DCG UE4 : Imposition des bénéfices (BIC, IS)

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Amortissements et provisions : le traitement fiscal en BIC

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 4 « Droit fiscal », partie 2 « Conduire les obligations fiscales du cycle d'exploitation d'une entreprise », sous-partie 2.2 « Déterminer le résultat imposable dans le cadre des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) et mesurer les impacts sur l'entité et les personnes physiques liées ».

Pourquoi c'est central à l'examen : amortissements et provisions sont, avec les charges non déductibles, la principale source de retraitements du tableau de passage. L'épreuve de 3 h fournit généralement tous les montants (annuités, plafonds) et demande de repérer ce qui est déductible, ce qui est réintégré et ce qui est perdu.

01L'amortissement fiscal

1.1 Principe

L'amortissement constate la perte de valeur d'un bien qui s'use, se périme ou devient obsolète. Il est déductible du résultat fiscal à trois conditions :

  1. le bien est inscrit à l'actif de l'entreprise et se déprécie réellement ;
  2. l'amortissement est comptabilisé ;
  3. il est calculé sur une durée d'utilisation réaliste (la durée « d'usage » de la profession) et à partir de la base du bien : le coût d'acquisition, y compris la TVA lorsqu'elle n'est pas récupérable.

Les dotations aux amortissements (compte 6811) sont donc, en principe, une charge déductible. Les écarts avec les règles fiscales sont gérés, selon le cas, par un amortissement dérogatoire (§ 3) ou par des retraitements extra-comptables.

1.2 Le mode linéaire

L'annuité est égale à la base multipliée par le taux d'amortissement, soit l'inverse de la durée. Pour un bien de 60 000 € amorti sur 5 ans, l'annuité pleine est de 60 000 × 20 % = 12 000 €. La première annuité est calculée prorata temporis à partir de la mise en service ; pour un bien acquis le 1er juillet, l'annuité du premier exercice porte sur 6 mois (6 000 €).

1.3 Le mode dégressif

L'amortissement dégressif est une faculté fiscale ouverte, sous conditions, pour certains biens neufs (matériels et outillages, notamment) dont la durée normale d'utilisation est d'au moins trois ans.

Durée normale d'utilisationCoefficient
3 ou 4 ans1,25
5 ou 6 ans1,75
Plus de 6 ans2,25
  • Le taux dégressif est le taux linéaire multiplié par le coefficient. Pour 5 ans : 20 % × 1,75 = 35 %.
  • Il s'applique chaque année à la valeur nette comptable restante, pas à la base d'origine.
  • La première annuité est calculée à partir du premier jour du mois d'acquisition jusqu'à la clôture.
  • Basculement en linéaire : dès que l'annuité linéaire de la période restante (valeur nette divisée par la durée restant à courir) est supérieure à l'annuité dégressive, on pratique la première.

À retenir

L'énoncé fournit toujours les annuités fiscales dans les cas d'amortissement irrégulièrement différé (programme UE 4). Savoir les recalculer reste un plus, utile pour contrôler les chiffres.

02Le décalage entre amortissement comptable et amortissement fiscal

Le plan comptable impose un amortissement selon le rythme de consommation des avantages économiques, souvent linéaire. La fiscalité autorise ici un dégressif plus rapide. Pour déduire l'excédent, il faut le comptabiliser : c'est le rôle de l'amortissement dérogatoire.

03L'amortissement dérogatoire

ÉlémentPrécision
NatureProvision réglementée = écart entre amortissement fiscal et amortissement comptable
Au bilanCompte 145 « Amortissements dérogatoires » (capitaux propres, provisions réglementées)
DotationCompte 68725 « Amortissements dérogatoires » (charges exceptionnelles)
RepriseCompte 78725 « Amortissements dérogatoires » (produits exceptionnels)
Cycle de vieDotation les premières années (dégressif supérieur au linéaire), reprise ensuite ; le solde du compte 145 revient à zéro à la fin de la durée d'amortissement

Fiscalement, la dotation est déductible et la reprise imposable : comme elles figurent dans le résultat comptable, aucun retraitement n'est nécessaire.

04L'amortissement minimal et les amortissements différés

4.1 La règle de l'amortissement minimal

À la clôture de chaque exercice, le cumul des amortissements effectivement pratiqués depuis l'acquisition du bien ne peut pas être inférieur au cumul des amortissements linéaires calculés sur la durée normale d'utilisation.

