Économie DCG (UE5) : Emploi, inégalités et mondialisation

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Les politiques de l'emploi et la flexibilité du marché du travail

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 6 « Analyser les déséquilibres sociaux et leur régulation », sous-partie 6.2 « Analyser les politiques sociales face aux déséquilibres sur le marché du travail ».

Pourquoi c'est central à l'examen : à l'écrit de 4 h, la question « quelles politiques contre le chômage ? » appelle une réponse structurée : fondements théoriques (néoclassique, keynésien), mesures actives et passives illustrées par des pays de l'OCDE, flexibilité et ses enjeux. Le candidat doit raisonner en termes d'efficacité et d'effets pervers, avec des exemples datés.

À retenir

Le programme demande de présenter les approches néoclassique et keynésienne des politiques de l'emploi, d'illustrer les politiques mises en œuvre (pays de l'OCDE) et de distinguer flexibilité interne ou externe, quantitative ou qualitative. Les illustrations par pays de ce cours sont qualitatives (pas de chiffres) ; les chiffres français sont datés.

01Les fondements théoriques

1.1 L'approche néoclassique : agir sur l'offre et le coût du travail

Le chômage est dû à des rigidités qui empêchent le salaire réel de s'ajuster (cours 26). La politique de l'emploi vise à faciliter l'ajustement :

  • réduire le coût du travail (allègement de charges, aides à l'embauche) ;
  • assouplir la réglementation (contrats, licenciement) ;
  • inciter à la reprise d'emploi (indemnisation limitée dans le temps, obligations de recherche) ;
  • améliorer l'appariement (information, formation, accompagnement).

1.2 L'approche keynésienne : soutenir la demande

Le chômage est dû à une insuffisance de demande effective. La politique de l'emploi passe par :

  • la relance par la dépense publique et l'investissement ;
  • le soutien des revenus (indemnisation, salaire minimum), qui entretient la consommation ;
  • la création d'emplois publics ou aidés en période de crise ;
  • le partage du travail dans certaines analyses (réduction de la durée du travail).
NéoclassiqueKeynésienne
DiagnosticCoût du travail et rigidités trop élevésDemande insuffisante
CibleOffre et fonctionnement du marchéDemande globale
Mesures typiquesAllègements de charges, assouplissement, incitationsRelance, soutien du revenu, emplois aidés
RisquePrécarité, pression sur les salairesCoût budgétaire, inflation

02Les mesures actives et passives

2.1 Définitions

Mesures activesMesures passives
ObjectifFavoriser le retour ou le maintien à l'emploiCompenser la perte de revenu ou retirer des personnes du marché
ExemplesFormation professionnelle, accompagnement personnalisé, aides à l'embauche, emplois aidés, aide à la création d'entreprise, service public de l'emploiIndemnisation du chômage, préretraites et dispositifs de départ anticipé
LogiqueInvestissement dans l'employabilitéProtection du revenu
LimiteEffets d'aubaine, de substitution, coûtRisque de désincitation à la reprise d'emploi

À retenir

Classement souvent retenu dans les comparaisons de l'OCDE : « dépenses actives » (formation, accompagnement, subventions à l'emploi) contre « dépenses passives » (allocations). Pas de chiffres à citer ici sans source datée.

2.2 Illustrations dans des pays de l'OCDE (qualitatives)

  • France : service public de l'emploi (France Travail), aides à l'embauche, formation, activité partielle pour amortir un choc conjoncturel ; indemnisation du chômage forte comparée à d'autres pays ; la loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 pour le plein emploi a transformé Pôle emploi en France Travail (1er janvier 2024) avec un accompagnement renforcé et un contrat d'engagement des demandeurs d'emploi.
  • Danemark : modèle de flexicurité (voir 3.3) : licenciement facile, indemnisation généreuse, politique active d'accompagnement et de formation.
  • Allemagne : dispositif de chômage partiel pour maintenir les emplois pendant un choc, et réformes de l'indemnisation et de l'accompagnement des demandeurs d'emploi (les « réformes Hartz »).
  • États-Unis : forte flexibilité du marché du travail et indemnisation plus limitée.

