La régulation de la concurrence en France et dans l'Union européenne
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 2 « Comprendre le fonctionnement des marchés », sous-partie 2.2 « Étudier le fonctionnement des marchés en concurrence imparfaite et leur régulation ».
Pourquoi c'est central à l'examen : le programme demande de justifier et commenter des décisions de régulation à partir de cas concrets. Les sujets proposent souvent un extrait de décision (amende, refus de fusion, aide d'État) à analyser : il faut identifier la pratique, la règle, l'autorité et la portée.
01Pourquoi réguler la concurrence
Quand une entreprise dispose d'un pouvoir de marché (cours 05 et 06), elle peut relever les prix, limiter les quantités, freiner l'innovation ou évincer ses rivales. La politique de la concurrence vise à maintenir un processus concurrentiel qui profite aux consommateurs et à l'ensemble de l'économie. Elle ne cherche pas à punir la taille ou le succès, mais à empêcher les comportements et les opérations qui faussent la concurrence.
Trois grands volets, en droit européen comme en droit français :
| Volet | Question posée | Mode d'intervention |
|---|---|---|
| Pratiques anticoncurrentielles | Les entreprises s'entendent-elles ou abusent-elles de leur puissance ? | Sanction a posteriori (amendes, injonctions) |
| Contrôle des concentrations | Une fusion ou une acquisition crée-t-elle ou renforce-t-elle un pouvoir de marché ? | Autorisation a priori (avec ou sans engagements) ou interdiction |
| Aides d'État | Une aide publique favorise-t-elle certaines entreprises au détriment des autres ? | Contrôle de compatibilité, récupération de l'aide |
02Les règles
2.1 Les ententes
Article 101 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) : sont interdits les accords entre entreprises, décisions d'associations d'entreprises et pratiques concertées qui ont pour objet ou pour effet d'empêcher, de restreindre ou de fausser la concurrence dans le marché intérieur. En droit français, la règle équivalente est posée à l'article L420-1 du code de commerce.
Exemples : fixation concertée des prix, répartition des marchés ou des clients, limitation de la production, échange d'informations sensibles. On distingue les ententes horizontales (entre concurrents) et verticales (entre fournisseur et distributeur).
2.2 L'abus de position dominante
Article 102 TFUE et article L420-2 du code de commerce : détenir une position dominante n'est pas interdit ; en abuser l'est.
| Abus fréquents | Explication |
|---|---|
| Prix d'éviction (prédateurs) | Vendre à perte pour éliminer un rival, puis relever les prix |
| Ventes liées | Conditionner l'achat d'un produit à celui d'un autre |
| Refus d'accès | Refuser l'accès à une infrastructure ou une donnée indispensable |
| Favoritisme pour ses propres services | Avantager son propre service sur une plateforme que l'on contrôle |
| Remises de fidélité | Conditions qui enferment les clients |
2.3 Le contrôle des concentrations
Une concentration (fusion, acquisition de contrôle) doit être notifiée à l'autorité compétente lorsqu'elle atteint certains seuils. L'autorité apprécie son effet sur la concurrence (part de marché, barrières à l'entrée, pouvoir d'achat des clients). Elle peut l'autoriser, l'autoriser sous conditions (engagements) ou l'interdire.
2.4 Les aides d'État
Article 107 TFUE : sont en principe incompatibles avec le marché intérieur les aides accordées par les États ou au moyen de ressources d'État qui faussent ou menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres. Des dérogations existent (aides sociales, remèdes aux catastrophes, développement régional, certains projets d'intérêt européen). Une aide jugée illégale peut donner lieu à récupération auprès du bénéficiaire.
03Les autorités et les juges
| Niveau | Autorité | Rôle |
|---|---|---|
| France | Autorité de la concurrence (autorité administrative indépendante, cours 17) | Enquêtes, sanctions, contrôle des concentrations d'envergure nationale, avis |
| Union européenne | Commission européenne (direction chargée de la concurrence) | Ententes et abus ayant un effet sur le commerce entre États, concentrations de dimension européenne, aides d'État |
| Contrôle juridictionnel | Cour d'appel de Paris (sanctions et mesures de l'Autorité de la concurrence), Conseil d'État (décisions de concentration) ; Tribunal puis Cour de justice de l'Union européenne (décisions de la Commission) | Vérification de la légalité des décisions |
La répartition suit un critère d'ampleur : une pratique qui affecte le commerce entre États membres relève du droit européen ; sinon, du droit national. Les autorités nationales appliquent aussi les articles 101 et 102.
04Le numérique : une régulation préventive
Le droit de la concurrence agit a posteriori et se révèle long à mettre en œuvre. Pour les très grandes plateformes, l'Union européenne a ajouté une régulation a priori : le règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act, règlement (UE) 2022/1925). Il désigne des « contrôleurs d'accès » et leur impose des obligations et des interdictions (par exemple ne pas favoriser leurs propres services, permettre l'interopérabilité). Les premières décisions de non-conformité sont intervenues le 23 avril 2025 : amendes de 500 millions d'euros pour Apple et de 200 millions d'euros pour Meta (concurrences.com, n° 9-2025).