Économie DCG (UE5) : Fondements, marchés et financement de l'économie

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Les grands courants de la pensée économique : libéral, marxiste, keynésien

À retenir

Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 1 « Appréhender les fondements de la science économique », sous-partie 1.2 « Expliquer les principaux faits de l'histoire économique à partir des grands courants de pensée ».

Pourquoi c'est central à l'examen : la question problématisée de l'écrit de 4 h demande presque toujours de mobiliser des auteurs et des raisonnements théoriques. Les trois familles de ce cours (libérale, marxiste, keynésienne) servent de grille d'analyse dans tous les autres cours : chômage, inflation, dette, politique de l'État, commerce international.

01Comment comparer des théories

Une théorie économique se reconnaît à ses hypothèses, à sa méthode et aux conclusions qu'elle en tire. Pour comparer, on pose toujours les mêmes questions :

QuestionCe qu'on cherche
Quel est le comportement des agents ?Rationnel et individuel, ou déterminé par la place dans la société ?
Comment fonctionne le marché ?Équilibre spontané, ou déséquilibres durables ?
D'où vient la valeur et le profit ?Utilité, travail, anticipations de demande
Que dit la théorie du chômage et de l'inflation ?Volontaire ou involontaire, cause monétaire ou structurelle
Quel rôle pour l'État ?Minimal, instrument d'une classe, régulateur

Le programme demande de retenir trois familles : les théories libérales, la théorie marxiste, la théorie keynésienne. D'autres approches (régulation, institutionnalisme) ne sont pas à développer.

02Les théories libérales

Elles partagent l'idée que le marché coordonne efficacement les décisions individuelles et que l'intervention de l'État doit rester limitée. Elles se déclinent en trois moments.

2.1 Les classiques

AuteurIdées clés
Smith (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776)La division du travail accroît la productivité ; la recherche de l'intérêt individuel conduit, par la concurrence, à l'intérêt général (la « main invisible ») ; l'État se limite à la justice, la défense et certains équipements collectifs
Ricardo (Des principes de l'économie politique et de l'impôt, 1817)Théorie de la valeur fondée sur le travail ; rente foncière ; avantages comparatifs dans le commerce (cours 33)
SayLoi des débouchés : l'offre crée sa propre demande ; une crise de surproduction générale est donc impossible (les déséquilibres sont partiels et temporaires)

L'enchaînement logique est le suivant : les revenus distribués par la production sont dépensés ou épargnés, et l'épargne est automatiquement investie grâce à la flexibilité du taux d'intérêt. Il n'y a donc pas de chômage durable.

2.2 Les néoclassiques

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, Walras et Marshall renouvellent l'analyse par le marginalisme : la valeur d'un bien dépend de l'utilité marginale (la satisfaction de la dernière unité consommée) et non du travail incorporé.

  • Hypothèses : agents rationnels (le consommateur maximise son utilité, le producteur son profit), information parfaite, prix flexibles ;
  • Résultat : sur des marchés concurrentiels, l'offre et la demande déterminent des prix d'équilibre. Walras étudie l'équilibre général de tous les marchés à la fois (cours 05). Marshall développe l'analyse d'un marché particulier (équilibre partiel) et introduit la notion d'externalité (cours 08) ;
  • Chômage : s'il existe, il est volontaire ou dû à un salaire trop élevé par rapport à la productivité (rigidité). Les ajustements de prix ramèneraient au plein-emploi ;
  • État : rôle limité aux défaillances de marché et à la garantie des règles.

2.3 Le renouveau libéral

À partir des années 1930 et surtout après les années 1970, plusieurs courants critiquent l'interventionnisme.

CourantIdées clés
HayekL'information est dispersée entre les individus : seul le marché la coordonne (par les prix) ; la planification et l'intervention excessive menacent la liberté
Friedman et le monétarismeL'inflation est avant tout un phénomène monétaire (une création de monnaie plus rapide que la production) ; il existe un taux de chômage « naturel » que la politique de demande ne peut durablement réduire ; la monnaie doit croître à un rythme stable et prévisible
Nouvelle économie classique (Lucas et d'autres)Les agents forment des anticipations rationnelles : ils anticipent les politiques et les neutralisent ; les politiques conjoncturelles ne sont efficaces que par surprise, donc pas durablement

Ces analyses nourrissent le retour du libéralisme des années 1980 (cours 02) et les débats sur les politiques d'offre (cours 21).

03La théorie marxiste

Marx (Le Capital, livre I, 1867) propose une analyse du capitalisme comme système historique fondé sur des rapports entre classes.

