Économie DCG (UE5) : Emploi, inégalités et mondialisation

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Risques sociaux, redistribution et modèles de protection sociale

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 6 « Analyser les déséquilibres sociaux et leur régulation », sous-partie 6.3 « Analyser les politiques de redistribution face aux risques sociaux et aux inégalités sociales ».

Pourquoi c'est central à l'examen : le programme demande de justifier la lutte contre les inégalités et d'en connaître la contestation, de caractériser les instruments de redistribution et de présenter les modèles de protection sociale. À l'écrit de 4 h, c'est un terrain de questions problématisées (« la redistribution est-elle efficace ? ») et de dossiers sur les prélèvements et les prestations.

Les chiffres français sont datés et sourcés (état au 1er octobre 2026). Les cas de calcul sont fictifs.

01Les risques sociaux

Un risque social est un événement qui prive une personne de revenus ou augmente ses dépenses, et que la collectivité choisit de couvrir.

RisqueNatureExemple de couverture
Santé (maladie, maternité, invalidité)Perte de revenu et coûts de soinsRemboursement des soins, indemnités journalières
VieillessePerte de revenu d'activité à la fin de la vie professionnellePensions de retraite
FamilleCharges liées aux enfantsPrestations familiales, congés
Emploi (chômage)Perte d'emploiAllocation d'assurance chômage
LogementPoids du coût du logementAides au logement
Pauvreté et exclusionAbsence de ressources suffisantesMinima sociaux (dont le revenu de solidarité active, RSA)

La couverture combine assurance (cotisations et droits attachés à l'emploi) et solidarité (financée par l'impôt, sans lien avec une cotisation préalable).

02Justifier la lutte contre les inégalités, et la contester

2.1 Les justifications

ArgumentContenu
Justice socialeUne société équitable ne peut accepter des écarts de situation qui tiennent à la naissance ou au hasard
Efficacité économiqueRéduire la pauvreté permet à chacun d'investir dans sa formation (capital humain) ; une demande plus répartie soutient l'activité (analyse keynésienne)
Stabilisateurs automatiquesLes prestations (chômage) et l'impôt progressif amortissent les chocs sans décision nouvelle
Cohésion socialeMoins d'inégalités réduit les tensions, la délinquance, les conflits ; renforce la confiance dans les institutions
Assurance contre les aléasLes individus sont exposés à des risques qu'ils ne peuvent pas tous assurer sur le marché

2.2 La contestation

ArgumentContenu
Désincitation au travail et à l'épargneDes prélèvements élevés et des prestations généreuses réduiraient l'effort et l'investissement
Trappes à inactivité ou à pauvretéQuand reprendre un emploi fait perdre des prestations, le gain net est faible ou nul
Coût et prélèvementsUne redistribution financée par des prélèvements élevés pèse sur la compétitivité et l'attractivité
Critique libéraleLa propriété et la responsabilité individuelle priment ; l'État-providence déresponsabilise ; le mérite justifie les écarts
Efficacité discutéeCertaines dépenses ne ciblent pas ceux qui en ont le plus besoin

À retenir

Le débat est un arbitrage équité-efficacité : l'enjeu n'est pas redistribuer ou non, mais comment (instruments, ciblage, niveau).

03La redistribution : objectifs, formes, instruments

3.1 Les objectifs

  • Réduire les inégalités de revenus et de conditions de vie.
  • Protéger contre les risques sociaux.
  • Garantir un minimum de ressources.
  • Financer des biens et services publics (éducation, santé).

3.2 Les formes

Redistribution verticaleRedistribution horizontale
PrincipeDes ménages aisés vers les ménages modestesEntre ménages de même niveau de revenu mais de situations différentes
ExemplesImpôt progressif, minima sociauxDes bien-portants vers les malades, des actifs vers les retraités, des ménages sans enfant vers les familles
ObjectifRéduire l'inégalité de revenuCouvrir les risques et les charges

3.3 Les instruments

InstrumentFonctionnementExemples
Prélèvements obligatoiresImpôts et cotisations sociales, souvent progressifsImpôt sur le revenu, cotisations sociales, contribution sociale généralisée
Prestations monétairesVersement d'argent selon des conditionsAllocations, minima sociaux, pensions
Prestations en nature et services publicsAccès à un service gratuit ou rembourséSoins remboursés, école, crèche

Le taux de prélèvements obligatoires rapporte les impôts et cotisations sociales au PIB. Il est distinct de l'ensemble des recettes publiques, plus large.

