La société par actions simplifiée (SAS) et la SAS unipersonnelle (SASU)
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 2 « Droit des affaires », partie 3 « Appliquer le cadre juridique adapté à une situation professionnelle », sous-partie 3.2 « Identifier la forme sociétaire adaptée à la situation du client ».
Pourquoi c'est central à l'examen : la société par actions simplifiée est la forme la plus souple et la plus choisie par les entrepreneurs qui accueillent des investisseurs. Les situations pratiques testent les limites de la liberté statutaire (décisions collectives obligatoires, majorités requises pour adopter certaines clauses), les pouvoirs du président et le statut de la SAS unipersonnelle.
01Qualifier la SAS
1.1 Définition
La société par actions simplifiée (SAS) peut être instituée par une ou plusieurs personnes qui ne supportent les pertes qu'à concurrence de leur apport (article L227-1 du code de commerce). Lorsqu'elle ne compte qu'une personne, celle-ci est dénommée associé unique et la société est une SAS unipersonnelle (SASU), qui n'est pas une forme distincte.
Le principe : liberté statutaire. Les statuts fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée (L227-5). Les règles de la SA ne s'appliquent que dans la mesure où elles sont compatibles avec le chapitre propre à la SAS, et à l'exception d'un bloc de dispositions (notamment celles sur le capital minimum de 37 000 €, l'administration et les assemblées de la SA : L227-1).
| Caractéristique | Règle |
|---|---|
| Associés | Un ou plusieurs, sans maximum légal |
| Capital | Libre (pas de minimum légal : l'article L224-2 sur les 37 000 € est écarté) |
| Libération | Numéraire libéré de la moitié au moins à la souscription, solde dans les cinq ans de l'immatriculation (entreprendre.service-public.gouv.fr, fiche « SAS ») |
| Apports | Numéraire, nature, industrie (actions inaliénables émises en contrepartie d'un apport en industrie, L227-1) |
| Offre au public | Interdite : la SAS ne peut faire d'offre au public de titres financiers ni demander l'admission de ses actions sur un marché réglementé (L227-2), sous réserve de quelques offres limitées expressément visées par la loi |
| Dirigeant obligatoire | Un président |
| Commissaire aux comptes (CAC) | Obligatoire au-delà de deux des trois seuils (5 M€, 10 M€, 50 salariés), L227-9-1 et D227-1 renvoyant à D221-5 |
1.2 Les apports
- Commissaire aux apports : comme en SARL, les futurs associés peuvent décider à l'unanimité de ne pas y recourir si aucun apport en nature ne dépasse 30 000 € et si leur total n'excède pas la moitié du capital ; à défaut de commissaire, les associés sont solidairement responsables pendant cinq ans envers les tiers de la valeur des apports (L227-1).
- Pour une SASU, le commissaire est désigné par l'associé unique, et n'est pas obligatoire dans les cas de dispense (dont celui de l'entrepreneur individuel qui apporte des éléments figurant dans son dernier bilan).
02La direction : le président
2.1 Un dirigeant obligatoire, personne physique ou morale
La société est représentée à l'égard des tiers par un président désigné dans les conditions prévues par les statuts (L227-6). Le président peut être une personne physique ou une personne morale ; si c'est une personne morale, ses dirigeants sont soumis aux mêmes conditions et obligations et encourent les mêmes responsabilités civile et pénale que s'ils étaient président en leur nom propre, sans préjudice de la responsabilité solidaire de la personne morale (L227-7).
Les modalités de nomination, de durée, de révocation et de rémunération du président sont librement fixées par les statuts. Ce point distingue la SAS de la SARL et de la SA, où la loi encadre ces règles.
2.2 Les pouvoirs
| Rapports | Règle (L227-6) |
|---|---|
| Envers les tiers | Le président est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir au nom de la société, dans la limite de l'objet social ; la société est engagée même par les actes hors objet social, sauf si elle prouve que le tiers savait ou ne pouvait ignorer le dépassement (la seule publication des statuts ne suffit pas) |
| Limitations statutaires | Inopposables aux tiers |
| Directeurs généraux | Les statuts peuvent prévoir que d'autres personnes, portant le titre de directeur général ou de directeur général délégué, exercent les pouvoirs du président |
| Entre associés | Les statuts peuvent limiter les pouvoirs du président et les subordonner à l'accord des associés ; la violation de ces limites engage sa responsabilité |
2.3 Responsabilité et statut social
- Les règles qui fixent la responsabilité des administrateurs et des membres du directoire de SA s'appliquent au président et aux dirigeants de la SAS (L227-8) : responsabilité civile pour infractions, violations des statuts et fautes de gestion, avec les actions individuelle et sociale et la prescription de trois ans (cours 14).
- Statut social, en qualification seulement : le président (comme le directeur général) est assimilé salarié ; le président d'une SASU l'est aussi, y compris lorsqu'il est l'associé unique.
- Le cumul d'un contrat de travail et d'un mandat social suit les conditions générales de la jurisprudence (emploi effectif, fonctions techniques distinctes, lien de subordination).
03Les décisions collectives
La liberté statutaire a pourtant une limite impérative (L227-9) :
- les statuts déterminent les décisions qui doivent être prises collectivement par les associés, dans les formes et conditions qu'ils prévoient (assemblée, consultation écrite, acte, visioconférence...) ;
- mais certaines attributions des assemblées de SA doivent être exercées collectivement par les associés, dans les conditions fixées par les statuts : augmentation, amortissement ou réduction du capital, fusion, scission, dissolution, transformation en une société d'une autre forme, nomination des commissaires aux comptes, comptes annuels et affectation des bénéfices.
| Point | Règle |
|---|---|
| Associé unique | Il approuve les comptes dans les six mois de la clôture, après rapport du commissaire aux comptes s'il en existe un ; ses décisions sont consignées dans un registre ; il ne peut déléguer ses pouvoirs. S'il est aussi président, le dépôt des comptes au registre du commerce et des sociétés (RCS) dans ce délai vaut approbation |
| Majorités | Fixées librement par les statuts, y compris des règles de pondération des voix |
| Transformation d'une société en SAS | Décision prise à l'unanimité des associés (L227-3) |
| Réunion de toutes les actions en une main | Pas de dissolution judiciaire possible (L227-4) : c'est ainsi que naît la SASU |