La TVA : opérations particulières et immobilier
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 4 « Droit fiscal », partie 2 « Conduire les obligations fiscales du cycle d'exploitation d'une entreprise », sous-partie 2.1 « Conduire le processus de la TVA dans le cadre des différents régimes d'imposition ».
Pourquoi c'est central à l'examen : les opérations « hors flux courant » (vente d'une machine, prélèvement d'un bien, location d'un immeuble, vente d'un bâtiment) sont des classiques des situations pratiques de l'écrit de 3 h : il faut les qualifier, chiffrer la TVA et mesurer l'effet sur la TVA déduite à l'origine. Limites officielles : les régularisations globales sont limitées aux immobilisations et aux incidences sur le cédant ; celles qui concernent le cessionnaire ne sont pas étudiées ; les régularisations pour changement d'affectation ou de régime ne sont pas étudiées.
01La cession de biens usagés
1.1 Le principe : la vente d'un bien d'occasion de l'entreprise
Les ventes de biens usagés réalisées par une entreprise qui les a utilisés pour ses besoins sont en principe exonérées de TVA, sauf si le bien a ouvert droit à déduction, complète ou partielle, de la TVA lors de son achat (article 261, 3 du CGI). En pratique :
| Situation du bien cédé | TVA sur la cession |
|---|---|
| A ouvert droit à déduction (complète ou partielle) à l'acquisition | Taxable : la cession est soumise à la TVA sur le prix de vente |
| N'a pas ouvert droit à déduction (par exemple véhicule de tourisme exclu) | Exonérée |
À retenir
Règle de bon sens : l'État reprend la TVA à la sortie d'un bien dont il a accepté la déduction à l'entrée.
1.2 Les conséquences comptables
La cession d'une immobilisation est un produit (cours UE 9) : la TVA collectée est calculée sur le prix de cession ; si le bien avait ouvert droit à déduction partielle, une déduction complémentaire peut s'ajouter (§ 5).
02Les livraisons à soi-même (LASM)
Une livraison à soi-même de biens est une opération par laquelle l'entreprise se livre à elle-même un bien : elle est assimilée à une livraison à titre onéreux (article 257, II, 1) et donc imposable, pour neutraliser une déduction de TVA obtenue pour un bien qui ne sert plus l'activité taxée.
| Cas de LASM de biens (article 257, II, 1) | Exemples |
|---|---|
| Prélèvement d'un bien de l'entreprise pour ses besoins privés ou ceux du personnel, ou cession gratuite, lorsque le bien ou ses éléments ont ouvert droit à déduction | Un entrepreneur prélève une marchandise pour sa famille |
| Affectation d'un bien à un secteur exonéré sans droit à déduction, lorsqu'il a ouvert droit à déduction | Un matériel passe d'une activité taxée à une activité exonérée |
| Détention de biens à la cessation de l'activité taxable, lorsque ces biens ont ouvert droit à déduction | Stock restant en fin d'activité |
Exceptions : les cadeaux de faible valeur et les échantillons donnés pour les besoins de l'entreprise (article 257, II, 1, 1°). La valeur limite est fixée par arrêté, par objet et par an pour un même bénéficiaire ; elle est de 73 € TTC depuis 2021 (annexe IV au CGI, article 28-00 A), frais d'emballage et d'envoi compris ; pour un même bénéficiaire, les cadeaux de l'année se cumulent ; elle fait l'objet d'une réévaluation quinquennale : l'énoncé la précise.
Base : le prix d'achat des biens ou de biens similaires ou, à défaut, leur prix de revient, déterminé au moment où la taxe devient exigible (article 266, 1, c). L'entreprise collecte la TVA de la LASM et la déduit le cas échéant selon les règles usuelles (neutre ou non).
L'utilisation d'un bien de l'entreprise pour des besoins privés (prestation assimilée, article 257, II, 2) est traitée de façon voisine ; elle n'est qu'évoquée au programme.
03Les locations d'immeubles
| Location | Régime | Texte |
|---|---|---|
| Locaux nus à usage d'habitation | Exonérée, option impossible | Articles 261 D, 2° et 260, 2° |
| Locaux nus à usage professionnel (bureaux, entrepôts) | Exonérée, mais option possible pour la TVA | Articles 261 D, 2° et 260, 2° |
| Locaux meublés à usage d'habitation, location occasionnelle, permanente ou saisonnière | Exonérée, sauf prestations de type hôtelier | Article 261 D, 4° |
| Hébergement hôtelier ou para-hôtelier (durée d'au plus trente nuitées, local meublé, au moins trois services parmi petit déjeuner, nettoyage régulier, linge, accueil) | Imposable, taux de 10 % | Articles 261 D, 4° b et 279 |
L'option pour les locaux nus professionnels (article 260, 2°) :
| Avantage | Inconvénient |
|---|---|
| Le bailleur déduit la TVA sur l'immeuble (acquisition, travaux) et sur les charges | Les loyers sont soumis à TVA : le locataire doit pouvoir la déduire (il perd s'il est exonéré) |
| Neutre pour un locataire assujetti avec droit à déduction complet | Régularisations possibles si l'activité du locataire évolue ou si l'immeuble est cédé |
04La TVA immobilière : les cessions
Les opérations qui concourent à la production ou à la livraison d'immeubles sont taxables par détermination de la loi (article 257, I). Les définitions utiles :
| Notion | Définition |
|---|---|
| Terrain à bâtir | Terrain sur lequel des constructions peuvent être autorisées selon un plan local d'urbanisme, un document d'urbanisme en tenant lieu, une carte communale ou la règle de constructibilité limitée (article 257, I, 2, 1°) |
| Immeuble neuf | Immeuble achevé depuis cinq ans au plus, ou résultant de travaux qui l'ont rendu à l'état neuf (article 257, I, 2, 2°) |
| Cession | TVA | Texte |
|---|---|---|
| Terrain à bâtir | Imposable de plein droit ; base : prix total, ou marge si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction (article 268) | Article 257, I |
| Immeuble neuf (achevé depuis cinq ans au plus) | Imposable de plein droit, sur le prix total | Article 257, I |
| Immeuble achevé depuis plus de cinq ans | Exonérée, sauf option (article 260, 5° bis) ; en cas d'option, la marge s'applique si l'acquisition n'avait pas ouvert droit à déduction | Article 261, 5, 2° |
| Terrain non à bâtir (terre agricole, etc.) | Exonérée | Article 261, 5, 1° |
À retenir
Pour les immeubles hors TVA, ce sont les droits d'enregistrement qui s'appliquent à l'acquéreur (cours 03). Pour les immeubles soumis à TVA, le régime des droits est différent et n'est pas étudié ici.