  • Valeur-travail : la valeur d'une marchandise provient du travail socialement nécessaire à sa production ;
  • Plus-value : le salarié vend sa force de travail ; il produit plus de valeur qu'il n'en reçoit en salaire. La différence, la plus-value, est la source du profit : c'est l'exploitation ;
  • Accumulation : la concurrence pousse les capitalistes à investir et à accroître la productivité ; le capital se concentre ;
  • Contradictions et crises : la tendance à la baisse du taux de profit, la concurrence et la contrainte sur les salaires (donc sur la demande) engendrent des crises récurrentes (surproduction, suraccumulation) ;
  • Chômage : le chômage est inhérent au système (« armée industrielle de réserve ») : il pèse sur les salaires ;
  • État : instrument de la classe dominante, il est surtout au service du capital.

La méthode est holiste : on analyse des classes et des structures, non des individus isolés. Le programme ne demande pas d'étudier les évolutions ultérieures de la pensée marxiste.

04La théorie keynésienne

Keynes (Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, 1936) rompt avec la loi de Say.

IdéeContenu
Demande effectiveLe niveau de production et d'emploi est déterminé par la demande anticipée (consommation, investissement, dépenses publiques), non par l'offre
ConsommationElle dépend du revenu : elle augmente avec lui, mais moins que lui (propension marginale à consommer inférieure à 1), si bien que la part consommée diminue quand le revenu s'élève
InvestissementIl dépend des anticipations de profit et du taux d'intérêt ; il est instable car l'avenir est incertain
Épargne et investissementL'épargne ne se transforme pas automatiquement en investissement ; l'épargne excessive peut réduire la demande
Chômage involontaireUne économie peut être en équilibre durable de sous-emploi : les salariés ne trouvent pas d'emploi alors qu'ils accepteraient le salaire en vigueur
Prix et salairesRigides à la baisse ; baisser les salaires pour réduire le chômage diminue aussi la demande
ÉtatIl doit soutenir la demande en période de crise (dépenses publiques, déficit) et réguler la conjoncture

La méthode est macroéconomique : l'économie n'est pas la simple somme de comportements individuels (le « paradoxe de l'épargne » : si tous épargnent davantage, la demande baisse et le revenu aussi).

05Tableau de synthèse

Libéraux (classiques, néoclassiques, renouveau)MarxisteKeynésienne
MéthodeIndividualisme méthodologique, agent rationnelHolisme, classes socialesMacroéconomie, anticipations et incertitude
MarchéEfficace, s'équilibre seulSource d'exploitation et de crisesPeut rester en déséquilibre (sous-emploi)
Origine du profitRémunération du capital et du risquePlus-value (exploitation du travail)Anticipations de demande
ChômageVolontaire, rigidités, taux « naturel »Structurel, inhérent au capitalismeInvolontaire, insuffisance de demande
InflationMonétaire (Friedman)Conflit de partage entre classesSelon les cas : demande excédentaire ou coûts
ÉtatMinimal, règlesInstrument de classeRégulateur actif

06Mobiliser les courants pour analyser une problématique actuelle

Une méthode en quatre temps pour la question problématisée :

  1. Poser le problème à partir du dossier (quelle tension, quelle donnée datée ?) ;
  2. Choisir deux ou trois lectures pertinentes (inutile de citer toutes les écoles) ;
  3. Associer à chaque lecture ses hypothèses, son diagnostic et sa préconisation ;
  4. Nuancer : ce que chaque lecture explique, ce qu'elle laisse de côté, ce que le contexte (date, pays) change.

Exemple pour une question sur le chômage :

LectureDiagnosticPréconisation
LibéraleSalaire trop élevé, rigidités, taux « naturel »Flexibilité, politiques d'offre
KeynésienneDemande insuffisanteRelance budgétaire, soutien de la consommation
MarxisteChômage fonctionnel au capitalisme (pression sur les salaires)Remise en cause des rapports de production

Exemples corrigés

Cas 1 : mini-dossier, trois lectures d'une situation française

Document 1. Le Smic a été revalorisé de 2,41 % au 1er juin 2026 par le mécanisme automatique prévu quand l'indice des prix à la consommation des ménages du premier quintile de niveau de vie, hors tabac, augmente d'au moins 2 % depuis la dernière revalorisation : 12,31 € brut de l'heure, contre 12,02 € au 1er janvier 2026. Source : service-public.gouv.fr (actualité A18916).