04Les modèles de protection sociale

4.1 Deux logiques historiques

Modèle bismarckien (assurance sociale)Modèle beveridgien (solidarité nationale)
OrigineAllemagne, fin du XIXe siècle (Bismarck)Royaume-Uni, rapport de Beveridge (1942)
BénéficiairesLes travailleurs et leurs ayants droitTous les citoyens (universalité)
FinancementCotisations sociales assises sur les salairesImpôt
PrestationsProportionnelles aux revenus (contributives)Plutôt forfaitaires (uniformes)
GestionPartenaires sociaux, caissesÉtat
LogiqueAssurance : on est couvert parce qu'on a cotiséSolidarité : on est couvert parce qu'on est citoyen

La France relève d'un système mixte : d'origine bismarckienne (assurance fondée sur l'emploi, la Sécurité sociale de 1945) mais qui a évolué vers plus d'universalité et de financement par l'impôt (par exemple par la contribution sociale généralisée).

4.2 La typologie d'Esping-Andersen

Gøsta Esping-Andersen (Les trois mondes de l'État-providence, 1990) distingue trois régimes d'État-providence selon la démarchandisation (mesure dans laquelle une personne peut vivre sans dépendre du marché) et le type de stratification sociale :

RégimeCaractéristiquesPays types
LibéralAides ciblées sur les plus pauvres, rôle important du marché, protection limitéePays anglo-saxons
Conservateur-corporatisteAssurance liée à l'emploi et au statut, maintien des positions sociales, rôle de la familleEurope continentale, dont la France et l'Allemagne
Social-démocratePrestations universelles et généreuses, forte implication de l'État, services publics étendusPays scandinaves

À retenir

Cette typologie est un outil de lecture, non une description exacte de chaque pays : la plupart des systèmes sont hybrides.

Exemples corrigés

Cas 1 : mini-dossier, prélèvements, dépenses et pauvreté en France

Document 1. Taux de prélèvements obligatoires : 42,8 % du PIB en 2024, 43,6 % en 2025, prévision de 44,1 % en 2026 ; « le ratio le plus élevé de la zone euro » selon la Cour des comptes (Cour des comptes, « La situation et les perspectives des finances publiques », synthèse, juin 2026).

Document 2. Dépenses publiques : 57,2 % du PIB en 2025 selon l'INSEE (27 mars 2026) ; 56,6 % selon la Cour des comptes après ses retraitements (juin 2026). Les deux mesures diffèrent.

Document 3. Pauvreté et inégalités en 2024 : taux de pauvreté 15,4 %, Gini 0,302, niveaux les plus élevés depuis 1996 (INSEE Première n° 2117, 9 juillet 2026).

Document 4. Déficit public : 5,1 % du PIB en 2025 ; dette de 119,0 % du PIB à la fin du 2e trimestre 2026 (INSEE, 27 mars 2026 et Informations rapides n° 239, 29 septembre 2026).

Questions et réponses

Q1. Que mesure le taux de prélèvements obligatoires du document 1 ? Pourquoi n'est-il pas égal aux dépenses publiques du document 2 ? Il mesure impôts et cotisations sociales obligatoires rapportés au PIB. Les dépenses publiques (57,2 % ou 56,6 %) sont supérieures : l'écart (autour de 13 points) est financé par d'autres recettes (revenus de la propriété, ventes, etc.) et par le déficit (5,1 % en 2025). Les deux indicateurs ne sont pas égaux et le taux de prélèvements ne couvre pas toutes les recettes.

Q2. Pourquoi deux valeurs pour les dépenses publiques en 2025 ? Parce que l'INSEE (57,2 %) et la Cour des comptes (56,6 %, après retraitements) n'utilisent pas exactement le même périmètre. À l'examen, on nomme la source et on ne mélange pas les deux.

