Économie DCG (UE5) : Emploi, inégalités et mondialisation

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Le libre-échange : théories de Ricardo, Heckscher-Ohlin-Samuelson, Lassudrie-Duchêne et Krugman, et effets

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 7 « Identifier les effets et les enjeux de la mondialisation des économies », sous-partie 7.2 « Analyser les politiques commerciales et d'attractivité ».

Pourquoi c'est central à l'examen : le programme nomme quatre auteurs du libre-échange et demande d'en présenter les avantages et les limites sur le bien-être, les inégalités et l'environnement. À l'écrit de 4 h, une question problématisée (« le libre-échange est-il bénéfique ? ») se traite avec ces quatre théories, des illustrations datées et une conclusion nuancée.

Les chiffres sont datés et sourcés. Les calculs sont fictifs. Les situations commerciales mouvantes sont citées comme illustrations datées, sans pronostic.

01Définition du libre-échange

Le libre-échange est un régime d'échanges internationaux sans obstacle (ou avec très peu) à la circulation des biens et des services : pas de droits de douane élevés, pas de quotas, pas de réglementation discriminatoire. Il s'oppose au protectionnisme (cours 34). Dans la pratique, les échanges sont plus ou moins libres : on parle de libéralisation des échanges, progressive et négociée (cours 35).

02Les théories du libre-échange

2.1 Ricardo : les avantages comparatifs

David Ricardo (Des principes de l'économie politique et de l'impôt, 1817) montre que deux pays ont intérêt à échanger même si l'un est plus efficace que l'autre dans toutes les productions.

  • Un pays a un avantage absolu quand il produit un bien avec moins de travail qu'un autre.
  • Il a un avantage comparatif dans le bien dont le coût d'opportunité (ce qu'il sacrifie pour le produire) est le plus faible.
  • Chaque pays se spécialise dans le bien où il a l'avantage comparatif, puis échange : la production mondiale et la consommation de chacun augmentent.

Hypothèses fortes : un seul facteur (le travail), coûts constants, concurrence parfaite, pas de coût de transport, pas de mobilité internationale des facteurs. Le calcul est illustré au cas 2.

2.2 Heckscher-Ohlin-Samuelson : les dotations factorielles

Les économistes Eli Heckscher et Bertil Ohlin, prolongés par Paul Samuelson, expliquent la spécialisation par les dotations en facteurs de production (travail, capital, terre, ressources) :

  • chaque pays exporte le bien dont la production utilise intensivement le facteur dont il est relativement bien doté ;
  • il importe les biens intensifs en facteur rare ;
  • le commerce tend à rapprocher les prix des facteurs entre pays (théorème d'égalisation des prix des facteurs, Samuelson).
Pays riche en capital et en travail qualifiéPays riche en travail peu qualifié
ExporteBiens intensifs en capital et en technologieBiens intensifs en travail
Effet distributif attenduGagnants : détenteurs de capital et travailleurs qualifiés ; perdants : travailleurs peu qualifiésGagnants : travailleurs peu qualifiés

À retenir

Implication importante : le libre-échange crée des gagnants et des perdants à l'intérieur de chaque pays (lien avec les inégalités, cours 29). Limite empirique à signaler en une ligne : le « paradoxe de Leontief » (les exportations américaines étudiées étaient moins intensives en capital que prévu).

2.3 Lassudrie-Duchêne : la demande de différence

Lassudrie-Duchêne met en avant la demande de différence : les consommateurs ne souhaitent pas un produit identique mais de la variété, des différences de qualité, de marque, de style. Les pays échangent donc des biens similaires mais différenciés (des automobiles contre des automobiles) sans que les dotations ou les coûts l'expliquent. C'est une explication du commerce intra-branche.

2.4 Krugman : rendements croissants et concurrence imparfaite

Paul Krugman explique le commerce entre pays comparables par les rendements d'échelle croissants (le coût unitaire baisse quand la production augmente) et la concurrence monopolistique (chaque firme produit une variété différenciée) :

  • l'accès à un grand marché permet de produire en série, donc à moindre coût ;
  • les consommateurs accèdent à une plus grande variété ;
  • les pays échangent des variétés d'une même branche : le commerce intra-branche progresse.

Le commerce intra-branche est l'échange de produits d'une même branche entre deux pays (exportations et importations simultanées). Un indice usuel est celui de Grubel et Lloyd : 1 − |X − M| / (X + M) (cas 3). Il vaut 1 si les exportations égalent les importations de la branche et 0 s'il n'y a que des exportations ou que des importations.

