Économie DCG (UE5) : Emploi, inégalités et mondialisation

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Le protectionnisme, l'attractivité et la compétitivité : le cas de l'Union économique et monétaire

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 7 « Identifier les effets et les enjeux de la mondialisation des économies », sous-partie 7.2 « Analyser les politiques commerciales et d'attractivité ».

Pourquoi c'est central à l'examen : le programme demande d'analyser et de justifier les politiques commerciales (libre-échange ou protectionnisme), d'attractivité et de compétitivité, au minimum à partir du cas de l'Union économique et monétaire (UEM). C'est un sujet d'actualité (droits de douane américains) et un sujet de question problématisée classique.

Les chiffres sont datés et sourcés (état au 1er octobre 2026). Les situations commerciales sont mouvantes : elles sont citées comme illustrations datées, sans pronostic ni taux moyen. Les cas de calcul sont fictifs.

01Le protectionnisme : définition et modalités

Le protectionnisme est l'ensemble des politiques qui protègent les producteurs nationaux de la concurrence étrangère. Il s'oppose au libre-échange (cours 33).

1.1 Les modalités

FamilleInstrumentFonctionnement
TarifairesDroit de douaneTaxe sur les importations : ad valorem (pourcentage de la valeur) ou spécifique (montant par unité)
Non tarifairesQuotas (contingents)Limite en quantité des importations
Normes techniques, sanitaires, environnementalesExigences qui peuvent freiner l'accès au marché
Subventions à la production ou à l'exportationAide publique qui abaisse le prix des produits nationaux
Procédures administratives, préférence nationale dans les marchés publicsLourdeur, délais, exclusion de fournisseurs étrangers
Politique de changeSous-évaluation de la monnaie pour rendre les exportations moins chères
Défense commercialeDroits anti-dumping, droits compensateurs

1.2 L'effet d'un droit de douane

Un droit de douane renchérit le produit importé et protège le producteur national.

ActeurEffet
Producteurs nationauxGagnent (prix et parts de marché plus élevés)
ÉtatPerçoit des recettes douanières
ConsommateursPerdent (prix plus élevés, moins de choix)
Industries utilisatrices du produit protégéPerdent (coût des intrants)
ExportateursRisquent des représailles des partenaires

Calcul fictif : un droit de 10 % sur un bien importé à 100 € porte son prix à 110 € ; si 1 000 unités sont importées, l'État perçoit 10 000 € (10 € × 1 000).

02Les théories du protectionnisme

AuteurIdée centraleLimites
List (Système national d'économie politique, 1841)Protectionnisme éducateur : protéger temporairement les industries naissantes d'un pays en retard pour qu'elles se développent et deviennent compétitivesChoix des secteurs, risque de rente et de protection durable, coût pour les consommateurs
KaldorL'industrie manufacturière est le moteur de la croissance (rendements croissants, causalité cumulative) : on peut justifier une protection de l'industrie nationalePeu efficace si les partenaires ripostent ; risque de perte de compétitivité par manque de concurrence
Krugman (politique commerciale stratégique)En concurrence imparfaite, subventions et protection peuvent permettre à une firme nationale de capter une rente (modèle formalisé par Brander et Spencer en 1985, diffusé par Krugman) (cas de grandes industries à rendements croissants)Représailles, guerre commerciale, difficulté de choisir le bon secteur ; lui-même en souligne les limites
Amin (déconnexion)Les pays du Sud, soumis à des échanges inégaux avec le centre, devraient se déconnecter du système mondial pour suivre leur propre voie de développementRisque d'autarcie, perte de technologie et de marchés, échecs historiques

À retenir

Ne pas prêter de citations aux auteurs : retenir l'idée et son domaine de validité. Le programme les rattache au protectionnisme, mais Krugman reste un auteur de la nouvelle théorie du commerce : sa conclusion sur les politiques stratégiques est prudente.

