Les grands faits de l'histoire économique
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 5 « Économie contemporaine », partie 1 « Appréhender les fondements de la science économique », sous-partie 1.2 « Expliquer les principaux faits de l'histoire économique à partir des grands courants de pensée ».
Pourquoi c'est central à l'examen : un dossier documentaire parle presque toujours d'une situation présente (inflation, chômage, dette) que l'on éclaire par un précédent historique. Savoir ce qu'étaient la crise de 1929 ou les chocs pétroliers permet de comparer, de nuancer et de construire une argumentation datée.
01Cinq événements charnières, et eux seuls
Le programme demande de repérer cinq événements. Ce cours ne développe que ceux-là ; le cours 03 présente les courants de pensée qui les expliquent ou qu'ils ont fait naître.
| N° | Événement | Période | Idée à retenir |
|---|---|---|---|
| 1 | Les révolutions industrielles | Depuis la fin du XVIIIe siècle | Le progrès technique transforme durablement la production et l'emploi |
| 2 | La crise de 1929 et la relance des années 1930 | 1929 à la fin des années 1930 | Un effondrement de la demande et de la finance, que l'on traite par l'intervention publique |
| 3 | Les « Trente glorieuses » | De 1945 au milieu des années 1970 | Forte croissance, quasi plein-emploi, consommation de masse |
| 4 | La « crise » des années 1970 | 1971 à la fin des années 1970 | Chocs pétroliers, inflation et chômage simultanés, fin du système monétaire d'après-guerre |
| 5 | Le retour du libéralisme | Années 1980 | Désinflation, déréglementation, privatisations |
À retenir
Hors programme UE 5 : l'histoire économique antérieure au XVIIIe siècle, les crises financières récentes comme sujets autonomes (elles servent seulement d'illustrations), et l'étude détaillée des cycles longs.
02Les révolutions industrielles
Une révolution industrielle est une grappe d'innovations techniques qui bouleverse les modes de production, la localisation des activités et la société. Les historiens en comptent habituellement trois, parfois une quatrième (numérique et intelligence artificielle) : la numérotation varie selon les auteurs, ce qui compte est le mécanisme.
| Révolution | Innovations et énergie | Effets économiques |
|---|---|---|
| Première (fin du XVIIIe siècle, début du XIXe) | Machine à vapeur, charbon, mécanisation du textile et de la métallurgie, chemin de fer | Naissance de l'usine et du salariat industriel, urbanisation, premiers gains de productivité massifs |
| Seconde (fin du XIXe siècle, début du XXe) | Électricité, acier, chimie, pétrole, moteur à explosion | Grandes entreprises, organisation scientifique du travail (division poussée des tâches), production et consommation de masse |
| Troisième (seconde moitié du XXe siècle) | Électronique, informatique, télécommunications, réseau mondial | Automatisation, croissance des services, mondialisation de l'information |
Mécanismes à retenir :
- le progrès technique augmente la productivité du travail, donc le niveau de vie à long terme, mais déplace les emplois d'un secteur à l'autre (cours 14 et 27) ;
- le processus est discontinu : de nouvelles activités remplacent d'anciennes, ce que l'économiste Schumpeter appellera la « destruction créatrice » ;
- la pensée marxiste y voit l'accumulation du capital et la transformation des rapports entre salariés et détenteurs du capital.
03La crise de 1929 et la relance des années 1930
3.1 Du krach à la dépression
Le krach boursier de Wall Street d'octobre 1929 met fin à une période de spéculation financée par le crédit. Il se transforme en dépression par plusieurs canaux :
- les pertes boursières et les faillites bancaires détruisent la monnaie et le crédit ;
- les ménages et les entreprises réduisent leurs dépenses : la demande chute, les entreprises licencient, le chômage devient massif ;
- la baisse générale des prix (déflation) alourdit le poids réel des dettes et incite à reporter les achats ;
- les États se replient : relèvement des droits de douane (aux États-Unis, la loi tarifaire de 1930), dévaluations concurrentielles, contraction du commerce mondial. La transmission internationale passe aussi par l'étalon-or, qui limitait l'action des banques centrales.
3.2 La relance
Les réponses sont d'abord inégales : politiques de déflation (réduction des dépenses publiques pour défendre la monnaie) qui aggravent la crise, puis interventions plus actives. Aux États-Unis, le New Deal du président Roosevelt (à partir de 1933) combine :
- réformes financières : séparation des banques de dépôt et d'affaires, garantie des dépôts ;
- grands travaux et soutien de l'emploi ;
- régulation de l'activité et droits syndicaux, puis premiers éléments de protection sociale (loi sur la sécurité sociale de 1935).
En France, le Front populaire (1936) mêle hausses de salaires, congés payés et réduction de la durée du travail. Ces expériences ne suffisent pas, seules, à sortir de la dépression ; l'économie mondiale redémarre avec le réarmement.
3.3 Le lien avec la pensée
La crise montre les limites de l'idée que le marché se rétablit spontanément au plein-emploi. Keynes publie en 1936 sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie : l'insuffisance de la demande effective peut maintenir une économie durablement en sous-emploi, ce qui justifie l'intervention de l'État. Les libéraux de l'époque, eux, insistent sur la rigidité des prix et des salaires et sur les erreurs de politique monétaire (cours 03).
04Les « Trente glorieuses »
L'expression, associée à l'économiste Fourastié (qui la popularise en 1979), désigne la période d'environ trente ans après 1945 marquée par une croissance forte et régulière, le plein-emploi et l'élévation du niveau de vie.
| Facteurs | Explication |
|---|---|
| Reconstruction et rattrapage | Besoins énormes, aide américaine (plan Marshall), importation des techniques américaines |
| Compromis fordiste | Les salaires suivent les gains de productivité : la consommation de masse absorbe la production de masse |
| Cadre international stable | Système de Bretton Woods (1944) : changes fixes autour du dollar ; libéralisation progressive des échanges (accord général sur les tarifs douaniers de 1947, Communauté économique européenne en 1957) |
| État-providence et politiques keynésiennes | Protection sociale étendue, politiques de soutien de la demande, planification en France |
| Énergie abondante et bon marché | Pétrole importé à bas prix |
Le courant qui domine l'analyse est la pensée keynésienne, qui fournit les instruments de la politique conjoncturelle.