2.5 Tableau de synthèse

ThéorieSource du commerceType de commerce expliquéConcurrenceGagnants et perdants
RicardoDifférences de productivité (avantage comparatif)Inter-brancheParfaiteGains globaux ; redistribution non traitée
HOSDifférences de dotations factoriellesInter-brancheParfaiteGagnants : facteur abondant ; perdants : facteur rare
Lassudrie-DuchêneDemande de variétéIntra-brancheVariété des goûtsConsommateurs
KrugmanRendements croissants et variétéIntra-brancheImparfaite (monopolistique)Consommateurs et firmes de grande taille

03Avantages et limites du libre-échange

3.1 Sur le bien-être

AvantagesLimites
Prix plus bas, plus grande variété pour les consommateursPerdants : entreprises et salariés des secteurs exposés (fermetures, chômage localisé)
Concurrence stimulante, gains d'efficacité et d'innovationLes gains agrégés ne sont pas répartis automatiquement : la compensation des perdants n'est pas garantie
Économies d'échelle, diffusion des technologiesDépendance vis-à-vis de l'extérieur (approvisionnements stratégiques)

3.2 Sur les inégalités

  • Entre pays : les pays émergents ont pu s'insérer dans les échanges et se rapprocher des pays riches, mais des pays spécialisés dans quelques matières premières restent dépendants de leurs cours.
  • Au sein des pays : selon HOS, le facteur abondant gagne, le facteur rare perd ; dans les pays développés, les travailleurs peu qualifiés des industries exposées peuvent être pénalisés. Le rôle du commerce est discuté par rapport à celui du progrès technique (cours 27).
  • Les politiques de redistribution et de formation peuvent compenser (cours 28 et 30).

3.3 Sur l'environnement

Effets négatifsEffets positifs possibles
Transports plus nombreux, émissions associéesDiffusion de techniques et de produits moins polluants
Pression sur les ressources, déforestation, surexploitationSpécialisation et gains d'efficacité dans l'usage des ressources
Fuite de carbone : production polluante déplacée vers des pays moins exigeantsNormes élevées qui se diffusent via les exigences des marchés riches

Réponse de politique publique : le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'Union européenne, en phase définitive depuis le 1er janvier 2026 (acier, ciment, aluminium, engrais azotés, hydrogène, électricité), vise à éviter que les importations échappent au prix du carbone supporté par les producteurs européens.

Exemples corrigés

Cas 1 : mini-dossier, le commerce extérieur de biens de la France

Document 1. Balance commerciale de biens (douanes, FAB / FAB) : −98,4 milliards d'euros en 2023, −79,3 en 2024, −69,2 en 2025 (douane.gouv.fr, résultats annuels 2025, février 2026).

Document 2. Facture énergétique : de 55,4 à 44,2 milliards d'euros entre 2024 et 2025 ; solde du matériel militaire : +6,7 milliards d'euros (+2,0) ; hors énergie et matériel militaire, le déficit s'est dégradé : 46,4 milliards d'euros en 2025, après 43,3 en 2024. Ces soldes par produit sont mesurés CAF/FAB (importations comptées avec le coût, l'assurance et le fret), alors que le solde global de −69,2 milliards du document 1 est FAB/FAB (franco à bord) : ils ne s'additionnent pas pour retrouver −69,2 (le solde global CAF/FAB est de −88,9 milliards, estimation des échanges sous le seuil de déclaration comprise) (douane.gouv.fr ; Direction générale du Trésor, « Résultats du commerce extérieur en 2025 », 6 février 2026).

Document 3. Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) : phase définitive depuis le 1er janvier 2026 (douane.gouv.fr, 23 décembre 2025).

Document 4. Au 14e sommet ministériel de l'OMC (Yaoundé, 26 au 29 mars 2026), le moratoire sur les droits de douane sur les transmissions électroniques a expiré le 30 mars 2026, pour la première fois depuis 1998 (sources secondaires concordantes).

Questions et réponses

Q1. Le déficit commercial prouve-t-il que le libre-échange est défavorable à la France ? Non. Un solde négatif n'est pas en lui-même la preuve d'une perte de bien-être : selon Ricardo, les gains viennent de la spécialisation, non de l'équilibre des échanges. Pour conclure, il faudrait analyser ce qui est importé (énergie, intermédiaires, biens de consommation), l'effet sur les prix et l'emploi, et la compétitivité (cours 34).