Document 2. Taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT) : 8,3 % au deuxième trimestre 2026, soit +0,7 point sur un an. Source : INSEE, Informations rapides n° 192, 7 août 2026.

Document 3. Déficit public : 5,1 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025 ; dette publique 115,7 % du PIB fin 2025 (compte de mai 2026). Croissance du PIB en volume : +0,8 % en 2025. Sources : INSEE, Informations rapides du 27 mars 2026 ; comptes de la Nation, 29 mai 2026.

Questions.

  1. Vérifier le calcul de la revalorisation du Smic.
  2. Comment chaque famille de pensée interpréterait-elle la hausse du Smic dans un contexte de chômage en hausse ?
  3. Quelle politique budgétaire préconiseraient respectivement un keynésien et un libéral, compte tenu du document 3 ?

Réponses.

  1. 12,31 / 12,02 − 1 = 0,0241 : la revalorisation est bien de 2,41 %.
  2. Libérale : une hausse du salaire minimum au-delà de la productivité renchérit le travail peu qualifié et peut accroître le chômage (diagnostic de salaire réel trop élevé) ; mais ici, l'indexation protège le pouvoir d'achat face à l'inflation. Keynésienne : la hausse soutient la consommation, donc la demande effective ; elle est favorable à l'activité si le choc de prix pèse sur les ménages modestes. Marxiste : le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits est un rapport de force ; l'indexation limite la perte de pouvoir d'achat des salariés, sans modifier la logique d'exploitation.
  3. Le keynésien soutiendra qu'en période de faible croissance (+0,8 % en 2025) et de chômage en hausse, une réduction trop brutale du déficit freine la demande et aggrave la situation ; il admet un déficit temporaire. Le libéral soulignera que la dette (115,7 % du PIB) et la charge d'intérêts pèsent sur les générations futures et sur les marchés, et préconisera de réduire les dépenses publiques et de soutenir l'offre. Chacun ne retient du dossier que les données qui servent son diagnostic.

Cas 2 : l'épargne est-elle toujours un bien ? (Say contre Keynes)

Les ménages d'une économie fictive augmentent leur taux d'épargne. Comment un auteur classique et Keynes analysent-ils les conséquences ?

Corrigé.

  • Say et les classiques : l'épargne est transformée en investissement grâce à la baisse du taux d'intérêt ; la demande de consommation qui baisse est compensée par une hausse de la demande d'investissement. La production et l'emploi ne sont pas durablement affectés.
  • Keynes : l'épargne est une fuite du circuit ; les entreprises investissent selon leurs anticipations de demande, qui se dégradent si la consommation recule ; l'épargne supplémentaire n'est pas investie, la production baisse, donc le revenu aussi : c'est le paradoxe de l'épargne.
  • Nuance : tout dépend du comportement de l'investissement et des anticipations ; en période d'incertitude, la lecture keynésienne est plus pertinente, en période de plein-emploi, la lecture classique l'est davantage.

Cas 3 : plan détaillé d'une question problématisée

Sujet. Les théories économiques sont-elles concurrentes ou complémentaires pour expliquer les politiques publiques contemporaines ?

Problématique. Chaque courant propose un diagnostic différent d'une même situation (chômage, dette, inflation) : faut-il choisir entre eux, ou les mobiliser selon les situations ?

PartieArgumentsIllustrations
I. Des diagnostics concurrentsHypothèses opposées (rationalité, marché, rôle de la demande) ; trois lectures du chômage et de l'inflationSmic : indexé sur les prix (+2,41 % au 1er juin 2026, service-public.gouv.fr)
II. Des lectures qui portent sur des situations différentesChocs d'offre ou de demande ; court ou long terme ; économie en plein-emploi ou en sous-emploiCroissance de +0,8 % en 2025 et chômage de 8,3 % au deuxième trimestre 2026 (INSEE) : contexte de faible demande ; dette de 115,7 % du PIB fin 2025 : contrainte de soutenabilité
III. Des politiques qui les combinentAncrage monétaire d'inspiration libérale, soutien ciblé de la demande, politiques d'offre ; débats sur le dosageDéficit de 5,1 % en 2025 (INSEE) et cible de consolidation : arbitrage entre soutien de l'activité et dette

Conclusion argumentée. Les théories ne sont pas des vérités exclusives : elles éclairent des mécanismes différents, adaptés à des contextes différents. Une analyse solide choisit deux ou trois lectures, précise leurs hypothèses, et reconnaît leurs limites. Les politiques publiques effectives mêlent presque toujours des éléments de plusieurs courants.

