Droit d'auteur, contrefaçon et concurrence déloyale
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 1 « Fondamentaux du droit », partie 2 « Qualifier la situation juridique du client », sous-partie 2.3 « Déterminer l'étendue du droit d'une personne juridique sur ses biens ».
Pourquoi c'est central à l'examen : deux compétences se complètent ici : « vérifier les conditions de protection par le droit d'auteur » et « justifier les actions possibles en cas d'atteinte à un droit de propriété intellectuelle ». L'épreuve de 3 h demande de choisir entre l'action en contrefaçon et l'action en concurrence déloyale, selon qu'un droit privatif existe ou non.
À retenir
Hors programme UE 1 : les droits voisins du droit d'auteur ; les œuvres collectives (ouvrages collectifs) ; la licence d'exploitation. Brevet et marque : cours 20.
01Le droit d'auteur
1.1 Nature du droit
« L'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous » (art. L111-1 du code de la propriété intellectuelle). Ce droit est un droit privatif : il appartient à l'auteur à l'exclusion de tout autre. Il comporte deux composantes.
| Droit moral | Droits patrimoniaux | |
|---|---|---|
| Fondement | Lien entre l'auteur et son œuvre | Exploitation économique de l'œuvre |
| Contenu | Droit au respect du nom, de la qualité et de l'œuvre | Droit exclusif d'exploiter l'œuvre sous quelque forme que ce soit (reproduction, représentation) et d'en tirer un profit pécuniaire (art. L123-1) |
| Caractères | Perpétuel, inaliénable et imprescriptible ; transmissible aux héritiers à la mort de l'auteur (art. L121-1) | Cessibles par contrat et transmissibles ; limités dans le temps |
1.2 Les conditions de la protection
| Condition | Contenu |
|---|---|
| Œuvre de l'esprit | Création intellectuelle : texte, photographie, dessin, musique, logiciel, plan d'architecte... |
| Originalité | L'œuvre porte l'empreinte de la personnalité de son auteur, personne physique ; elle ne doit pas être la simple reprise banale de ce qui existe |
| Mise en forme | L'œuvre est exprimée sous une forme perceptible : une idée seule ne se protège pas, les idées sont de libre parcours |
| Aucune formalité | Pas de dépôt, pas d'enregistrement : la protection naît dès la création |
La protection ne dépend ni de la qualité artistique, ni du genre, ni de la destination de l'œuvre.
À retenir
Une production générée de façon autonome par une intelligence artificielle n'est pas protégée en l'état du droit : l'originalité suppose l'empreinte d'un auteur personne physique (le rapport du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, rendu public le 16 juillet 2026, ne remet pas en cause ces fondements).
1.3 La durée
L'auteur jouit, sa vie durant, du droit exclusif d'exploiter son œuvre. Après sa mort, ce droit persiste au bénéfice de ses ayants droit pendant l'année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent (art. L123-1). Passé ce délai, l'œuvre tombe dans le domaine public : elle peut être utilisée librement, mais le droit moral continue à imposer le respect du nom de l'auteur et de l'intégrité de l'œuvre.
02Les atteintes aux droits de propriété intellectuelle : deux actions
Il faut distinguer deux actions, qui ne répondent pas aux mêmes conditions.
2.1 L'action en contrefaçon
Définition. La contrefaçon est une atteinte portée à un droit privatif de propriété intellectuelle. Elle est définie par chaque régime :
| Droit atteint | Texte |
|---|---|
| Droit d'auteur | Atteinte aux droits d'auteur : la contrefaçon est un délit (art. L335-2) |
| Brevet | Toute atteinte aux droits du propriétaire du brevet constitue une contrefaçon qui engage la responsabilité civile de son auteur (art. L615-1) |
| Marque | L'atteinte portée au droit du titulaire constitue une contrefaçon engageant la responsabilité civile de son auteur (art. L716-4) |
Deux voies.
- civile : le titulaire demande la cessation de l'atteinte, des dommages-intérêts et des mesures de publicité ou de retrait ;
- pénale : l'auteur de la contrefaçon commet un délit, poursuivi devant le tribunal correctionnel (la procédure pénale relève de l'UE 2, cours 27).
Conditions. Le demandeur doit prouver : l'existence d'un droit privatif valable (œuvre originale, brevet délivré, marque enregistrée) ; une atteinte à ce droit (reproduction non autorisée, utilisation d'un signe identique ou similaire, exploitation de l'invention). La faute de l'auteur de la contrefaçon n'est en principe pas nécessaire pour l'action civile (avec des exceptions, par exemple en matière de brevet lorsque l'auteur de l'atteinte n'est pas le fabricant).
2.2 L'action en concurrence déloyale
Fondement. L'action repose sur la responsabilité civile délictuelle de droit commun : « Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer » (art. 1240 du code civil).
Conditions. Il faut prouver trois éléments :
- une faute : un comportement déloyal dans la concurrence ;
- un préjudice : perte de clientèle, atteinte à l'image, désorganisation ;
- un lien de causalité entre la faute et le préjudice.
Les fautes les plus courantes.
| Faute | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Confusion | Créer un risque de confusion dans l'esprit de la clientèle | Imiter la vitrine, l'enseigne, l'emballage d'un concurrent |
| Dénigrement | Discréditer un concurrent ou ses produits | Diffuser des critiques mensongères |
| Désorganisation | Perturber le fonctionnement de l'entreprise concurrente | Démarcher massivement ses salariés pour la désorganiser |
| Parasitisme | Profiter de manière injustifiée des efforts et du savoir-faire d'autrui | Copier une campagne publicitaire |
2.3 Choisir l'action adaptée
| Situation | Action |
|---|---|
| Un droit privatif existe (œuvre originale, brevet, marque enregistrée) et il y a atteinte | Contrefaçon (civile et éventuellement pénale) |
| Aucun droit privatif (signe non déposé, œuvre non originale, idée) mais un comportement déloyal | Concurrence déloyale (art. 1240) |
| Droit privatif et faits déloyaux distincts de la contrefaçon (dénigrement, confusion de clientèle...) | Les deux actions, à condition que la concurrence déloyale repose sur des faits distincts |