Les asymétries d'information : sélection adverse, aléa moral et réponses
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 2 « Comprendre le fonctionnement des marchés », sous-partie 2.3 « Repérer l'existence de défaillances de marché et leurs modalités de régulation ».
Pourquoi c'est central à l'examen : l'information est au cœur des marchés de l'assurance, du crédit, de l'occasion et des relations entre dirigeants et actionnaires. Le programme demande de repérer les asymétries d'information et d'en appréhender les conséquences : ce cours donne la grille et les réponses, en lien avec l'audit et la régulation financière.
01Le problème : quand l'information n'est pas partagée
Dans la concurrence pure et parfaite, l'information est transparente : tous connaissent les prix et la qualité (cours 05). Il y a asymétrie d'information quand l'une des parties à une transaction en sait plus que l'autre sur la qualité du bien ou sur ses propres intentions.
| Sélection adverse | Aléa moral | |
|---|---|---|
| Moment | Avant la transaction ou le contrat | Après la signature du contrat |
| Information cachée | Les caractéristiques (qualité, risque) de l'une des parties | Le comportement de l'une des parties |
| Exemple | Le vendeur d'une voiture connaît ses défauts, l'acheteur non | L'assuré est moins prudent une fois couvert |
| Mécanisme | Les « mauvais » types évincent les « bons » | La partie protégée prend plus de risques |
À retenir
Le programme ne cite aucun auteur pour ce point. Akerlof et Spence peuvent illustrer (prix Nobel d'économie 2001 pour Akerlof, Spence et Stiglitz), sans développement.
02La sélection adverse
2.1 Le marché des voitures d'occasion
Akerlof (« Le marché des voitures d'occasion », 1970) décrit le mécanisme : sur un marché de véhicules d'occasion, le vendeur connaît l'état de sa voiture, pas l'acheteur. Ce dernier ne distingue pas une bonne voiture d'une mauvaise (un « citron »). Il n'est donc prêt à payer que la valeur moyenne attendue. Mais ce prix est trop bas pour les propriétaires de bonnes voitures, qui retirent leur offre. Il ne reste que des mauvaises, l'acheteur anticipe et baisse encore son prix : le marché peut disparaître.
Illustration chiffrée (cas fictif) :
| Qualité | Part des véhicules | Valeur pour l'acheteur | Prix minimum du vendeur |
|---|---|---|---|
| Bonne | 50 % | 12 000 € | 10 000 € |
| Mauvaise | 50 % | 6 000 € | 5 000 € |
L'acheteur, qui ne distingue pas, offre la valeur attendue : 0,5 × 12 000 + 0,5 × 6 000 = 9 000 €. Les propriétaires de bonnes voitures (minimum 10 000 €) refusent. Seules les mauvaises sont offertes ; l'acheteur le comprend et ne paie plus que 6 000 € au maximum. Les bonnes voitures disparaissent du marché alors que des échanges mutuellement avantageux étaient possibles (12 000 > 10 000).
2.2 L'assurance et le crédit
- Assurance : l'assureur ne connaît pas le risque individuel. Il fixe une prime moyenne ; les assurés à faible risque la trouvent trop chère et renoncent, les assurés à risque élevé restent. Le coût moyen des assurés restants augmente, la prime aussi : c'est une spirale.
- Crédit : la banque ne sait pas distinguer l'emprunteur fiable de l'emprunteur risqué. Un taux d'intérêt élevé fait fuir les bons emprunteurs et attire les mauvais. La banque peut alors rationner le crédit ou exiger des garanties.
Exemple chiffré fictif pour l'assurance :
| Assuré | Coût moyen des sinistres | Prix maximum accepté | Part |
|---|---|---|---|
| À faible risque | 200 € | 400 € | 50 % |
| À risque élevé | 1 000 € | 1 200 € | 50 % |
Prime moyenne qui couvre le coût sur toute la population : (200 + 1 000) / 2 = 600 €. Les assurés à faible risque (maximum 400 €) refusent ; il reste les assurés à risque élevé, pour lesquels la prime d'équilibre devient 1 000 €.
03L'aléa moral
L'aléa moral vient de ce qu'une partie ne peut pas observer le comportement de l'autre après le contrat.
| Situation | Comportement caché | Conséquence |
|---|---|---|
| Assurance | L'assuré, couvert, réduit sa prudence | Sinistres plus fréquents, primes plus élevées |
| Santé | Un patient très remboursé consomme des soins non indispensables | Dépenses plus élevées |
| Banque et État garant | Une banque qui sait qu'elle sera sauvée prend plus de risques | Risque systémique (cours 36) |
| Dirigeant et actionnaires | Le dirigeant, mal contrôlé, poursuit ses intérêts propres | Perte de valeur pour les actionnaires |
La relation entre une partie qui délègue (le mandant, par exemple l'actionnaire) et une partie qui agit (le mandataire, le dirigeant) est un cas typique d'aléa moral : le mandataire est mieux informé de ses actes que le mandant.
04Signal et filtrage
- Le signal est un moyen, pour la partie informée, de révéler sa qualité de façon crédible : un diplôme pour un candidat (Spence, sans développement), une garantie longue pour un vendeur, une certification pour une entreprise. Pour être crédible, le signal doit être coûteux à imiter pour un « mauvais » type.
- Le filtrage est l'initiative de la partie non informée : questionnaire de santé, période d'essai, franchise à choisir (les bons risques acceptent une franchise élevée contre une prime plus faible), inspection.