Inégalités, pauvreté et mesure : fractiles, courbe de Lorenz, indice de Gini
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 6 « Analyser les déséquilibres sociaux et leur régulation », sous-partie 6.3 « Analyser les politiques de redistribution face aux risques sociaux et aux inégalités sociales ».
Pourquoi c'est central à l'examen : le programme nomme les outils de mesure (fractiles, courbe de Lorenz, indice de Gini) et un auteur (Piketty). Un dossier documentaire sur les inégalités contient presque toujours un tableau de déciles, un indice de Gini ou un taux de pauvreté : il faut savoir le lire, le comparer dans le temps et l'espace, et en connaître les limites.
Les chiffres français sont datés et sourcés (INSEE, revenus de 2024, publication de 2026). Les cas chiffrés construits pour les calculs sont fictifs.
01La répartition primaire des revenus
1.1 Qu'est-ce que la répartition primaire ?
La répartition primaire est le partage des revenus issus de la production avant toute redistribution (avant impôts directs et prestations sociales). Elle distribue la valeur ajoutée entre :
| Bénéficiaire | Revenu |
|---|---|
| Les salariés | Rémunération des salariés (salaires et cotisations) |
| Les entreprises et les indépendants | Excédent brut d'exploitation, revenu mixte |
| Les détenteurs de patrimoine | Revenus du capital : intérêts, dividendes, loyers |
| Les administrations publiques | Impôts sur la production (nets de subventions) |
1.2 Ce que la répartition primaire fait apparaître
Le programme demande de mettre en avant deux réalités :
- Les inégalités avant redistribution : salaires très différents, revenus du patrimoine concentrés, écarts selon les secteurs et les territoires.
- L'absence de revenus pour une partie de la population : chômeurs, inactifs sans ressources, jeunes sans emploi. Pour eux, la répartition primaire ne fournit aucun revenu d'activité : seule la redistribution apporte un revenu.
02Les formes et les origines des inégalités
2.1 Les formes
| Forme | Nature |
|---|---|
| Inégalités de revenus | Écarts de revenus d'activité, de remplacement et de patrimoine |
| Inégalités de patrimoine | Écarts de richesse accumulée (immobilier, financier) : plus fortes que celles des revenus |
| Inégalités de genre | Écarts de salaires, de temps partiel, de carrière entre femmes et hommes |
| Inégalités territoriales | Écarts entre régions, villes, campagnes (emploi, services publics) |
| Inégalités d'éducation | Écarts de réussite selon l'origine sociale |
| Inégalités de santé et d'espérance de vie | Écarts selon la catégorie sociale |
2.2 Les origines
- Le capital humain : le diplôme et l'expérience expliquent une part des salaires.
- Le patrimoine hérité et les revenus du capital : l'héritage et le rendement du patrimoine favorisent la concentration.
- Le fonctionnement du marché du travail : chômage, contrats précaires, polarisation (cours 27).
- Les discriminations (genre, origine) et les inégalités de départ (famille, territoire).
- La mondialisation et le progrès technique, qui modifient la demande de qualifications (cours 27 et 33).
2.3 Piketty : patrimoine et rendement du capital
Thomas Piketty (Le Capital au XXIe siècle, 2013) étudie, sur le long terme, l'évolution de la concentration des patrimoines et des revenus. Son raisonnement central :
- r : rendement moyen du capital (patrimoine) ; g : taux de croissance de l'économie.
- Quand r > g, les patrimoines existants (souvent hérités) croissent plus vite que les revenus de l'ensemble de l'économie : le poids du patrimoine hérité augmente et la concentration s'accentue.
- Réponse proposée : un impôt progressif sur le capital, au niveau mondial dans sa version idéale.
À retenir
Critiques à connaître (sans attribuer de citations) : le rapport r > g est une tendance historique, non une loi ; l'épargne et la gestion du patrimoine jouent un rôle ; l'impôt mondial est difficilement réalisable ; certains économistes soulignent les effets de la croissance et de l'innovation.
03La mesure des inégalités
3.1 Les fractiles
On classe la population par niveau de vie croissant et on la découpe en parts égales :
| Fractile | Découpage |
|---|---|
| Déciles | 10 parts de 10 % (D1 = limite supérieure des 10 % les plus modestes, D9 = limite inférieure des 10 % les plus aisés) |
| Quintiles | 5 parts de 20 % |
| Centiles | 100 parts de 1 % |
| Médiane | Valeur qui sépare la population en deux moitiés égales |
Deux rapports résument l'écart :
- Rapport interdécile D9 / D1 : niveau de vie au-dessus duquel se situent les 10 % les plus aisés divisé par celui en dessous duquel se situent les 10 % les plus modestes.
- Rapport S80 / S20 : revenu total des 20 % les plus aisés divisé par celui des 20 % les plus modestes.
3.2 La courbe de Lorenz
- Abscisse : pourcentage cumulé de la population, du plus modeste au plus aisé.
- Ordonnée : pourcentage cumulé du revenu (ou du patrimoine) détenu.
- Diagonale : égalité parfaite (20 % de la population détient 20 % du revenu).
- La courbe s'écarte de la diagonale quand les inégalités augmentent.
3.3 L'indice de Gini
Le coefficient de Gini résume la courbe de Lorenz : c'est le rapport entre l'aire comprise entre la diagonale et la courbe, et l'aire sous la diagonale.
- Il varie de 0 (égalité parfaite) à 1 (un seul individu détient tout).
- Plus il est élevé, plus les inégalités sont fortes.
- Il est sensible aux écarts autour du milieu de la distribution, moins aux extrêmes ; deux distributions différentes peuvent avoir le même Gini.
3.4 Comparer dans le temps et dans l'espace
Précautions : même indicateur (niveau de vie, revenu disponible, patrimoine), même champ, même source et même date ; distinguer inégalités avant et après redistribution ; ne pas comparer un revenu à un patrimoine.