Vocabulaire essentiel

TermeDéfinition
Loi des débouchésIdée de Say selon laquelle l'offre crée sa propre demande
MarginalismeAnalyse de la valeur par l'utilité de la dernière unité consommée
Équilibre généralÉquilibre simultané de tous les marchés (Walras)
MonétarismeCourant (Friedman) qui explique l'inflation par la création monétaire
Anticipations rationnellesHypothèse selon laquelle les agents exploitent toute l'information disponible, y compris sur la politique économique
Plus-valueÉcart entre la valeur produite par le travail et la valeur de la force de travail (Marx)
Demande effectiveDemande anticipée qui détermine la production et l'emploi (Keynes)
Chômage involontaireChômage de salariés prêts à travailler au salaire en vigueur
Paradoxe de l'épargneUne épargne accrue de tous réduit la demande, donc le revenu

Points clés à retenir

  1. Le programme retient trois familles : libérale, marxiste, keynésienne.
  2. Les classiques (Smith, Ricardo, Say) croient à l'équilibre spontané ; Say exclut la surproduction générale.
  3. Les néoclassiques (Walras, Marshall) fondent l'analyse sur l'utilité marginale et l'équilibre.
  4. Le renouveau libéral comprend Hayek, Friedman (monétarisme) et la nouvelle économie classique (anticipations rationnelles).
  5. Marx explique le profit par la plus-value, l'accumulation et les crises du capitalisme.
  6. Keynes fonde l'emploi sur la demande effective et admet un chômage involontaire.
  7. Pour l'État : rôle minimal (libéraux), instrument de classe (marxiste), régulateur de la demande (keynésienne).
  8. On mobilise deux ou trois lectures, avec leurs hypothèses, leurs préconisations et leurs limites.

Pièges fréquents

  1. Confondre classiques et néoclassiques : les premiers raisonnent sur la valeur-travail, les seconds sur l'utilité marginale.
  2. Faire de Keynes un adversaire du marché : il en critique l'équilibre automatique, non l'existence.
  3. Attribuer à Marx ce qui relève du marxisme ultérieur, ou développer des écoles non citées (régulation, institutionnalisme).
  4. Placer une citation entre guillemets sans certitude : mieux vaut paraphraser l'idée.
  5. Citer des œuvres ou des dates dont on n'est pas sûr : en cas de doute, on omet la date.
  6. Réduire la pensée libérale à une absence d'État : les libéraux admettent un rôle de l'État (règles, défaillances de marché).
  7. Écrire un catalogue d'auteurs sans lien avec la problématique : on mobilise les auteurs utiles.
  8. Donner des chiffres sans date ni source dans les illustrations.

Q&R pour le tuteur IA

Q : Quelle est la différence entre classiques et néoclassiques ? R : Les classiques (Smith, Ricardo, Say) raisonnent sur la division du travail, la valeur-travail et la loi des débouchés. Les néoclassiques (Walras, Marshall) fondent la valeur sur l'utilité marginale et analysent l'équilibre des marchés avec des agents rationnels.

Q : Qu'est-ce que la loi de Say et pourquoi Keynes la rejette-t-il ? R : Pour Say, l'offre crée sa propre demande, donc pas de crise de surproduction générale. Pour Keynes, la production dépend de la demande effective anticipée et l'épargne n'est pas automatiquement investie : un sous-emploi durable est possible.

Q : Pourquoi Friedman dit-il que l'inflation est un phénomène monétaire ? R : Selon le monétarisme, une création de monnaie plus rapide que la production fait monter durablement les prix ; la politique de demande ne peut pas réduire durablement le chômage sous son niveau « naturel ».

Q : Comment Marx explique-t-il le profit ? R : Par la plus-value : le salarié produit plus de valeur que la valeur de sa force de travail ; la différence revient au capitaliste. L'accumulation du capital et la concurrence engendrent des crises.

Q : Comment mobiliser les trois courants pour un dossier sur le chômage ? R : Libéral : salaire trop élevé et rigidités, donc flexibilité et politiques d'offre. Keynésien : demande insuffisante, donc relance. Marxiste : chômage fonctionnel au capitalisme. On illustre chaque lecture par une donnée datée du dossier, puis on nuance.

Q : Peut-on utiliser Keynes pour expliquer une situation de plein-emploi ? R : C'est moins pertinent : la lecture keynésienne explique surtout le sous-emploi lié à une insuffisance de demande. En plein-emploi, les analyses de l'offre et de l'inflation sont plus utiles.

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