2.1 Les conséquences du protectionnisme

Conséquences positives potentiellesConséquences négatives potentielles
Protection de l'emploi et des industries naissantesPrix plus élevés, moindre choix
Autonomie dans les secteurs stratégiques (énergie, santé, alimentation)Perte d'efficacité faute de concurrence
Recettes douanièresReprésailles et guerre commerciale
Réduction d'un déficit commercial (à court terme)Hausse des coûts des entreprises qui importent des intrants

03Attractivité et compétitivité

3.1 L'attractivité

L'attractivité est la capacité d'un territoire à attirer et à retenir des capitaux, des entreprises, des talents (cours 32 : IDE). Facteurs : taille du marché, qualification, coût du travail, infrastructures, fiscalité, stabilité juridique et politique, qualité de vie. Politiques : fiscalité, simplification, formation, infrastructures, aides à l'implantation.

3.2 La compétitivité

La compétitivité est la capacité d'une économie ou d'une entreprise à vendre sur les marchés (intérieur et extérieur) face aux concurrents.

Compétitivité-prix (ou coût)Compétitivité hors prix
PrincipeVendre moins cherVendre mieux
DéterminantsCoût salarial unitaire (salaire rapporté à la productivité), charges, taux de change, margesQualité, innovation, image, services, délais, spécialisation en gamme
Leviers publicsCoût du travail, productivité, fiscalitéFormation, recherche, innovation, infrastructures

Le coût salarial unitaire rapporte le coût du travail à la productivité : un salaire plus élevé n'est pas un handicap si la productivité l'est davantage.

04Le cas de l'Union économique et monétaire

4.1 Les caractéristiques de l'UEM pour la politique commerciale

  • Aucun protectionnisme interne : marché unique, libre circulation des biens, services, capitaux et personnes ; plus de droit de douane entre membres.
  • Politique commerciale commune envers le reste du monde : tarif extérieur commun, négociation d'accords par l'Union (et non par chaque État).
  • Monnaie unique (zone euro à 21 membres depuis le 1er janvier 2026, Banque de France) : plus de taux de change entre membres, donc plus de dévaluation compétitive ; le taux de change de l'euro vis-à-vis du reste du monde n'est pas un instrument national.
  • Politique monétaire commune (BCE, objectif de 2 % d'inflation à moyen terme).

4.2 Conséquences pour la compétitivité

Un État de la zone euro ne peut pas ajuster sa compétitivité par la monnaie : il agit sur les coûts (salaires, productivité, fiscalité) et sur la compétitivité hors prix (innovation, qualité, montée en gamme). Les écarts de coûts entre pays peuvent se traduire en déficits ou excédents courants durables au sein de la zone (cours 31). Les ajustements se font alors par les prix et les salaires, plus lents.

4.3 La défense des intérêts de l'Union face aux partenaires

  • Instruments de défense commerciale et accords bilatéraux (cours 35).
  • Politique climatique à la frontière : mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, en phase définitive depuis le 1er janvier 2026.
  • Dépendance à des chocs extérieurs (énergie, droits de douane de partenaires).

Exemples corrigés

Cas 1 : mini-dossier, l'Union européenne face aux droits de douane américains (2025 et 2026)

Document 1. Aux États-Unis, les hausses de droits de douane de 2025 fondées sur une loi américaine sur les pouvoirs économiques d'urgence (IEEPA) ont été invalidées par la Cour suprême le 20 février 2026 (6 voix contre 3 : le pouvoir de taxer relève du Congrès). Elles ont été remplacées par des droits temporaires (section 122, 150 jours, échus le 24 juillet 2026), puis par des droits au titre des sections 301 et 232 (sources : cabinets d'avocats et presse économique, secondaires). Situation mouvante.

Document 2. L'accord UE-États-Unis de l'été 2025 (plafond de 15 % sur l'essentiel des exportations européennes) a été approuvé par l'Union européenne fin juin 2026 (mêmes sources secondaires).

Document 3. Balance commerciale de biens de la France : −69,2 milliards d'euros en 2025 ; déficit hors énergie et matériel militaire de 46,4 milliards d'euros (après 43,3 en 2024), mesuré CAF/FAB, donc non additionnable au solde global FAB/FAB (douane.gouv.fr ; Direction générale du Trésor, 6 février 2026).

Document 4. Accord UE-Mercosur : signé le 17 janvier 2026 ; le Parlement européen a saisi la Cour de justice pour avis le 21 janvier 2026 ; application provisoire depuis le 1er mai 2026, décidée par la Commission et contestée par la France, dans l'attente de l'avis de la Cour de justice (presse, sources secondaires concordantes).