4.2 Deux catégories d'amortissements différés

ARD : amortissement régulièrement différéAID : amortissement irrégulièrement différé
SituationL'entreprise n'a pas pratiqué toute la dotation possible, mais le cumul pratiqué reste au moins égal au minimum linéaireLe cumul pratiqué est inférieur au minimum linéaire
ConséquenceL'amortissement non pratiqué reste déductible plus tardLa fraction manquante par rapport au minimum est définitivement perdue
RéparationPossible (modalités de rattrapage hors programme)Impossible : un rattrapage comptable ultérieur est réintégré

À retenir

Hors programme UE 4 : le rattrapage de l'amortissement différé par système d'étalement n'est pas étudié.

4.3 La méthode d'analyse

Pour chaque exercice, on dresse trois lignes :

  1. l'amortissement maximum admis fiscalement (linéaire ou dégressif, selon le mode retenu) ;
  2. le cumul minimum exigé (cumul des annuités linéaires) ;
  3. le cumul réellement comptabilisé.

Si le cumul comptabilisé est inférieur au cumul minimum, l'écart est un AID. L'ARD est la différence entre le maximum admis et le plus élevé du cumul comptabilisé et du cumul minimum (cas 2, scénarios B et C).

05Les véhicules de tourisme

Les véhicules de tourisme sont l'exemple type d'amortissement partiellement déductible. Le prix d'acquisition est pris en compte jusqu'à un plafond qui dépend du taux d'émission de dioxyde de carbone (CO2) du véhicule : plus il émet, plus le plafond est bas. Le plafond applicable, ainsi que le seuil de CO2 qui le détermine, sont fournis par l'énoncé.

Mécanisme :

  1. l'entreprise amortit en comptabilité le prix complet ;
  2. la fraction de chaque annuité correspondant à la partie du prix qui excède le plafond est réintégrée dans le résultat fiscal ;
  3. fraction déductible = annuité × plafond ÷ prix d'acquisition ;
  4. à la revente, la fraction d'amortissement exclue des charges est retenue pour la détermination de la plus-value ou de la moins-value (cours 16).

06Les provisions

6.1 Le principe

Une provision constate une perte ou une charge probable à la clôture. Elle n'est déductible que si les quatre conditions suivantes sont réunies :

  1. la perte ou la charge est nettement précisée ;
  2. elle est rendue probable par des événements en cours à la clôture de l'exercice ;
  3. la provision est comptabilisée ;
  4. la charge, si elle se réalisait, serait elle-même déductible.

6.2 Provisions déductibles et non déductibles

ProvisionTraitementRaison
Dépréciation d'une créance client douteuse, avec éléments probantsDéductiblePerte précisée et probable
Dépréciation d'un stock dont la valeur d'inventaire est inférieure au coûtDéductiblePerte précisée
Litige en cours avec une demande chiffréeDéductibleCharge précisée
Provision pour amende ou pénalitéNon déductible : à réintégrerLa charge future ne serait pas déductible
Provision pour risques généraux sans objet précisNon déductible : à réintégrerRisque éventuel, non précisé
Provision pour perte de changeNon déductible en tant que telle (la perte latente est déduite par ailleurs)Cours 14

Quand une provision non déductible est reprise, la reprise est un produit non imposable : on la déduit.

6.3 Les provisions réglementées

Le programme limite l'étude à deux provisions réglementées :

  • les amortissements dérogatoires (§ 3) ;
  • la provision pour hausse des prix, qui permet de déduire, par dérogation, une provision pour faire face à la hausse du coût de certains stocks. Le mécanisme seul est attendu, pas la formule de calcul. Elle est reprise dans un délai de six ans après sa constitution (la provision constituée au titre de N est reprise en N+6) ; la reprise anticipée est facultative ; elle devient obligatoire en cas de cession ou de cessation d'activité, mais pas en cas de baisse des prix.

Exemples corrigés

Cas 1 : amortissement dégressif et amortissement dérogatoire

Le 1er juillet N, une entreprise acquiert un matériel neuf de 60 000 € HT (TVA récupérable). Durée d'utilisation : 5 ans. Comptablement, elle amortit en linéaire ; fiscalement, elle choisit le dégressif (coefficient de 1,75 pour 5 ans, soit 35 %). Clôture le 31 décembre.

