils un repli de la production vers l'échelle nationale ou régionale, ou une simple recomposition des chaînes ?
I. Une organisation de la production par les firmes multinationales
FMN, stratégies horizontale et verticale ; IDE comme vecteur.
Fragmentation et commerce de biens intermédiaires ; répartition inégale de la valeur (cas fictif : 5 % pour l'assemblage).
II. Des facteurs de remise en question
Pandémie, tensions géopolitiques : détroit d'Ormuz bloqué après le déclenchement de la guerre en mars 2026 (INSEE, 10 septembre 2026 ; situation évolutive).
Droits de douane (décision de la Cour suprême américaine du 20 février 2026) et politique climatique (MACF depuis le 1er janvier 2026).
Politiques de souveraineté et de relocalisation.
III. Une recomposition plutôt qu'un repli
IDE en hausse de 6 % en 2025, concentrés dans les semi-conducteurs et les centres de données (CNUCED, 7 juillet 2026).
Arbitrage coût et résilience : diversification, stocks, chaînes plus courtes mais coûteuses.
Incertitude : situation mouvante, à suivre.
Conclusion : les chaînes se reconfigurent sous la contrainte du risque, sans disparaître.
Note au décideur
À l'attention du directeur des achats d'un groupe industriel : « Nous dépendons d'un fournisseur unique pour un composant, situé dans une zone exposée. Les ruptures d'approvisionnement de 2026 (détroit d'Ormuz, droits de douane) montrent que le coût d'une rupture peut dépasser l'économie réalisée. Je recommande de qualifier un second fournisseur dans une autre région, de constituer un stock de sécurité sur les références critiques et de chiffrer le surcoût. Ces éléments sont à réviser à chaque évolution de la situation. »
Vocabulaire essentiel
Firme multinationale (FMN) : entreprise contrôlant des filiales dans plusieurs pays.
Commerce intra-firme : échanges entre filiales d'un même groupe.
Chaîne de valeur mondiale (CVM) : étapes de production réparties entre plusieurs pays.
Fragmentation : découpe de la production en étapes localisées séparément.
Bien intermédiaire : composant ou pièce entrant dans la fabrication d'un autre bien.
Relocalisation : retour ou rapprochement d'une activité vers le pays d'origine ou un pays proche.
Investissement direct à l'étranger (IDE) : participation d'au moins 10 % donnant une influence notable.
Investissement de portefeuille : placement financier sans influence sur la gestion.
Investissement de création : création d'une unité nouvelle à l'étranger.
Maison mère / filiale : société contrôlante / société contrôlée.
Points clés à retenir
Une FMN contrôle des filiales dans plusieurs pays ; stratégies horizontale (marché) et verticale (coûts).
La fragmentation des CVM répartit les étapes de production dans les pays les plus efficaces.
Elle baisse les coûts mais crée des dépendances et des vulnérabilités.
Pandémie, tensions géopolitiques, droits de douane, climat et politiques industrielles la remettent en question ; on observe plutôt une recomposition.
IDE : participation d'au moins 10 % du capital ou des droits de vote ; en dessous, investissement de portefeuille.
IDE mondiaux : 1 624 milliards de dollars en 2025, +6 % (CNUCED, 7 juillet 2026) ; vingt pays captent plus de 80 % des flux.
Avantages d'un IDE : capitaux, emplois, technologies ; limites : dépendance, rapatriement des profits, concurrence sur les entreprises locales.
Les situations géopolitiques sont mouvantes : dater et ne pas pronostiquer.
Pièges fréquents
Confondre internationalisation et transnationalisation : échanges entre économies, contre production organisée par les firmes.
Annoncer la « fin de la mondialisation » : les données montrent une recomposition.
Confondre IDE et investissement de portefeuille : seuil de 10 % et influence notable.
Écrire « actuellement » devant les chiffres de la CNUCED : donner l'année et la source.
Présenter les IDE comme toujours bénéfiques : ils dépendent des conditions.
Oublier la répartition inégale de la valeur entre les étapes de la chaîne.
Citer un taux de droits de douane américain moyen : situation mouvante, hors des faits vérifiés.
Confondre flux et stock d'IDE.
Q&R pour le tuteur IA
Q : Qu'est-ce qu'une firme multinationale ?
R : Une entreprise qui contrôle des filiales dans plusieurs pays, avec une maison mère. Elle organise sa production et ses échanges à l'échelle internationale.
Q : Qu'est-ce que la fragmentation des chaînes de valeur ?
R : La répartition des étapes de conception, de production et de distribution d'un produit entre plusieurs pays, selon l'efficacité de chacun. Elle développe le commerce de biens intermédiaires.
Q : Pourquoi parle-t-on de remise en question de ces chaînes ?
R : À cause de la dépendance révélée par la pandémie, des tensions géopolitiques, des droits de douane et des exigences climatiques. Les entreprises diversifient, relocalisent ou raccourcissent certaines chaînes, mais la fragmentation ne disparaît pas.
Q : Comment définit-on un investissement direct à l'étranger ?
R : Une participation durable d'au moins 10 % du capital ou des droits de vote d'une entreprise étrangère, donnant une influence notable sur sa gestion. En dessous, c'est un investissement de portefeuille.
Q : Que disent les chiffres de la CNUCED pour 2025 ?
R : Les IDE mondiaux ont atteint 1 624 milliards de dollars, en hausse de 6 % ; les économies développées ont reçu 11 % de plus, les économies en développement 2 % de plus (901 milliards de dollars) ; les vingt premières économies d'accueil captent plus de 80 % des flux (CNUCED, 7 juillet 2026).
Q : Quels sont les avantages et limites d'un IDE pour le pays d'accueil ?
R : Avantages : capitaux, emplois, technologie, exportations, concurrence. Limites : dépendance, concurrence sur les entreprises locales, rapatriement des profits, risque de fermeture, pressions environnementales et sociales.
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Économie DCG (UE5) : Emploi, inégalités et mondialisation
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