Q3. Les documents 1 et 3 permettent-ils de conclure à l'inefficacité de la redistribution ? Non. Un niveau de prélèvements élevé et une pauvreté en hausse peuvent coexister, mais sans redistribution la pauvreté pourrait être plus élevée. Les données ne donnent pas la situation avant redistribution : on ne peut mesurer l'effet de la redistribution qu'en comparant avant et après (voir cas 2). Le niveau de vie utilisé par l'INSEE est un niveau de vie après impôts et prestations.

Q4. En quoi le document 4 nourrit-il la contestation de la redistribution ? Un déficit de 5,1 % et une dette de 119,0 % du PIB signalent que la dépense publique n'est pas financée par les seuls prélèvements : argument de soutenabilité (cours 22) et de partage de la charge entre générations. Les défenseurs de la redistribution répondent que les dépenses sociales soutiennent la demande et amortissent les chocs.

Cas 2 : effet d'une redistribution sur un échantillon (données fictives)

Reprise des dix personnes du cours 29 : revenus avant redistribution, en milliers d'euros : 8, 10, 12, 14, 17, 20, 24, 30, 40, 75 (Gini 0,374). Barème fictif d'impôt : 0 % jusqu'à 12 ; 10 % de 12 à 25 ; 30 % de 25 à 50 ; 40 % au-delà. Prestation fictive : 4 pour un revenu inférieur à 14, 2 pour un revenu inférieur à 20, sinon 0.

Revenu avantImpôtPrestationRevenu après
80,0412,0
100,0414,0
120,0416,0
140,2215,8
170,5218,5
200,8019,2
241,2022,8
302,8027,2
405,8034,2
7518,8056,2
Total30,116235,9

L'impôt (30,1) dépasse les prestations (16) : la différence, 14,1, finance des services publics.

IndicateurAvantAprès
Indice de Gini0,3740,262
S80 / S206,393,48

Lecture : la redistribution réduit nettement les inégalités (Gini en baisse de 0,112). Effet de seuil : la personne à 14 de revenu avant redistribution finit avec 15,8, moins que celle à 12 (qui termine à 16), parce qu'elle perd 2 de prestation et paie 0,2 d'impôt. Pour 2 de revenu supplémentaire, le gain net est de −0,2 : c'est un taux de prélèvement marginal supérieur à 100 %, la trappe que dénonce la contestation. Cas fictif : il illustre le mécanisme sans estimer un effet réel.

Cas 3 : plan détaillé d'une question problématisée

Sujet : « La redistribution est-elle un instrument efficace de lutte contre les inégalités ? »

Problématique : la redistribution réduit-elle les inégalités sans compromettre la croissance, et à quel prix ?

I. La redistribution, un outil de réduction des inégalités et de protection

  • Objectifs, formes (verticale, horizontale), instruments (prélèvements, prestations, services).
  • Justifications : justice sociale, cohésion, stabilisateurs automatiques.
  • Illustration fictive : Gini de 0,374 à 0,262.

II. Mais un outil coûteux et contesté

  • Désincitations et trappes (effet de seuil du cas 2).
  • Poids des prélèvements : 43,6 % du PIB en 2025, déficit de 5,1 % (Cour des comptes, INSEE).
  • Critique libérale : responsabilité individuelle, compétitivité.

III. Des modèles différents, une efficacité qui dépend du ciblage et du financement

  • Bismarckien, beveridgien ; trois régimes d'Esping-Andersen (1990).
  • Hybridation française.
  • Efficacité : ciblage, lisibilité des barèmes, accompagnement vers l'emploi.

Conclusion : la redistribution réduit les inégalités ; son efficacité dépend de sa conception, non de son seul niveau.

