Les modes de preuve, leur force probante et leur recevabilité
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 1 « Fondamentaux du droit », partie 3 « Appliquer le cadre juridique adapté à une situation professionnelle », sous-partie 3.4 « Établir la preuve des droits ».
Pourquoi c'est central à l'examen : le cas pratique demande d'apprécier la recevabilité et la force probante des pièces d'un dossier : un contrat signé, une copie numérisée, un courriel, un enregistrement, un témoignage. Les textes de 2016 (acte sous signature privée, copie fiable) et la jurisprudence de 2023 sur la preuve déloyale sont attendus ; les anciennes formules (acte sous seing privé, copie fidèle et irréversible) sont fausses.
01Deux notions à ne pas confondre
| Notion | Question posée | Exemple |
|---|---|---|
| Recevabilité | Le moyen de preuve peut-il être présenté au juge ? (légalité, loyauté, mode admis pour cet objet) | Un témoignage est irrecevable pour prouver, seul, un acte de 4 000 euros ; un enregistrement obtenu à l'insu de l'autre partie pose la question de la loyauté |
| Force probante | Quelle valeur le juge doit-il lui accorder ? | Un acte authentique fait foi jusqu'à inscription de faux ; un témoignage est laissé à l'appréciation du juge |
La réponse suit toujours cet ordre : le moyen est-il recevable ? puis quelle est sa force probante ?
02L'acte authentique
Définition. L'acte authentique est celui qui a été reçu, avec les solennités requises, par un officier public ayant compétence et qualité pour instrumenter (par exemple un notaire). Il peut être dressé sur support électronique s'il est établi et conservé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État ; reçu par un notaire, il est dispensé de toute mention manuscrite exigée par la loi (code civil, art. 1369).
Force probante. Il fait foi jusqu'à inscription de faux de ce que l'officier public dit avoir personnellement accompli ou constaté ; en cas d'inscription de faux, le juge peut suspendre l'exécution de l'acte (art. 1371). Il ne suffit donc pas de le contester : il faut engager la procédure d'inscription de faux, spécifique.
Acte irrégulier. L'acte qui n'est pas authentique du fait de l'incompétence ou de l'incapacité de l'officier, ou d'un défaut de forme, vaut comme écrit sous signature privée s'il a été signé des parties (art. 1370).
03L'acte sous signature privée
L'acte sous signature privée (on n'écrit plus « sous seing privé ») est un écrit signé des parties, établi sans officier public.
3.1 La signature et l'écrit
- L'écrit consiste en une suite de lettres, caractères, chiffres ou autres signes dotés d'une signification intelligible, quel que soit leur support (art. 1365).
- La signature identifie son auteur et manifeste son consentement aux obligations qui découlent de l'acte (art. 1367). Lorsqu'elle est électronique, elle consiste en l'usage d'un procédé fiable d'identification garantissant son lien avec l'acte ; la fiabilité est présumée jusqu'à preuve contraire si la signature est créée, l'identité du signataire assurée et l'intégrité de l'acte garantie dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État.
- L'écrit électronique a la même force probante que l'écrit papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane et qu'il soit établi et conservé dans des conditions garantissant son intégrité (art. 1366).
À retenir
Renvoi UE 8 : la signature électronique et le certificat numérique sont étudiés en UE 8.
3.2 La force probante
- Reconnu par la partie à laquelle on l'oppose, ou légalement tenu pour reconnu, l'acte fait foi entre ceux qui l'ont souscrit et à l'égard de leurs héritiers (art. 1372).
- La partie à laquelle on l'oppose peut désavouer son écriture ou sa signature : il y a alors vérification d'écriture (art. 1373).
- Date certaine à l'égard des tiers : elle ne s'acquiert que du jour de l'enregistrement, de la mort d'un signataire ou du jour où la substance de l'acte est constatée dans un acte authentique (art. 1377).
3.3 Deux formalités de validité probatoire
| Formalité | Règle | Texte |
|---|---|---|
| Double original | L'acte qui constate un contrat synallagmatique ne fait preuve que s'il a été fait en autant d'originaux qu'il y a de parties ayant un intérêt distinct, chaque original mentionnant leur nombre (sauf remise de l'unique exemplaire à un tiers). Celui qui a exécuté le contrat, même partiellement, ne peut pas se prévaloir du défaut. L'exigence est réputée satisfaite pour un contrat électronique établi et conservé conformément aux articles 1366 et 1367 si chaque partie peut disposer d'un exemplaire ou y avoir accès | art. 1375 |
| Mention manuscrite | L'acte par lequel une seule partie s'engage à payer une somme d'argent ou à livrer un bien fongible ne fait preuve que s'il comporte la signature de celui qui s'engage et la mention, écrite par lui-même, de la somme en toutes lettres et en chiffres. En cas de différence, l'acte vaut preuve pour la somme écrite en toutes lettres | art. 1376 |
À retenir
Hors programme UE 1 : l'acte contresigné par avocats (art. 1374).
04La copie fiable
Principe. La copie fiable a la même force probante que l'original. Sa fiabilité est laissée à l'appréciation du juge, avec trois niveaux (art. 1379) :
| Copie | Fiabilité |
|---|---|
| Copie exécutoire ou authentique d'un écrit authentique | Réputée fiable |
| Copie résultant d'une reproduction à l'identique de la forme et du contenu de l'acte, dont l'intégrité est garantie dans le temps par un procédé conforme à des conditions fixées par décret en Conseil d'État | Présumée fiable jusqu'à preuve contraire (présomption simple) |
| Autre copie | Appréciation libre du juge |
Les conditions techniques sont fixées par le décret n° 2016-1673 du 5 décembre 2016 : reproduction entraînant une modification irréversible du support, ou procédé électronique conforme. Si l'original subsiste, sa présentation peut toujours être exigée (art. 1379).
À retenir
Le programme parle de « copie fidèle et irréversible », formule de l'ancien article 1348 : la notion actuelle est la copie fiable. Une copie numérisée n'est pas automatiquement fiable : tout dépend du procédé.