Annuités fiscales dégressives

ExerciceBase de calculAnnuité linéaire sur la durée restanteAnnuité dégressive (35 %)Annuité retenue
N (6 mois)60 000,00
60 000 × 35 % × 6/12 = 10 500,0010 500,00
N+149 500,0049 500 / 4,5 = 11 000,0017 325,0017 325,00
N+232 175,0032 175 / 3,5 = 9 192,8611 261,2511 261,25
N+320 913,7520 913,75 / 2,5 = 8 365,507 319,818 365,50 (linéaire)
N+412 548,2512 548,25 / 1,5 = 8 365,504 391,898 365,50
N+5 (6 mois)4 182,75
4 182,75
Total
60 000,00

Dotations et reprises dérogatoires (comptable : 6 000 la première année, 12 000 ensuite, 6 000 la dernière)

ExerciceAmortissement comptable linéaireAmortissement fiscalDotation (+) ou reprise (−)Solde du compte 145
N6 000,0010 500,00+ 4 500,004 500,00
N+112 000,0017 325,00+ 5 325,009 825,00
N+212 000,0011 261,25− 738,759 086,25
N+312 000,008 365,50− 3 634,505 451,75
N+412 000,008 365,50− 3 634,501 817,25
N+56 000,004 182,75− 1 817,250,00

Écriture de l'exercice N

CompteLibelléDébitCrédit
68725Amortissements dérogatoires (dotation)4 500,00
145Amortissements dérogatoires
4 500,00
Totaux4 500,004 500,00

Aucun retraitement extra-comptable n'est nécessaire : la dotation dérogatoire est déductible, les reprises sont imposables. L'avantage est un décalage de trésorerie : 4 500 € et 5 325 € de charges supplémentaires déduites en N et N+1, rattrapées ensuite.

À retenir

Écrit au dirigeant : « Le dégressif accélère vos déductions sur les deux premières années (déduction supplémentaire de 9 825 € au total), ce qui réduit votre impôt immédiat. Il n'ajoute aucune déduction sur la durée complète : les reprises dérogatoires reportent la même somme en bénéfice imposable plus tard. Il a donc un intérêt de trésorerie, d'autant plus fort que vos bénéfices sont aujourd'hui élevés. »

Cas 2 : amortissement minimal, ARD et AID

Le 1er janvier N, une entreprise acquiert un matériel neuf de 60 000 € ; durée de 5 ans ; mode fiscal dégressif de 35 %. L'énoncé fournit :

  • l'annuité linéaire (minimum exigé) : 12 000 € par an ;
  • l'annuité dégressive N (maximum admis) : 60 000 × 35 % = 21 000 €.

On compare trois comptabilisations possibles pour l'exercice N :

Scénario AScénario BScénario C
Amortissement maximum admis21 00021 00021 000
Cumul minimum exigé12 00012 00012 000
Amortissement comptabilisé21 00015 0008 000
Le minimum est-il respecté ?OuiOui (15 000 ≥ 12 000)Non (8 000 < 12 000)
ARD (récupérable)021 000 − 15 000 = 6 00021 000 − 12 000 = 9 000
AID (perdu)0012 000 − 8 000 = 4 000
Amortissement déductible en N21 00015 0008 000

Dans le scénario C, si l'entreprise comptabilise ensuite en N+1 un rattrapage de 4 000 €, cette dotation supplémentaire est réintégrée : l'AID est perdu de façon définitive.

À retenir

Conclusion argumentée : « Ne descendez jamais sous l'amortissement linéaire minimal : au-dessous, la fraction manquante est une perte fiscale définitive de 4 000 € de déduction, soit à 25 % un impôt supplémentaire d'environ 1 000 € si vous êtes à l'impôt sur les sociétés. Entre le minimum et le maximum, vous pouvez moduler votre dotation (par exemple en année déficitaire) sans rien perdre. »

Cas 3 : un véhicule de tourisme plafonné

Le 1er janvier N, une entreprise acquiert une voiture de tourisme de 42 000 € TTC (TVA non récupérable). Elle l'amortit en comptabilité sur 5 ans (annuité de 8 400 €). Le plafond fiscal applicable, fourni par l'énoncé, est de 18 300 €. Le véhicule est vendu le 1er janvier N+4 pour 20 000 €.

CalculMontant
Annuité comptable42 000 × 20 % = 8 400,00
Fraction déductible de l'annuité8 400 × 18 300 / 42 000 = 3 660,00
Fraction à réintégrer chaque année8 400 − 3 660 = 4 740,00
Amortissements admis en déduction sur 4 ans3 660 × 4 = 14 640,00
Amortissements exclus (réintégrés) sur 4 ans4 740 × 4 = 18 960,00
Valeur nette comptable à la cession42 000 − 4 × 8 400 = 8 400,00
Plus-value20 000 − 8 400 = 11 600,00

La plus-value de 11 600 € n'excède pas le total des amortissements (14 640 + 18 960 = 33 600 €) : elle est donc entièrement à court terme (cours 16).