Questions et réponses

Q1. Quelle forme de protectionnisme illustre le document 1 ? Quelle conséquence pour les exportateurs européens ? Un droit de douane (protectionnisme tarifaire) appliqué aux importations. Il renchérit les produits européens aux États-Unis (jusqu'à un plafond de 15 % selon le document 2) : l'exportateur doit baisser son prix (marge) ou perdre des parts de marché. Mécanisme calculé au cas 2.

Q2. Pourquoi ces droits sont-ils qualifiés de « situation mouvante » ? Parce que leur base juridique, leur niveau et leur durée ont changé en quelques mois (invalidation du 20 février 2026, droits temporaires de 150 jours, sections 301 et 232). Un candidat date chaque information et s'abstient de pronostic.

Q3. Comment l'Union européenne répond-elle en tant qu'UEM ? Elle agit par une politique commerciale commune : négociation unique (accord de l'été 2025), accords avec d'autres partenaires (Mercosur, document 4), instruments de défense commerciale. Aucun État membre ne peut taxer seul : les droits de douane relèvent de l'Union. En revanche, aucun État de la zone euro ne peut ajuster sa compétitivité par le change.

Q4. Que montre le document 3 sur la compétitivité française ? Le déficit commercial s'est réduit en 2025 grâce à l'énergie, mais le déficit hors énergie et matériel militaire s'est dégradé : signe d'une difficulté de compétitivité hors énergie, à analyser par les coûts (prix) et par la qualité, l'innovation et la spécialisation (hors prix).

Cas 2 : compétitivité-prix, change et coût salarial unitaire (cas fictif)

Effet du taux de change. Un exportateur européen vend une machine 1 000 € aux États-Unis.

Taux de changePrix en dollars
1 € = 1,10 $1 100 $
1 € = 1,20 $1 200 $

Une appréciation de l'euro de 1,10 à 1,20 (+9,1 %) renchérit le produit de 9,1 % pour le client américain, sans que le prix en euros ait changé : la compétitivité-prix se dégrade.

Coût salarial unitaire.

Salaire horaireProductivité (unités par heure)Coût salarial unitaire
Pays A24 €4024 / 40 = 0,60 €
Pays B15 €2015 / 20 = 0,75 €
Pays B après gain de productivité15 €2515 / 25 = 0,60 €

Le pays A, malgré des salaires plus élevés, est plus compétitif en coût que B (0,60 contre 0,75). Le pays B rattrape A en portant sa productivité de 20 à 25 unités par heure : la compétitivité-coût dépend du salaire rapporté à la productivité. Dans la zone euro, cette voie (productivité et coûts) est le principal moyen d'ajustement, faute de dévaluation. Cas fictif.

Cas 3 : plan détaillé d'une question problématisée

Sujet : « Protectionnisme ou libre-échange : quelle politique commerciale pour l'Union européenne ? »

Problématique : l'Union européenne peut-elle défendre ses intérêts face à ses partenaires sans renoncer aux avantages de l'ouverture ?

I. Le protectionnisme répond à des préoccupations réelles

  • Modalités tarifaires et non tarifaires ; effets sur producteurs, consommateurs, État.
  • Théories : List (industries naissantes), Kaldor (industrie), Krugman (politique stratégique), Amin (déconnexion).
  • Illustration datée : droits de douane américains, base juridique invalidée le 20 février 2026.

II. Mais il comporte des coûts et des risques

  • Prix, représailles, guerre commerciale.
  • L'UEM : marché unique sans protection interne, pas de dévaluation, politique commerciale commune.
  • Compétitivité française : déficit hors énergie de 46,4 milliards d'euros en 2025.

III. Une politique entre ouverture et défense

  • Compétitivité-prix et hors prix : productivité, innovation, montée en gamme.
  • Attractivité : IDE, qualification, stabilité.
  • Instruments européens : accords, ajustement carbone aux frontières (depuis le 1er janvier 2026), défense commerciale.

Conclusion : l'Union tient une position intermédiaire ; elle protège sélectivement tout en négociant l'ouverture, avec une incertitude liée aux décisions des partenaires.