Q2. Que montre le document 2 ? L'amélioration du solde de 2025 (+10,0 milliards d'euros) vient surtout de la baisse de la facture énergétique (−11,2 milliards) et, accessoirement, du matériel militaire (+2,0), alors que le déficit hors énergie et matériel militaire s'est dégradé (−3,1) : il ne s'agit pas d'un redressement de la compétitivité hors énergie. Les variations s'additionnent à l'arrondi près (11,2 + 2,0 − 3,1 ≈ 10,0), pas les niveaux, mesurés selon deux conventions. Cela renvoie à des dotations en ressources (HOS : la France importe de l'énergie, facteur rare) et aux conditions de concurrence.

Q3. Comment le document 3 s'insère-t-il dans l'analyse environnementale du libre-échange ? Il répond à la critique de la fuite de carbone : sans mécanisme, une production polluante délocalisée échapperait au prix du carbone européen. Il montre qu'une politique commerciale peut corriger un effet négatif du libre-échange, mais aussi créer des tensions avec les partenaires.

Q4. Quelle leçon tirer du document 4 ? Des règles du libre-échange numérique peuvent ne pas être reconduites : en mars 2026, le moratoire sur les droits de douane relatifs aux transmissions électroniques a expiré. C'est un exemple de blocage du multilatéralisme (cours 35). Situation évolutive : dater.

Cas 2 : l'avantage comparatif de Ricardo (cas fictif)

Heures de travail nécessaires pour produire une unité.

DrapVin
Angleterre100120
Portugal9080

Avantage absolu : le Portugal produit les deux biens avec moins de travail. Coûts d'opportunité :

Pour produire 1 drap, on renonce àPour produire 1 vin, on renonce à
Angleterre100 / 120 = 0,83 vin120 / 100 = 1,20 drap
Portugal90 / 80 = 1,125 vin80 / 90 = 0,89 drap

L'Angleterre a le coût d'opportunité le plus faible pour le drap (0,83 contre 1,125), le Portugal pour le vin (0,89 contre 1,20) : chacun a un avantage comparatif dans un bien, bien que le Portugal ait un avantage absolu partout.

Résultat de la spécialisation. Dotation en travail : 220 heures pour l'Angleterre (une unité de chaque : 100 + 120 = 220), 170 heures pour le Portugal (90 + 80). Sans échange, chacun produit 1 drap et 1 vin : 2 drap et 2 vin au total.

Production avec spécialisationÉchange (1 drap contre 1 vin)Consommation
Angleterre220 / 100 = 2,2 drapExporte 1 drap, importe 1 vin1,2 drap et 1 vin (contre 1 et 1)
Portugal170 / 80 = 2,125 vinExporte 1 vin, importe 1 drap1 drap et 1,125 vin (contre 1 et 1)
Total mondial2,2 drap et 2,125 vin
Contre 2 et 2 sans échange

Les deux pays gagnent et la production mondiale augmente, à condition que le prix d'échange (1 vin pour 1 drap) soit compris entre les coûts d'opportunité de chacun (0,83 et 1,125 vin par drap). Cas entièrement fictif et très simplifié : les hypothèses (un facteur, coûts constants) ne sont pas réalistes.

Cas 3 : le commerce intra-branche (cas fictif) et plan détaillé

Le pays X exporte pour 100 millions d'euros d'automobiles vers son voisin et en importe pour 80 millions.

Indice de Grubel et Lloyd : 1 − |100 − 80| / (100 + 80) = 1 − 20 / 180 = 0,89. L'indice est proche de 1 : le commerce est surtout intra-branche (échanges croisés d'automobiles), ce que Lassudrie-Duchêne (variété) et Krugman (rendements croissants) expliquent mieux que Ricardo ou HOS.

Plan détaillé de question problématisée.

Sujet : « Le libre-échange est-il favorable à tous ? »

Problématique : les gains attendus du libre-échange se retrouvent-ils pour tous les pays, les groupes sociaux et l'environnement ?

I. Des gains justifiés par les théories

  • Ricardo : spécialisation, gains mutuels (cas fictif).
  • HOS : dotations factorielles.
  • Lassudrie-Duchêne et Krugman : variété et rendements croissants, commerce intra-branche.

II. Des gains inégalement répartis

  • Gagnants et perdants selon HOS ; secteurs exposés.
  • Dépendance des pays spécialisés dans les matières premières.
  • Un solde commercial négatif (France, 69,2 milliards d'euros de déficit de biens en 2025, douanes) n'est pas en soi une preuve.

III. Des limites environnementales et politiques

  • Fuite de carbone, transports ; réponse : mécanisme d'ajustement carbone aux frontières depuis le 1er janvier 2026.
  • Nécessité d'accompagner (formation, redistribution) et de réguler (cours 35 et 36).

Conclusion : le libre-échange accroît les richesses globales mais pas automatiquement le bien-être de tous ; ses effets dépendent des politiques d'accompagnement.