À retenir

Ces illustrations situent des logiques de politique de l'emploi. Les chiffres comparatifs ne sont pas donnés : à l'examen, le dossier les fournit.

2.3 Évaluer une mesure : trois effets pervers

EffetDéfinitionExemple
Effet d'aubaineL'entreprise aurait embauché sans l'aideElle perçoit une aide pour un recrutement déjà décidé
Effet de substitutionL'aide favorise un public ciblé au détriment d'un autreUn jeune aidé est embauché à la place d'un travailleur non aidé
Effet de déplacementL'emploi créé dans une entreprise en détruit un autre chez un concurrentL'entreprise aidée gagne des parts de marché sur une autre

Le coût net par emploi additionnel se calcule en rapportant le coût brut aux seuls emplois réellement créés.

03La flexibilité du marché du travail

3.1 Définition et typologie

La flexibilité est la capacité des entreprises à adapter leur main-d'œuvre (volume, coût, organisation) aux variations de l'activité. Deux distinctions croisées (limite officielle du programme) :

Quantitative (volume de travail)Qualitative (contenu, organisation)
Interne (au sein de l'entreprise)Variation des horaires : heures supplémentaires, temps partiel, modulation, activité partielle, jours de reposPolyvalence, mobilité interne, formation, organisation du travail par équipes et projets
Externe (par recours au marché)Variation des effectifs : contrats à durée déterminée, intérim, licenciements et embauchesExternalisation et sous-traitance, recours à des prestataires et à des travailleurs indépendants

La flexibilité salariale (ajustement des salaires à l'activité ou à la productivité) est un autre volet : le salaire varie plutôt que l'emploi.

3.2 Les enjeux

Pour les entreprisesPour les salariés
AvantagesAdaptation rapide, meilleure compétitivité, embauches facilitées si le licenciement est moins risquéMaintien de l'emploi (flexibilité interne), plus de postes ouverts
LimitesPerte de compétences, rotation du personnel, moindre investissement en formationPrécarité, insécurité, baisse des revenus, difficulté à se projeter (logement, crédit)

Le dualisme du marché du travail désigne la coexistence de salariés protégés (contrats stables) et de salariés précaires (contrats courts), qui supportent l'essentiel de l'ajustement. Il est lié à la flexibilité externe.

3.3 La flexicurité

La flexicurité associe flexibilité pour les entreprises (embauche et licenciement facilités) et sécurité pour les travailleurs (indemnisation élevée, accompagnement, formation). Les trois éléments de ce « triangle » : marché du travail flexible, protection du revenu, politiques actives. Elle est illustrée par le Danemark. Condition : un financement important et un service public de l'emploi efficace.

Exemples corrigés

Cas 1 : mini-dossier, politique de l'emploi en France

Document 1. La loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 pour le plein emploi a remplacé Pôle emploi par France Travail au 1er janvier 2024, avec un accompagnement renforcé de tous les demandeurs d'emploi et un contrat d'engagement.

Document 2. Depuis début 2025, l'inscription automatique à France Travail des bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) et des jeunes suivis en mission locale et la modification des règles d'actualisation rompent les séries des demandeurs d'emploi inscrits (Dares et France Travail, février 2025).

Document 3. Chômage au sens du BIT : 8,3 % au 2e trimestre 2026, 21,6 % chez les 15 à 24 ans (INSEE, Informations rapides n° 192, 7 août 2026).

Document 4. La réforme des retraites de 2023 (âge légal porté progressivement à 64 ans) est suspendue par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (30 décembre 2025), avec un effet sur la population active à partir de septembre 2026 selon l'INSEE (Note de conjoncture, 10 septembre 2026).

Questions et réponses

Q1. Classer la mesure du document 1 : active ou passive ? Dans quelle logique théorique ? Elle est active : accompagnement, engagement, retour à l'emploi. Elle relève surtout d'une logique néoclassique d'amélioration de l'appariement et d'incitation, tout en mobilisant des moyens publics.