Note au décideur

À l'attention du directeur commercial d'un exportateur européen vers les États-Unis : « Le régime douanier américain a changé plusieurs fois en 2026 (décision de la Cour suprême du 20 février, droits temporaires, nouvelles bases juridiques). Ne figez pas vos prix sur un taux. Simulez trois niveaux de droits, identifiez la part de votre prix que vous pouvez absorber et diversifiez vos marchés. Ne bâtissez pas votre budget sur l'hypothèse d'une stabilisation. »

Vocabulaire essentiel

  • Protectionnisme : politique de protection de l'économie nationale contre la concurrence étrangère.
  • Droit de douane : taxe sur les importations.
  • Quota : limite en quantité des importations.
  • Barrière non tarifaire : obstacle autre que le droit de douane (normes, subventions, procédures).
  • Protectionnisme éducateur : protection temporaire des industries naissantes (List).
  • Politique commerciale stratégique : intervention pour capter une rente en concurrence imparfaite.
  • Déconnexion : stratégie de sortie des échanges inégaux avec le centre (Amin).
  • Attractivité : capacité d'un territoire à attirer capitaux, entreprises et talents.
  • Compétitivité-prix / hors prix : vendre moins cher / vendre mieux.
  • Coût salarial unitaire : coût du travail rapporté à la productivité.
  • Union économique et monétaire (UEM) : marché unique et monnaie unique.

Points clés à retenir

  1. Le protectionnisme protège la production nationale par des moyens tarifaires (droits de douane) ou non tarifaires (quotas, normes, subventions, change).
  2. Un droit de douane profite aux producteurs et à l'État, pénalise consommateurs et industries utilisatrices, et appelle des représailles.
  3. List justifie la protection temporaire des industries naissantes ; Kaldor met en avant l'industrie ; Krugman la politique commerciale stratégique ; Amin la déconnexion.
  4. La compétitivité-prix se joue sur les coûts et le change, la compétitivité hors prix sur la qualité et l'innovation.
  5. Dans l'UEM, il n'y a pas de protection interne et pas de dévaluation ; la politique commerciale est commune.
  6. Les droits de douane américains de 2025 et 2026 sont une situation mouvante : à dater, sans pronostic.
  7. Le déficit français hors énergie et matériel militaire est de 46,4 milliards d'euros en 2025 (douanes).
  8. L'attractivité vise les capitaux et les talents, la compétitivité les ventes.

Pièges fréquents

  1. Confondre protectionnisme et repli total : il peut être sélectif et temporaire.
  2. Oublier les perdants d'un droit de douane (consommateurs, industries utilisatrices).
  3. Présenter List comme favorable à une protection permanente.
  4. Confondre compétitivité-prix et hors prix.
  5. Parler de dévaluation pour un pays de la zone euro : elle n'existe plus entre membres.
  6. Donner un taux de droit de douane américain moyen : hors faits vérifiés.
  7. Pronostiquer l'évolution des accords (États-Unis, Mercosur).
  8. Confondre attractivité et compétitivité.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Quelles sont les modalités du protectionnisme ? R : Tarifaires (droits de douane) et non tarifaires (quotas, normes, subventions, procédures, politique de change, défense commerciale).

Q : Que défend List ? R : Le protectionnisme éducateur : protéger temporairement les industries naissantes d'un pays en retard jusqu'à ce qu'elles soient compétitives. Il n'est pas favorable à une protection permanente.

Q : Quelle est la différence entre compétitivité-prix et hors prix ? R : La première repose sur le prix de vente (coût salarial unitaire, change, marges), la seconde sur la qualité, l'innovation, l'image et les services.

Q : Pourquoi un pays de la zone euro ne peut-il pas dévaluer ? R : Parce qu'il n'a plus de monnaie nationale : le taux de change est celui de l'euro, fixé par le marché. Il ajuste sa compétitivité par les coûts et la compétitivité hors prix.

Q : Que s'est-il passé pour les droits de douane américains en 2026 ? R : Les hausses de 2025 fondées sur la loi américaine sur les pouvoirs économiques d'urgence (IEEPA) ont été invalidées par la Cour suprême le 20 février 2026, puis remplacées par des droits temporaires et d'autres bases juridiques (sources secondaires). La situation est mouvante : on la date, sans pronostic.

Q : Quel est le rôle de l'Union européenne dans la politique commerciale ? R : L'Union fixe un tarif extérieur commun et négocie les accords commerciaux pour ses États membres, qui ne peuvent pas taxer seuls les importations.

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