Note au décideur

À l'attention du directeur d'une entreprise de transformation alimentaire : « Une baisse des droits de douane sur vos produits ouvre des marchés mais expose vos fournisseurs locaux à la concurrence importée. Mesurez la part de vos achats qui provient de secteurs exposés, sécurisez un second approvisionnement et anticipez les exigences environnementales à l'import, notamment l'ajustement carbone aux frontières pour les intrants concernés. »

Vocabulaire essentiel

  • Libre-échange : régime d'échanges sans obstacles.
  • Avantage absolu : production d'un bien avec moins de travail qu'un autre pays.
  • Avantage comparatif : coût d'opportunité le plus faible pour un bien.
  • Coût d'opportunité : ce à quoi on renonce pour produire une unité supplémentaire.
  • Dotation factorielle : quantité de facteurs (travail, capital, ressources) dont dispose un pays.
  • Commerce inter-branche : échange de produits de branches différentes.
  • Commerce intra-branche : échange de produits d'une même branche.
  • Demande de différence : demande de variété des consommateurs.
  • Rendements d'échelle croissants : baisse du coût unitaire avec la taille de la production.
  • Fuite de carbone : délocalisation d'émissions vers des pays moins contraignants.

Points clés à retenir

  1. Ricardo : chaque pays gagne à se spécialiser selon son avantage comparatif (coût d'opportunité), même sans avantage absolu.
  2. HOS : un pays exporte le bien intensif en facteur dont il est abondamment doté ; le commerce crée des gagnants et des perdants.
  3. Lassudrie-Duchêne et Krugman expliquent le commerce intra-branche (variété, rendements croissants).
  4. Avantages : prix, variété, concurrence, innovation ; limites : perdants, dépendance, inégalités.
  5. Environnement : émissions et fuite de carbone ; le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières est en phase définitive depuis le 1er janvier 2026.
  6. Un déficit commercial ne prouve pas à lui seul que le libre-échange est défavorable.
  7. En 2025, déficit de biens de 69,2 milliards d'euros (douanes), amélioré par la baisse de la facture énergétique.
  8. Les situations commerciales mouvantes se citent datées et sans pronostic.

Pièges fréquents

  1. Confondre avantage absolu et avantage comparatif : la spécialisation suit le second.
  2. Calculer un avantage comparatif avec les heures sans les comparer : il faut les coûts d'opportunité.
  3. Attribuer HOS ou Ricardo au commerce intra-branche : ils expliquent l'inter-branche.
  4. Conclure que le libre-échange profite à tous : les théories prévoient des perdants.
  5. Invoquer le déficit commercial comme preuve sans analyser sa nature.
  6. Prêter des citations à Ricardo, Krugman ou aux autres auteurs.
  7. Ignorer la dimension environnementale que le programme cite explicitement.
  8. Oublier les hypothèses de Ricardo (un facteur, coûts constants).

Q&R pour le tuteur IA

Q : Que dit la théorie des avantages comparatifs de Ricardo ? R : Un pays a intérêt à se spécialiser dans le bien dont le coût d'opportunité est le plus faible et à échanger, même s'il n'a d'avantage absolu dans aucun bien : la production et la consommation mondiales augmentent.

Q : Que prévoit le modèle de Heckscher-Ohlin-Samuelson ? R : Chaque pays exporte le bien intensif en facteur dont il est relativement bien doté et importe l'autre. Le commerce profite au facteur abondant et pénalise le facteur rare, ce qui crée des gagnants et des perdants dans chaque pays.

Q : Comment expliquer qu'un pays échange des automobiles contre des automobiles ? R : Par la demande de différence (Lassudrie-Duchêne : goût pour la variété) et par les rendements croissants et la concurrence monopolistique (Krugman), qui expliquent le commerce intra-branche.

Q : Quelles sont les limites du libre-échange sur les inégalités ? R : Il crée des perdants dans les secteurs exposés et peut pénaliser les travailleurs peu qualifiés des pays développés ; il peut maintenir des pays dans la dépendance aux matières premières. La compensation n'est pas automatique.

Q : Comment le libre-échange agit-il sur l'environnement ? R : Il augmente les transports et peut déplacer les émissions vers des pays moins contraignants (fuite de carbone), mais il peut aussi diffuser des techniques propres. Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières européen tente de corriger la fuite de carbone.

Q : Peut-on tirer du déficit commercial français de 2025 une critique du libre-échange ? R : Pas directement : un déficit n'est pas une perte de bien-être. Il faut en analyser la composition (énergie, intermédiaires), les effets sur les prix et l'emploi, et la compétitivité.

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