À retenir

Écrit au dirigeant : « Votre véhicule n'est déductible qu'à hauteur de 18 300 € sur 42 000 €, soit environ 44 % : vous réintégrez 4 740 € par an, soit 18 960 € sur quatre ans. À la revente, la fraction d'amortissement refusée est tout de même prise en compte pour calculer la plus-value : celle-ci est imposable en totalité au court terme. Un véhicule de gamme moins coûteuse ou moins émissive limiterait ces réintégrations. »

Vocabulaire essentiel

TermeDéfinition
Amortissement linéaireDotation annuelle constante, base ÷ durée
Amortissement dégressifDotation calculée sur la valeur nette, au taux linéaire multiplié par un coefficient
Amortissement dérogatoireProvision réglementée égale à l'écart entre l'amortissement fiscal et l'amortissement comptable (compte 145)
Amortissement minimalCumul des annuités linéaires, qui doit toujours être atteint
ARDAmortissement régulièrement différé : déductible plus tard
AIDAmortissement irrégulièrement différé : définitivement perdu
Provision réglementéeProvision autorisée par la loi fiscale sans que le risque soit certain
Plafond de déductibilitéPrix maximal retenu pour l'amortissement d'un véhicule de tourisme

Points clés à retenir

  1. Un amortissement n'est déductible que s'il est comptabilisé.
  2. Dégressif : taux linéaire × coefficient (1,25 pour 3 ou 4 ans, 1,75 pour 5 ou 6 ans, 2,25 au-delà) appliqué à la valeur nette, avec bascule en linéaire quand l'annuité linéaire restante est supérieure.
  3. L'excédent fiscal est porté en amortissement dérogatoire (dotation 68725, reprise 78725, compte 145) ; son solde revient à zéro.
  4. Amortissement minimal = cumul des annuités linéaires.
  5. ARD : minimum respecté, déduction différée mais récupérable ; AID : minimum non respecté, fraction manquante perdue.
  6. Véhicule de tourisme : réintégrer la fraction d'annuité afférente à la partie du prix au-delà du plafond fourni ; cette fraction est retenue dans le calcul de la plus-value.
  7. Une provision est déductible si elle est précise, probable, comptabilisée et afférente à une charge déductible.
  8. Provisions réglementées : amortissements dérogatoires et provision pour hausse des prix (mécanisme seul).

Pièges fréquents

  1. Appliquer le taux dégressif à la base d'origine : il s'applique à la valeur nette restante.
  2. Oublier la première annuité prorata temporis (6 mois pour une acquisition au 1er juillet).
  3. Ne pas basculer en linéaire quand l'annuité linéaire de la durée restante dépasse l'annuité dégressive.
  4. Confondre ARD et AID : l'ARD est récupérable, l'AID est perdu.
  5. Prétendre rattraper un AID : tout rattrapage comptable est réintégré.
  6. Réintégrer toute l'annuité d'un véhicule de tourisme au lieu de la seule fraction afférente à l'excédent du prix sur le plafond.
  7. Oublier que la fraction exclue est retenue à la revente.
  8. Déduire une provision pour amende ou pour risque général.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Comment calcule-t-on la première annuité dégressive d'un bien acquis en cours d'année ? R : On applique le taux dégressif à la base, au prorata du nombre de mois entre le premier jour du mois d'acquisition et la clôture. Pour 60 000 € à 35 % acquis le 1er juillet : 60 000 × 35 % × 6/12 = 10 500 €.

Q : Pourquoi constate-t-on un amortissement dérogatoire ? R : Parce que la loi fiscale autorise un amortissement plus rapide que celui du plan comptable. Pour que l'excédent soit déductible, il doit être comptabilisé : on le porte en dotation aux amortissements dérogatoires (68725), au crédit du compte 145.

Q : Quelle est la différence entre un ARD et un AID ? R : Dans les deux cas, l'entreprise n'a pas pratiqué toute la dotation possible. Si le cumul pratiqué reste au moins égal au minimum linéaire, l'amortissement différé est régulier (ARD) et reste déductible plus tard ; sinon, la fraction manquante par rapport au minimum est irrégulièrement différée (AID) et définitivement perdue.

Q : Comment traite-t-on la fraction d'amortissement d'un véhicule qui dépasse le plafond ? R : Elle est réintégrée chaque année : fraction à réintégrer = annuité × (prix − plafond) ÷ prix. À la revente, elle reste prise en compte pour déterminer la plus-value.

Q : Une provision pour risques généraux est-elle déductible ? R : Non : le risque doit être précisé et probable. Elle est réintégrée à la constitution et, à la reprise, la reprise est déduite.

Q : La formule de calcul de la provision pour hausse des prix est-elle attendue à l'examen ? R : Non : le programme attend le mécanisme (constitution déductible, reprise six ans plus tard, reprise anticipée facultative, obligatoire en cas de cession ou de cessation), pas la formule.

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