Note au décideur

À l'attention du ministre chargé des comptes publics : « Les prélèvements obligatoires atteignent 43,6 % du PIB en 2025 et le déficit 5,1 % (INSEE et Cour des comptes). Avant de réduire des prestations pour financer la réduction du déficit, mesurez leur effet redistributif (différence entre inégalités avant et après) et corrigez en priorité les effets de seuil qui découragent l'emploi. La cible et le barème comptent autant que le montant. »

Vocabulaire essentiel

  • Risque social : événement qui prive de revenus ou augmente les dépenses et que la collectivité couvre.
  • Redistribution verticale : des plus aisés vers les plus modestes.
  • Redistribution horizontale : entre ménages de même revenu mais de situations différentes.
  • Prélèvements obligatoires : impôts et cotisations sociales.
  • Prestation : versement monétaire ou en nature aux bénéficiaires.
  • Stabilisateur automatique : mécanisme qui amortit les chocs sans nouvelle décision.
  • Trappe à inactivité : situation où reprendre un emploi rapporte peu ou rien.
  • Modèle bismarckien : assurance financée par cotisations, liée à l'emploi.
  • Modèle beveridgien : couverture universelle financée par l'impôt.
  • Démarchandisation : degré d'indépendance vis-à-vis du marché permis par la protection sociale.

Points clés à retenir

  1. Les risques sociaux sont la santé, la vieillesse, la famille, l'emploi, le logement et la pauvreté.
  2. Justifications : justice sociale, efficacité, stabilisation, cohésion ; contestation : désincitation, trappes, coût, critique libérale.
  3. Redistribution verticale (riches vers pauvres) et horizontale (entre situations).
  4. Instruments : prélèvements obligatoires, prestations, services publics.
  5. Modèle bismarckien : cotisations, droits contributifs ; modèle beveridgien : impôt, universalité.
  6. Esping-Andersen (1990) : régimes libéral, conservateur-corporatiste et social-démocrate.
  7. En France, prélèvements de 43,6 % du PIB en 2025 (Cour des comptes) ; dépenses publiques de 57,2 % (INSEE) ou 56,6 % (Cour) : nommer la source.
  8. L'efficacité d'une redistribution se mesure en comparant la situation avant et après.

Pièges fréquents

  1. Confondre prélèvements obligatoires et recettes publiques ou dépenses publiques.
  2. Confondre verticale et horizontale : la première réduit l'inégalité de revenus, la seconde couvre des situations.
  3. Opposer sans nuance bismarckien et beveridgien : la France est mixte.
  4. Dire que la France appartient au modèle social-démocrate : elle est classée conservatrice-corporatiste.
  5. Conclure à l'échec de la redistribution à partir du seul niveau de pauvreté après redistribution.
  6. Ignorer la contestation dans une copie : le programme demande les deux.
  7. Mélanger les dépenses publiques de l'INSEE et de la Cour des comptes.
  8. Présenter la typologie d'Esping-Andersen comme une description exacte de chaque pays.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Quels sont les principaux risques sociaux ? R : La santé, la vieillesse, la famille, l'emploi, le logement et la pauvreté ou l'exclusion.

Q : Quelle différence entre redistribution verticale et horizontale ? R : La verticale transfère des revenus des plus aisés vers les plus modestes (impôt progressif, minima sociaux). L'horizontale transfère entre ménages de même revenu mais de situations différentes (malades, retraités, familles).

Q : Que distingue les modèles bismarckien et beveridgien ? R : Le premier est une assurance financée par cotisations, liée à l'emploi, avec des prestations proportionnelles aux revenus ; le second est universel, financé par l'impôt, avec des prestations plutôt forfaitaires.

Q : Quels sont les trois régimes d'Esping-Andersen ? R : Libéral (aides ciblées), conservateur-corporatiste (assurance liée à l'emploi et au statut) et social-démocrate (universel et généreux), présentés dans Les trois mondes de l'État-providence (1990).

Q : Quels arguments contestent la redistribution ? R : La désincitation au travail et à l'épargne, les trappes à inactivité, le poids des prélèvements sur la compétitivité et la critique libérale de la responsabilité individuelle.

Q : Pourquoi le taux de prélèvements obligatoires de 43,6 % ne mesure-t-il pas toutes les ressources de l'État ? R : Il ne compte que les impôts et cotisations obligatoires rapportés au PIB. Les recettes publiques comprennent aussi d'autres ressources, et les dépenses sont en partie financées par le déficit.

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