Les effets de la rupture et le chômage total
À retenir
Cadre programme : DCG, programme 2025 (arrêté du 4 août 2025, première session 2027), UE 3 « Droit social », partie 2 « Qualifier la situation juridique du client », sous-partie 2.3 « Accompagner l'employeur dans la rupture du contrat de travail ».
Pourquoi c'est central à l'examen : après avoir qualifié la rupture, le candidat doit en déduire les « conséquences juridiques et financières » : sommes versées au salarié, documents remis, et droit ou non à l'allocation de retour à l'emploi (ARE). L'énoncé demande souvent de repérer, parmi plusieurs situations, celles qui ouvrent droit au chômage.
À retenir
Limite du programme : les modalités de calcul de l'ARE (salaire de référence, montant journalier, différé d'indemnisation) sont exclues. Seules les conditions d'attribution et la durée d'indemnisation sont attendues.
01Les effets de la rupture pour les parties
1.1 Ce que l'employeur doit au salarié
| Somme | Condition | Source |
|---|---|---|
| Salaire jusqu'à la fin du contrat (préavis exécuté ou non) | Toujours | |
| Indemnité compensatrice de préavis | Préavis non exécuté du fait de l'employeur, sauf faute grave ou lourde ; aucune diminution de salaire, congés payés compris | L1234-5 |
| Indemnité de licenciement | CDI, 8 mois d'ancienneté ininterrompus, sauf faute grave | L1234-9 |
| Indemnité compensatrice de congés payés | Congés acquis non pris, quelle que soit la cause de la rupture (fait du salarié ou de l'employeur) | L3141-28 |
| Indemnité spécifique de rupture conventionnelle | Rupture conventionnelle, au moins égale à l'indemnité légale | L1237-13 |
| Indemnité de fin de contrat | CDD, voir cours 27 | L1243-8 |
Le préavis non exécuté n'avance pas la date de fin du contrat : le salarié dispensé reste lié jusqu'au terme du préavis (L1234-4). La date de présentation de la lettre fixe son point de départ (L1234-3).
1.2 Les documents à remettre
| Document | Contenu et portée | Source |
|---|---|---|
| Certificat de travail | Remis à l'expiration du contrat ; son contenu est fixé par voie réglementaire (dates d'entrée et de sortie, emplois occupés) | L1234-19 |
| Attestation destinée à France Travail | Permet l'ouverture des droits à l'ARE ; elle reprend les données d'emploi et de rémunération | |
| Reçu pour solde de tout compte | Établi par l'employeur, inventaire des sommes versées lors de la rupture ; le salarié en donne reçu | L1234-20 |
Le salarié peut dénoncer le reçu pour solde de tout compte dans les 6 mois de sa signature. Passé ce délai, le reçu devient libératoire pour l'employeur pour les sommes qui y sont mentionnées (L1234-20). Il ne couvre que les sommes inscrites : un élément oublié ou contesté peut encore être réclamé.
1.3 La portabilité
Le salarié dont la rupture ouvre droit à l'ARE peut conserver, pendant une durée limitée fixée par la loi, le bénéfice des garanties de frais de santé et de prévoyance collectives de l'entreprise, sans contrepartie financière directe. Elle dure autant que l'indemnisation chômage, dans la limite de la durée du dernier contrat et de 12 mois (article L911-8 du code de la sécurité sociale).
1.4 Les délais pour agir
Les actions portant sur l'exécution du contrat se prescrivent par 2 ans ; celles qui portent sur la rupture par 12 mois (L1471-1). Les actions en paiement du salaire se prescrivent par 3 ans (L3245-1).
02Le chômage total : conditions d'attribution de l'ARE
2.1 Les conditions de l'article L5422-1
Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, et dont :
- la privation d'emploi est involontaire, ou assimilée à une privation involontaire par les accords relatifs à l'assurance chômage ; ou
- le contrat a été rompu conventionnellement (rupture conventionnelle individuelle, L1237-11 à L1237-16) ; ou
- le contrat a été rompu d'un commun accord dans le cadre d'un accord collectif (rupture conventionnelle collective, L1237-17 à L1237-19-14).
Il faut aussi être inscrit comme demandeur d'emploi auprès de France Travail et justifier d'une durée minimale d'affiliation (période d'emploi antérieure) fixée par l'accord d'assurance chômage : l'énoncé en donne la valeur.
2.2 Les ruptures qui ouvrent droit ou non à l'allocation
| Situation | Droit à l'ARE | Commentaire |
|---|---|---|
| Licenciement (y compris pour faute grave ou lourde) | Oui | Privation d'emploi involontaire |
| Licenciement économique, adhésion au CSP | Oui | Dispositif d'accompagnement, voir cours 23 |
| Rupture conventionnelle individuelle ou collective | Oui | Articles L1237-11 et suivants, L1237-17 et suivants |
| Fin de CDD ou de mission | Oui | Sauf double refus de CDI (voir 2.3) |
| Démission | Non, sauf exception | Exception : démission d'un salarié qui poursuit un projet de reconversion nécessitant une formation ou un projet de création ou de reprise d'entreprise, projet attesté comme réel et sérieux (L5422-1, II) |
| Présomption de démission (abandon de poste) | Non, sauf motif légitime | Voir cours 24 |
| Départ volontaire à la retraite | Non | Le salarié perçoit sa pension |
2.3 Le double refus de CDI
Lorsque l'employeur propose à l'issue d'un CDD ou d'une mission la poursuite de la relation en CDI pour le même emploi ou un emploi similaire, avec une rémunération au moins équivalente, pour une durée de travail équivalente, de même classification et sans changement du lieu de travail, il notifie la proposition par écrit. En cas de refus, il en informe France Travail, en justifiant le caractère similaire de l'emploi (L1243-11-1).
Si le demandeur d'emploi a refusé à deux reprises, au cours des 12 mois précédents, une telle proposition de CDI, il n'a plus droit à l'ARE pour une privation involontaire, sauf s'il a été employé en CDI pendant la même période (L5422-1).