Q2. Que change le document 2 pour l'évaluation de la politique de l'emploi ? La hausse apparente du nombre d'inscrits peut résulter d'un changement de règle et non d'une dégradation du marché du travail. L'évaluation de l'accompagnement doit donc s'appuyer sur le chômage au sens du BIT ou sur des séries corrigées de la Dares, non sur le nombre brut d'inscrits.

Q3. Que dit le document 3 sur les cibles de la politique de l'emploi ? Le chômage des jeunes (21,6 %) est 2,6 fois supérieur au taux d'ensemble (21,6 / 8,3 ≈ 2,6) : cible naturelle des mesures actives (formation, apprentissage, accompagnement).

Q4. Comment le document 4 se rattache-t-il aux politiques de l'emploi ? Les règles de départ à la retraite agissent sur l'offre de travail. Par déduction : la suspension de la réforme de 2023 retient, par rapport à la trajectoire prévue par cette réforme, moins de personnes en activité ; l'INSEE signale un effet sur la population active à partir de septembre 2026. Les départs anticipés peuvent libérer des postes, mais l'idée selon laquelle un départ en retraite crée un emploi est contestée par l'analyse économique (le nombre d'emplois n'est pas fixe, voir le déversement et la demande). La situation est récente : dater toute affirmation.

Cas 2 : coût d'une aide à l'embauche (cas fictif)

Une aide de 3 000 € est versée pour 1 000 embauches de jeunes. Évaluation fictive : 40 % des embauches auraient eu lieu sans l'aide (effet d'aubaine), 10 % se font au détriment d'autres travailleurs (substitution).

ÉtapeCalculRésultat
Coût brut1 000 × 3 000 €3 000 000 €
Embauches additionnelles1 000 × (1 − 0,40 − 0,10)500
Coût net par emploi additionnel3 000 000 / 5006 000 €

Le coût net par emploi réellement créé est le double de l'aide unitaire. Cet écart est le cœur de l'évaluation : une mesure peut sembler peu coûteuse par embauche tout en étant coûteuse par emploi créé. Ce calcul est un exemple pédagogique : les pourcentages sont inventés.

Cas 3 : plan détaillé d'une question problématisée

Sujet : « Flexibilité et sécurité du marché du travail sont-elles conciliables ? »

Problématique : la flexibilité qui facilite l'ajustement des entreprises est-elle compatible avec la protection des travailleurs ?

I. La flexibilité, un instrument d'adaptation

  • Typologie : interne ou externe, quantitative ou qualitative.
  • Arguments néoclassiques : embauches facilitées, compétitivité.
  • Illustration : activité partielle, contrats courts.

II. Mais une source de précarité et de dualisme

  • Poids de l'ajustement sur les contrats courts ; insécurité ; dualisme.
  • Limites des mesures actives : effets d'aubaine, de substitution (cas fictif : 6 000 € par emploi additionnel).
  • Illustration française : loi du 18 décembre 2023, rupture de séries depuis 2025.

III. La flexicurité, un compromis exigeant

  • Triangle flexibilité, indemnisation, politique active (Danemark).
  • Conditions : financement, efficacité de l'accompagnement.
  • Lecture keynésienne : la sécurité du revenu soutient aussi la demande.

Conclusion : la conciliation est possible mais coûteuse ; elle suppose un accompagnement actif et un financement durable.

Note au décideur

À l'attention d'une directrice des ressources humaines : « Avant de recruter en contrat court pour absorber un pic d'activité, comparez-le à des solutions de flexibilité interne : modulation des horaires, polyvalence, activité partielle. Elles préservent les compétences. Pour une aide à l'embauche, calculez le coût net par poste réellement additionnel et ne comptez pas sur l'aide pour changer une décision déjà prise (effet d'aubaine). »

Vocabulaire essentiel

  • Politique de l'emploi : ensemble des mesures publiques visant à réduire le chômage et à améliorer l'emploi.
  • Mesure active : mesure qui favorise le retour à l'emploi (formation, accompagnement, aides).
  • Mesure passive : mesure qui compense la perte de revenu ou retire des personnes du marché (indemnisation, préretraite).
  • Effet d'aubaine : bénéfice d'une aide pour une action déjà décidée.
  • Effet de substitution : aide qui favorise un public au détriment d'un autre.
  • Flexibilité interne ou externe : adaptation au sein de l'entreprise ou par le marché du travail.
  • Flexibilité quantitative ou qualitative : adaptation du volume de travail ou de son contenu.
  • Flexicurité : association de flexibilité et de sécurité.
  • Dualisme du marché du travail : coexistence de salariés protégés et précaires.
  • Activité partielle : réduction temporaire d'horaires avec maintien partiel de la rémunération.

Points clés à retenir

  1. L'approche néoclassique agit sur l'offre et le coût du travail ; l'approche keynésienne sur la demande.
  2. Les mesures actives visent le retour à l'emploi, les passives la protection du revenu.
  3. Une aide à l'embauche se juge par son coût net par emploi additionnel, après effets d'aubaine et de substitution.
  4. La flexibilité se classe selon deux axes : interne ou externe, quantitative ou qualitative.
  5. La flexibilité externe pèse sur les contrats précaires et crée du dualisme.
  6. La flexicurité combine flexibilité, indemnisation et politique active, au prix d'un financement important.
  7. En France, France Travail a remplacé Pôle emploi le 1er janvier 2024 (loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023).
  8. Depuis 2025, l'inscription automatique rompt les séries d'inscrits : préférer le chômage BIT.

Pièges fréquents

  1. Classer l'indemnisation comme mesure active : c'est une mesure passive.
  2. Confondre flexibilité interne et externe : interne = au sein de l'entreprise (horaires, polyvalence), externe = recours au marché (contrats courts, licenciements, sous-traitance).
  3. Confondre quantitative et qualitative : le volume de travail contre son contenu et son organisation.
  4. Oublier les effets pervers des aides (aubaine, substitution, déplacement).
  5. Présenter la flexicurité comme un modèle transposable à coût nul.
  6. Donner des chiffres comparatifs de pays sans source datée : le dossier les fournit.
  7. Comparer le nombre d'inscrits avant et après 2025 sans tenir compte de l'inscription automatique.
  8. Présenter la réforme des retraites de 2023 comme en application : elle est suspendue (loi de financement de la sécurité sociale pour 2026).

Q&R pour le tuteur IA

Q : Quelle différence entre mesure active et mesure passive ? R : Une mesure active favorise le retour ou le maintien à l'emploi (formation, accompagnement, aides à l'embauche) ; une mesure passive compense la perte de revenu ou retire des personnes du marché (indemnisation, préretraite).

Q : Comment les néoclassiques et les keynésiens conçoivent-ils la politique de l'emploi ? R : Les premiers visent l'offre et le coût du travail (assouplissement, allègements, incitations), les seconds soutiennent la demande effective (relance, revenus, emplois aidés).

Q : Que sont les effets d'aubaine et de substitution ? R : L'aubaine : l'entreprise aurait embauché sans l'aide. La substitution : l'aide favorise un public au détriment d'un autre. Ils réduisent le nombre d'emplois réellement créés.

Q : Quels sont les quatre types de flexibilité ? R : Interne quantitative (horaires, activité partielle), interne qualitative (polyvalence, mobilité), externe quantitative (contrats courts, licenciement), externe qualitative (externalisation, sous-traitance).

Q : Qu'est-ce que la flexicurité ? R : Une combinaison de flexibilité pour les entreprises et de sécurité pour les travailleurs, par une indemnisation élevée et des politiques actives. Elle est illustrée par le Danemark et exige un financement important.

Q : Pourquoi ne faut-il pas comparer les inscrits à France Travail d'avant et d'après 2025 ? R : Parce que l'inscription automatique des bénéficiaires du RSA et de jeunes suivis en mission locale rompt les séries : la hausse peut venir de la règle et non de la situation du marché.

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